'^.mymmmj^m^^^^- .^^&^c<0r\/''?-,4^f tilHIkWlMk'^HKMMtf ,^f^^^'^^m^< ^r^ A (^ .HaAA' ''^.'^A^A .^■^^r.^A;^' ^"^^a^- .r\r' A' ^AA^A ^'^^'^UOnjjA'^-i W^i" mmmi '^/*^aa; :>inAA^.A^^ ■«a,%'^f'.^p /^vv^V, €^:^^.iffli^ ^'^^^^ t/' j-;^;--^^' ,v^^w^-,wW ^yv'WW^^^ VWWV%( «f||i = sJe^^ T^^— e-^c-^fc..., e^'T«.<«v.#Oi.-v».*-«,« *t:/t^ ( J&c^-^e^^-' , *-»-- RE CUEIL D E MEMOIRES ET AUTRES PIECES DE PROSE ET DE VERS, Qui ont etc lus dans les Seances de la SocUte des ^mis des Sciences , des Lettres , de I' Agriculture et des Arts , a Aix , Depar- iement des Bouches-du Rhone, ■ifcpwrwi.3.-y y^H'.—p— A AIX, Chez AuGUSTiN PoNTiER, Imprime.u^ du Roi, rue du Pont-Moreau. 1 8 19. K. AVANT - PR OP OS. jLes Membres Fondateurs de la Soclt^te Academique , dont nous publions quelques ouvrages , s'assemblt;rent pour la premiere fois a Aix , le ii fcvrier 1808. L'objet de leur association fut de ressus- citer , sur un plan plus etendu et en meme temps plus satisfaisant , comme plus utile, rinstitution qu'avoit etablie dans cctte Ville lAdministration de la Provence^ sous le titre de Bureau et en suite de Soc-iete d'A- griculture , et qui depuis a ^prouve dans la revolution le meme sort que rautont6 bienfaisante qui Tavoit institute. Cette premiere Societ6, dont le projet avoit ete presente , en 1762, par le fa- meux Avocat Pazery , Assesseur dAix , et Procureur du Fays, k TAssemblc^^e ge- ncrale des Communes de Provence , qui des-lors Tapprouva , ne fut d^finitivement constituee quen 1777, sur la proposition de nilustre Fondateur et Donateur de la Bibliotheque publique dAix , le Marquis de Mejanes , alors premier Consul dAix, et Procureur du Pays ; elle ne tint sa pre- miere Seance publique quen 1779, sous if TAssessorat tlu celcbre Portalls (i), qu^ ses talens snpcrienrs eleverent depuis aux places les plus cminentcs, et que nous avons eu le bonheur de voir revivre dans la per- son ne dc notre trt-s-lionore Collegue , M. le Comte Portnlis, Conseiller d'Etat, Ministre de France k Rome. Je dois ajouter, que dans le long espace de temps qui s'etoit ecoule depuis Tan 1762 , les Administrateurs de la Province n'avoient jamais neglige d'employer utilement pour lAgriculture J en gratifications, primes d'en- couragcment et publications d'ouv rages ins- trucliis , la somrae annuelle de trois mille francs , cue TAssemblee des Communes avoit allouee pour le maintien de cet eta- blissement , en approuvant la proposition qui lui en avoit etc faite. II etoit sans doute assez extraordinaire qu une Ville considerable, la pi-emicre qu'eus- sent fondee les Roraains dans les Gaules ^ cjuij apres avoir ete pendant long-temps la Ca- pitale dc leur Province et ensuile la de- meure clierie des Souvcrains du Pays, etoit depuis plus de deux siecles le siege des prin- cipales autorites judiciaires et civiles dune (l) Le cKscours que prononca I'Assesscuv Porfalis, a cede occasion, est rappoitc en enlier dans le Diclionnaiie de .Tii- risprudence et drs Anels, par Piostde Ro^er. Ljon, i'j33. ln-4.'', torn. Ill , p.ig. 767. grande Province , et le sejour habituel des fa- milies les plus distinguees par leur rang et leurs richesses 5 il etoit , dis-je , extraordinaire, quelle n'eut pas plus anciennement profile des iiombreux avantages de sa situation , pour etablir dans son sein , a limitation de la Cnpitale du Languedoc el de tant d'autres Villes du Royaume, une Academic ou So- ciete LitteraireScicntifique et Agronomique, dont tons les elemens y etoient si abondans. II n y avoit en effet pour la former , qu a reunir sous un regime quelconque ce grand nombre dliommes , qui par leurs talens , leur savoir et leurs vertus , avoient cons- tamment lionore 1 Eglise , la Magistrature , le Barreau , les Cliaires d'enseignement et les Cabinets de la Cite. Satisfaits apparemment de reussir k se rendre recommandables , chacun dans sa sphere , par leurs travaux individuels , ils ne pensoient pas quil dut resulter de leur reunion un faisceau de lumieres dont le public , et surtout la jeunesse , retireroient de plus grands avantages. Cette idee, si simple, si vraie , que nos peres n'avoient pas eue, ou que du moins ils n'ont pas embrassee , n'a eu besoin pour etre accueillie, en 1808, que detre pre- sentee en pen de mots , dans un prospectus, aux personnes cpi cultivoient les Sciences ou la LiLt(^rature, et aiix prindpaux habitans d'Aix. La plupart y souscrivirent et pri- rent ainsi Tlionorable engagement de contri- buer au progres des Connoissances en tout genre , dont il se declaicrent les Amis. Le premier rassemblement des Membres Fondateurs de la Societe , parut etre Teffet d'luie explosion electilque , tant il fut prompt et, pour ainsi dire, instantane. Leur nombre d'abord plus consideral:)le qu'on ne s'y seroit attendu , a etc reduit depuis a une juste mesure , par ime 6puratioii successive et spontanee. Des les premieres seances , qui eurent lieu r^gulierement une fois par semaine, et ont continu6 depuis , hors le temps des va- vances , on y lut des pieces , tant en vers qu en prose , dans tous les genres de Lit- terature et de Sciences ; et la Societe prit Vengagement de publier pour Tavantageg^- n^ral, celles qui paroitroient dignes d'etre favorablement accueillies du public. Des circonstances , dont il est au molns superflu de rappeler la m^moire , ont fait differer jusqua present limpression de celles des pieces de ce Recueil, qui ontet^commu- niquees a la Societe des les premieres anuses de son existence, et qu'elle destina d^s-lors, a raison de leur importance , a en etre les bases principales. Le retard quelles ont *• epronve n'ayant pas paru avoir porte attelnte k Tutilite que TAgriculture et lEconomie rurale peuvent en retirer, nous n'avons pas hesite a les employer, concurreminent avec celles qui sont de plus fraiclie date. Au reste , en publiant quelques-uns des ouvrages de ses Membres , de leur aveu et sous leurs noms, la Society ne s'est point engagee k soutenir ou approuver leurs opi- nions respectives , dont chacun d'eux de- meure seul responsable : ainsi qu elle la de- clare dans I'article xill de son Rtglement, dont voici la teneur : « La Societe s'intcrdit ^ jamais toute » discussion sur les Dogmes religieux et sur 3> le Gouvernement. Elle ne se rend » nullement responsable de ce que » SES Membres pourr^oient publier » PAR LA VOTE DE l'iMPRESSION. » Un inconvenient qui pent exiger de notre part une explication et mLMne une excuse, c'est le defaut d'ordre , qu'on ne pent man- quer de blamer dans cette premiere collec- tion. Nous pourrions all6guer pour notre justification , que nous avons cru devoir sa- crifier I'ordre a la variete , dans un ou- vrage compose de pieces lieterogenes et disparates , dont Farrangement le plus re- gulier ne pourroit jamais faire un tout , ega- lement satisfaisant pour toutes les classes de vnj lecteurs ; mais le ftilt est, que nous n'avons pu eviter ce desordre , dont la veritable cause a ete la lutte que nous avons eue a soutenir contre la modeslie des auteurs res- pectifs de la plupart des pieces. Les uns ont long -temps liesite a livrer leur manus- crit ,* dautres, dont nous possedions deja les ouviages, ont voulu les retoucher. II a fallu , pour ainsi dire , leur arracher piece a piece , et imprimer a batons rom^ pus chacune de leurs productions a I'e- pocjue OLi il nous a ete cnfin possible de I'obtenir. Afia de ~ pallier un defaut qu il n'a pas ete en no[re pouvoir d'eviter, nous avons place a la fin du present Recueil, la Table du titre de cliacun des articles dont il est compose. Le Lecteur est prie de corriger dans ce volume , avant de le lire , les fautes d'ini- pression qui sont indiquees dans TErrata , et de suppleer a celles qui peuvent selre derobees a notre vigilance, GIBE LIN, D. M., Bibl/e, Secret, perp. de la Societe. MEMOIR ES DE LA SOClfiTE ■De"> Amis des Sciences , des I-eftrcs , de I'Agri- cuUure et des Arts , etablie a Aix, Departenieut des Bouclies-du-llhuue. M £ xAI O I R E Sup- la destruction et le retahlisseinent des Bois dans les Dcpartcmens qui composoient la Provence. Par M. E. II. BoYER de Fonscolombe. JLcquis hnuris run's , ncmoriim si gratia deiit. Pracdium rusticum. XJepuis plus d'an siecle on se plaint dn dep(5- rissemenl des bois en Provence , sans y apportcr de remede eflicace : bientot on n'y troiivera pas jiieine de quo! chaulfer les fours. Le mal esl devenu si grand , qu'il iniporle d'y remedier au plutot, C'est Tobjet de ce jVIemoire. Afllige de ,1a nudite de uos.collines ef de jioa frlclies , j'ai cherche a conuoitre ^quels sQut \q.s CO terrains snsccpflbles d'etre couverts de boi's , cf par quels moycns on pourroit y parvenir. A pros avoir essaye avec peu de succes Ls praliqucs recomniandees par les Agrononies , j'ai appris par mes erreurs et mon experience, ce (ju'on pouvoitfairc pour se procurer du bois dans cefle contree ou il vient si difficilemeut. On ne frou- vera dans ce Menioire que le resullat de nies essais, et I'applicalion de ce que la nature opere tous les jours sous nos yeux. Nous parlerons , i." des causes de la destruc- tion de nos bois et de leur etat actuel ; 2.« des moyens qu^il faut employer pour les relablir. Celle seconde partie contiendra la notice des arbres et arbrisseaux qui croisscnt sponlane- ment en Provence, nos tentalives pour les mul- tiplier ; enfin , ce qu'il convient de faire pour refablir nos bois et en former de nouvcaux. § I er Des causes de la deslruction de nos hois , et de leur etat actueL Le sol des Departemens cjui composent la ci- devant Provence est trop aride , pour que les bois puissent y croitre facilement. I-'automne et Ihiver y sont bumides ; le prinlemps et Tete tres-secs. 11 arrive frequemment qne , depuis le milieu de juin, jusqu'au commencement d'oclobre, Ja terre n'est rafraicbie que par quclques ora- ges , suivis d'un vent de bise qui en delruit I'effet a I'instant. I.es Deparfemens , dont nous nous occupons , pcuvent se diviser en pays calcaire , et en pays siliceux ou graniteux. Le calcaire occupe pres- C 3 ) q\ie cxcluslvemeiil les Ueparicinens de Viuiciuse, dcs Bouches-du-Rhone , et des Basses-Alpes : il est forme , dans des proporiions qui varient k riuriai , dc marne , de craie , dc glaise , de gypse , dc siiex , de sable , de pierrcs roulees la plupart siliccuses , toutes de transport , avee quelques traces de volcaiis eteints , a Beauliea , a Evcnos , a Rouji,ies, etc. Au nilllea de ces con- trees calcaires.ily a de vastes cantons j^raveleux,, qui ne sont tonnes que de caillouxroules , tels que la Crau , les terroirs du Biot , d'Antibes , de Ries , des Mees , de Valensollcs , etc. , ou Von trouve plus de plcrres siliceuses et argilleuse? que de calcaires : ils prodnisent des fruits et des vins cstinies; niais peu de bois. Presqne tonte$ les montagnes ct les collines y sont depouillees , sur-tout a I'aspect du inidi : a peine y voit-on quelques chenes blancs , des loufles eparses de clienc vert, des bouquets de pin , du cbc'ne nain, du roinariu, du genet d"£spagne, des spartium, du buis , de la lavande et du ihyin; du bctre dans les regions plus froides et plus elevees ; cnfin, quelques forets d'epicia , de saj^iii et de nieleze sur les somnieis des Basses-Alpes. Le chataignier , qui se deplait dans les lerrcs cal- caires y est rare ; on ne le voit gueres que ver? Colmars et Annot , ou le sol semble redevenir vitritiable. Les rovers des montagnes a ra.specjt du nord sont mieux boises. I,e Rhone, la Durauce, et les aulres riviere§ qui arrosent le pays calcaire , y out forme de vastes plaines , telles que la (^amargue , les ter- roirs d'Arles , d' Avignon , de Cavaiilou , etc. ^lles sont limoneuses, fertiles , abondanles eiji grains et en fourrages, et propres a tonle cspecc vde culture^ Le terrain y cs,t trop precicux ppa^- Cfu'cn y alt niullipHe les bois ; c est assez que dy conserver les arbres qui croissenl Ic long dcs canaux cl des rivieres ^ et au bord dcschamp^;. I,a parlie du pays calcairc (|ui nVst pas trop mondieuse est bieu peuplcc ; c'cst la sur-toul que la diselte du bois se fait senfir. Le pays siliceux ct graiiili([ne , oii il ne se rencontre point do pierres a cbaux , ou lout est porpbyrc , granit , quartz , serpentine , nn'ca , pierre ollairc , argille , sable vilrifiable , scbisic argilleux ou niicace , est renferujd dans le l)e- parlcment du Var, dont il occupc la plus grande parlie. 11 est born^ par la nier , et coniprend les terroirs dc la Cadicre , dOllioules , de Toulon J de la Valelte , de Solliers , de Cuers, du Pugel , de Pignans, de Gonfaron , du Luc, du Canet, de Vidauban , des Ares, du Muy , dc Calas, de Seillans , de Cabris , de Grasse , du Biot et de Villeneuve. Cette conlree , la plus nicridionale de la ci- devant Provence, est trcs-nionlueuse: ses mon- tagnes symetriques , rcgulieres , melalliferes et volcaniques , sont dans la direction de Test a. Touest , d'une elevation a peu pres cgale , et separdes par des vallces Ires - eiroites , le plus souvent par des torrens. On y voit pcu de plai- nes de quelquc elendue ; cclles d'Hyeres , de Grimaud , de Frejus , et de la Napoule , qui sont Ires-fertiles , doivent leur fornialion a de pet I les rivieres qui sy jettent dans la mer. Cetle parlie vilrifiable et granilique est si par- faitemenl scparee de la parlie calcaire , quon peut aller de la Cadicre a Aniibes pendant pres dc douze myriametres ( 24 lieues ) , ay.'uit ^ gaucbe les monlagnes calcaires , irregulicres , elcvees et Hues , et u dioile ces monlagnes gra- niliques et schisteuses. On Ics appele Maures^ parce que les Sarrasins s y etoient cantonnes , et sy jiiaintinveiit prcs dc deux siecles. Leurs pro- ductions diireient de celles des pays calcaires. Les grains y reussissent nial ; les fourrages y soiit peu nourrissans ; les b(Eurs qii'ou y eleve sont petits , mais lesfes et bien proportionnes. Les vignes , les oliviers, les figuiers, les chalaigniers y croisscnt promplenient , et produisent dc bon fruit et en aboudaucc : les vins y sont de bonne qualite. Le pays est peu peuple , mal cultive , et mauque deau. Toates les montagnes y sonl couvertes de pins cultives , de grands pins ma- ritinies, de chenes-a-licge, de chataigniers , de chcncs verts et blancs , d'aunes , d"arbousiers , de grande et de petite bruyere , dc fiiaria, de myrte , de grand sparlium epincux , de ciste ladanifere , de stoechas , de fougere , etc. On y nourrit beaucoup de chevres ; les abellles y reussissent ; mais leur nn'el jaune et grossier est peu estiine. Les troupeaux de betes a laine des BassesAlpcs viennent y passer Thiver et le prin- lemps ; I'herbe qu'ils y trouvent est si abou- dante, que les semes en sont souvent etouffes , malgre des sarclages repetcs. Ces troupeaux y sonl presque toujours exposes a Pair , comme dans les montagnes d'oii ils viennent, Le temps est-il trop mauvais, on conduit les nioutons dans les bois , oil ils trouvent de I'abri , tandis qu^on renfei'me les brebis et leurs agneaux dans des bergeries. Peu de troupeaux de betes a laine y reslent toute I'annee, parce que ces paturages, si abondans Thiver et le printemps , sont entie- rement brules pendant Fete et I'automne ; les bcfiafs et les yaches se nourrisseiit alors dans les . . . ( 6 ) , . tois avec les jcnnes tiges de brnj'orc, d'iirboti- Sier , de spaiiium et de pin. Tout prouvc quil y a cu dcs forels tres- ^(enducs dans le pajs calcalre , qui forme les ^ept huifiemes de ces quatre Deparlcniens. I.es plaincs et les vallons eloleiit couvcrts de cliones blancs; les hauteurs, de cheiies verts cf de pins. A niesure cjuc la population s'est accrue, on a defriche les plaincs et les vallees , dont la Jjeautc des bois qui les couvroier.t altestoit la fertilitc ; dcs vigiics et des oliviers out remplace Ceux cjui couronnoient les coleaux voisins des lieux habiles et qui avoient I'aspcct du micli. Cetoit la cju'il falloit s'afreter. An lieu de bien cuUiver cc cju'on avoit defriche, au lieu de pro- fitcr des bois cjui restoicnt , pour multiplier les fcestiaux et les cngrais , on les a delruils. Les Forets des comniuucs out disparu les premieres. Les chevrcs et les montons introduils apres la coupe des bois cu out broule les rejets; il n'y tsl restc que des brossaiUes. I-es chevres sur-tout , conlribuent a detruire les bois dout clles font leur principalc nourri- ixiie: on doit les canlonner, avec une rigou- reuse severite , dans les colliues dout le sol ne pcut produire que des buissous iuuliles. Chacuu autrefois pouvoit fenir des chevres ; mais lors- qui donne jusqu'au dix pour un , et Tannee suivante du seigle ; apres quoi ils abandonnent ces defrichemens , appelcs sur les lieux Taillades ^ pour les resse- rrner de la menie maniere , i5 ou 20 ans apres. Dans cet inlervalle, le mcme bois repousse de sa souclie avec une extreme vigueur, et devient aussi serr^ et aussi eleve qu'auparavant. Si ces monfagnes ne pouvoient nourrir que de la bruyere , ce seroit le meilleur parti qu'on pourroit on tirer ; elles donneroient deux re- coltes abondantes en vingt ans; leur ferlilite res- leroit la meme, parce quelle est due aux cen- dres du taillis qu'on brije, et sur-tout a la terre veg^tale qui sc forme dans cet infervalle de repos ; mais il resulte de cette pratique deux inconveniens graves : le premier , c'est qu'en faisant ces taillades , on coupe les pelits pins et lieges , que le vent et les oiseaux y sement en abondance ; les jeunes lieges et les pins deja un peu gros , qu'on voudroit conserver , ne peu- vent resistcr au feu ; les grands arbres echappent seuls , si on a I'attention de bruler le bois loin de leurs pieds. Le second inconvenient est encore d^une plus dangerense consequence, Le cullivateur? pour Inetlre le feu a sa taillade, choisit un jour d\'(^ tres-caline ; mais s"il vient h s'elever une forle bise , le feu , qui se conserve qaelques jours dans le creux des grosses souches , est porte dans les bruyores , au milieu des berbes dc^ssecliees , dans les feuilles qui sainassejit sous les pins : aide par le vent , il se repand au loin , sans ^retles au bout dcs branches ; qu'eljes resleat nues dans presque toule Jeur lomgueur , eu sorie qu'on voit a decouvert leur ecorce qui est grise et uuie. 11 est tres-resineux. 11 croit nalurellement dans la moyenne et la basse Provence , et se plait dans les terres calcaires ; il est si peu delicat snr le choix du terrain , qu'il vient indifilisremnient, dans le gravier , le tuf on la craio , quoiqu'il prefere les terres saljjoneuses et legeres ; on en voit vegeter dans des terrains qui se refusent a ioute espece de production, 11 est , ainsi que i'espece precedente , sensible aux tres-fortes ge- lees. CeJte variefe merlle que nous en fassions une description detailJee , qui la fasse aisen-.ent recon- noitre par les Bolanistes et les Cultivaleurs , qui pourront la multiplier dans les terres calcaires les plus maigres, ou le grand pin maritime ne sauroit venir. C'est un arbre de 25 a 30 pieds de haut ; ecorce rabofeuse sur le tronc , lisse et d'un gris cendre sur les branches ; tronc degarni de ra- JTieaux presque jusqu'au sommel ; les rameaux eux-memes degarnis de fcuilles jusqua leur ex- treniite , se reunissant en touffe , et formant un chapeau arrondi; feuilles tres-etroites , beaucQup j)Ius que dans le pin cullivc et dans le grand pin niarilime , souples et piquantes, nioins lon- gues que celles de ces deux varieties , beaucoup plus que relies du pin d'Ecosse , sortani deux ai deux d'une gaine coinniune : flours males et fenielles sur le nieine individu: fleurs males for- m'dht des ebalons rou^ealres disposes en bou- quet a rexlfefriile de.s brancbes: flours femelles ordinairement eloigneos des males , rassemblees en cones et sous des eoailles encore tendres ; ces embrions sout places a la base des pousses iiou\ elles au nombre d'un ou deux : leur cou- leur est dun rouge verdaire ; cones droits re- gardant la (erre , longs de deux a trois pouces , larges d'un pouce ou d'un pouce et demi; moins aigus , plus gros et plus longs que ceux du pin d'Ecosse ; plus aigus (jne ceux du pin cultive, et moins longs que ceux du grand pin marilime; atfaiches aux rameaux par un pcdiculc fort court et foi"t adberent memo lorsque le fruit s'est ou- vert; ecailles peu proeminenles , marquees dans le sens de leur largeur dune ligne elevee; cbacjue ^caille marquee dans son milieu d'une espece de fcicafrice gi'ise, Ces fruits sont deux ans enliers , k acquerir leur parfaite malurite ; a la tin de la premiere annee, ils out encore une coulenrverte assez agreable , qui se Irouve cbangce a la fin de la seconde annee en rouge canello ; au coinmence- inent de juin , ils s'ouvrent et laisseni lomber leurs semences ; c'est une amande de la grosseur d'un pepin de poire, renfermee sous une coquille tres- Iniiicc et tres-fragile, brune d'un cole et facbetee Be I'aulre ; cos semences sont ailees et placees tieUx a deux sous une mome ecaille ; elles sont iu nombre de 80 a 100 dans cbacjue cone, hE Pin d'Ecosse ou de Geneve ; Pinus syfvestns foJih hrevlbns g'aucis ^ corns panns a^~ bicdntib'is. Rail. Piniis sylvestris. L. , s'eUne fort hauJ; ses teuilles sortent deux a deux' d\iue gaine coininuae ; elles soat couiies et menues , dua vert jjlaujue , piquanfes e[ dislrlbaees dans toufe la Ionj;iieur des jeunes branches ; comme elles poassenf parallclenient a riionzoii , elles don- neut aux jeunes arbres I'aspect dun candelabre. Les flears males soat jaunes ronj;eatres ; les co- nes sont tres-oetils, presfne couiqiies et pointns, d'un vert agreable peud «nt les premiers mols, ct gris tres-fonce a Teporjiie de leur partaile ma- lurile; ils viennent par bo(if[iiets de deux, trois OLi quatre autour des pousses nouvelles ; les ecailles des cones ont a la suoerficie des emi- nences tres saillanles qui font quel [uefois le cro- chet, et qui sont forniees par quaUe areles tres- sensibles se reunissaut en pointe : les semences sont ailees, peliles, presque semblables a celles du sapin, et facilesa rompre : les cones parois- sent en mai : ils sont murs des le niois de no- vembre suivaut , et torabeut d eux - memes au prinlemps. 11 est repandu dans toufe I'Europe , except^ dans sa partie meridionale. 11 vient bien dans les mauvais terrains , snr des cofeaux steriles , dout le sol n'est (ju'une craie recouverte de quelques pouces de terre, dans le sable , dans la glaise, el menie dans les terres humides. Son bois est r^sineux . et d'un bon usage pour la menuiserie. 11 se plait dans nos montagnes subalpines , et dans les parlies froides et dievees de nos D^- parlemens , oil il forme de belles forets. Le pin maritime , qui couvx'e les landf^s de Bordeaux , se plait au bord de la mer , oil oa peut lemployer ulilement a garautir les autres arbres Jes pernicleux cJlcIs des vents. On idu que le pin ma- ritime. On le^ Irouve dans la haute Provence , Sans le Dauphine , les Alpes, les Pyrenees, les Vosges et le Jura; en Auvergne, dans le Lyon- libis et le Forez; en Alsace, en Suisse, en Al- lem'agnc. Habilat ^ dif Linne , in Europcp bo- t'ealis sylvjs. Pallas dit que c'est Varbre le plus ccimmun , et d'uu fres-grand usage dans les Rug- S'ies d'Eut-ope et d'Asie , Arbor utiiissima et hulgarissima ^ et qu'il fonrnit ces belles matures ^u'on tire de Riga. On le trouve au.ssi en Po- Ipgne , eu l.illiu^mle et en Norwege. Extrait ^6s observations de Ma'esherbes snr les pins. Xe . pin sylvestre , seloii d'Aubenton , vient llres-bieii dans les lerres calcaires , tandis que le C ^5 ) phi maritime n'y reussit pas. II y croif moiris i;'ile, mais le bois en est inHnimcnt meilleur. Depuis quelques annecs ( 1808 ), il en a ete fait, avec succes , de tres - grandes plantations dans les terres crayeuses de la Champagne pouil- lense. Le Pint de Corse , Pin lariccio, Pinusal- tissima. N. , Vinus Sylvestris. h. var. , merite d'etre cultive en Provence. 11 est originaire de Corse, et naturalise en France depuis pen d'annees. On en doit , dit-on , rintroduciion a M. Turgot. Ce bel arbre , d^ine forme pyrainidale elegante, seleve a une hauteur considerable ; sa crois- Sance est prompte : ses feuilles longues , d'nn vert fonce, reunies deux a deux dans la meme gaine , garni.ssent circulaii'ement les branches dans toule leur longueur, et les terminent par une aigrette. 11 n'est pas deiicat sur la nature du sol , et craint moins le froid qu'on ne I'a- voit cru. I-E Pin du Lord Weymouth, Pin blanc d'Americfue , Pinus Strohiis. L , s'eleve a plus de cent pieds: sa forine est pyramidale et Ires- eleganle : ses feuilles longues , fines , d un vert gai , cinq a cinq dans la meme gaine , sont rangces aulonr des branches , et terminent les jeunes rameaux par une belle aigrette: les cones, longs de 6 a 7 ponces , se couvrcnt de resine dont farbre abonde. 11 est facile a transplanter , et resiste aux fortes gelees. Ce bel arbre , qui paroit craindre le cliniat trop chaud de la basse Provence, reussiroit parfaitement dans les Depar- temens de Vaucluse et des Basses-Alpes. Tons les pins se multiplient aisement par leurs semences, et croissenl tres-vife. Dans les terrains o\x. ils se plaiseut , on pent , a 20 ans , les abattre C 26 ) ponr le dianffage. Si on en 6corce le boJs , el ciu'on \c laisse s^cIut deuK aiis , il n'aura point d'odeur quand on le bruli»ra. A 30 aiis, ils fburiiissent abondaninipnl de la resine qnoa en retire pendant plus de 40 ans : apres quoi lis servent encore a la nienuiserie et au chauf- fcige. Employes en pilutis on pour la cliarpeiUe, lis darent lon^-fouips On en fait des corps de ponipe , des luyaux pour la conduile des eaux, des bordai2;es , des planches , et dn ebarbon propre a la mciailnrgie. On retire enHn de sa seve , de la resine seche et liquide , du goiidron et da brai-gras. J-e snc resinenx , galipot y qu'on retire du pin par des incisions pratiquees le long du tronc, eiant cuit, se convcrtit en brai sec on resine; c'est une espece de terebenthine moins fine , moins Iranspareule , moins coulanle, plus acre, €t dune odeur plus desagreable que celle du sapin et du nieleze ; dislille avec leau , on en retire Ve>;pnt..ou huj'e es<;ent/e/'e^de terebenthine qui est inferieur a relui que donne la vraie 1^- rebenlbine, quoiqne ses verfns niedicinales soient a peu pres les nienies. l.es frontons , les noeuds, les raciiies, les copoanx , les parlies grasses, reduiles en charbon dans d 's ton rneaux tails ex- pres , fonrnissent le goiuiion : la chalenr , en agissant snr le bois , fait fondre la resine, ([ui, melee avec la seve , conle au tond du fonrneau. Cest ainsi que lout est ulile dans le pin, jus- qua sa suic , dont on fait le noir defumee, si nece-isaire a la teinture et a rimprinicrie. En melant le goudron avec le brai sec, on retire du brai-gras^ qu'on eniploie a enduire et a ca- rener presque tout le corps des vaisseaux , tundjs qu'ayec le goudron on euduit les cordages r 27 ) Exposes a Teau, ainsi que les bois auxquels il iient lien de peinlnie. I/Orme , Uhniis campestris. L. , se Irouve par-lout , et subsiste meme dans le mauvais (er- rain. II parviont a la plus grande (Elevation , et se mulliplie aisemeiit de graine el de drageon. Son bois est iieccssaire au chavronnage. Coinnie eel arbre trace beaucoup , il fatigue la lerre et lepuise ; on le rend utile a ^Agriculture , lors- qu'on emploie ses jeunes brancbes a la uourri- ture des betes a laiue pendant I'biver, en les coupant lous les Irois aus a la fin d aoul , el en les fais.ant secher. Le Sorbier. Nous avons deux especes Ires* dislincles de cet arbre : Tune cjui vieiil dans les parlies f'roides ei elevees da Departenient des Basses- A Ipes ; c'est le sorbier des oiseleurs ; Sor- hus aucupan'a. Tourn. et \..: la seconde se Irouve dans la nioyennc el basse Provence; c"est le Cor- mier, Sorbus saf/pa.Tuurn. , S. domestica. L. 11 se inulliplic de senience ,* il vienl spontaneuieni dans Jes haies : il nest delieat , ni sur le sol, iii sur rexposilion. On le recheiche pour son bois qui est tres-dur ; son fruit qui se mange, est peu interessant. Coninie eel arbre pivote profonde- ment, il n'ehfrite point la lerre. Le Micocoulier, Lotus friictu cerasi. C* B. P. Celtis aiistralis. I;. , en proven cal Fala- bregm'e , est un grand arbre qui vienl nalurel- lemenl dans uos conlrees nieridionales, et merae aux environs d'Aix, dans le sol le plus aride. II se mulliplie de srinence, Le Cerisier sauvace; Primus Cerasus. L. , frace si prodigieuseinent , qu'en peu dannces il coQvre des coteaux sleriles : on le Irouve dans tou^es les lerres iegeres et iiiaigres. (28) Le Mahaleb; Cerasus sylvestns amara ma- halcb piitata. Tourn. Primus Maliaich. \,. , est line variete du cerisier saavage , qu'on a aussi appele J3ois de Sainte-Lucie , du iioni d'un vil- lage de Lorraine , oil on reniploic a faire beaa- coup de petils ouvrages. 11 subsistc dans le niaii- vais terrain ; jl vient fres - aisc'nient , et s eleve jusqua huit a dix pieds. On le Irouve dans le Deparlernenl des Basses-Alpcs. Le Pojrier sauvage epineux; Pjrus syl- vcsiris. C. B. P, Pyrus communis. I^. , en pro- venial, Pcrussie^ est nn arbre precicux pour uos coiilrees. II se mulliplie de lui-meme dans les ferrcs sleriles qui out quelcjue profondeur. Comnie il pivole beaucoup , il n^eflrite pas la ierrc. Son aspect est aussi sauvage que les lieux qu'il habile. On le rencontre depuis le bord de la mer jusqu'au pied des Alpcs, 11 ne souffre pas la transplantation , et vient bicn de semence. Get arl)re est infiniment utile par son fruit pour lei'grais de la volaille et des besliaux , par son bois qui est recherche pour la nieuuiserie , et par les fascines cpi'on en retire , en le rabais- sant sur les grosses branches tousles cinq a six ans. Le Pommier sauvage ; Pyrus Dial us. L. , qui est inoins agresfe , vent une temperature plus froide ct un sol plus eleve. L''Erable vient a Lombre, et dans les lieux qui out de la fi^aiclieur ; il n'est point delicat , €t se multiplie de semence : son bois est recher- che par les arnuiriei^s et les tourneurs. Nous avons lErable de Monlpellier, ^ct^r Monspes- sulanum , J'oliis trilobis , lohis integris. L. , dans les lieux frais de la Provence nieridionale ; le petit Erable , udcer campestre , Jo His ^ lo- (29) haiis^ obtusis emarginatis. L. , aii bord des che- niins et des ruisseaux ; XErahle de monlagne , ErahJe sycomore ; ylcer inontanwn candidum. C B. P. ; Acer Pseudo-plat anus , Jblils quinquc- lobis , inoequaliter scrratis , Jloribus racemosis. L. , dans les lieux monfuonx ei froids. L"'ALrsiKR , Crata^gits folio subrotundo , ser- rato , subtiis incano. Touni. Cmicegus Aria. L. , nierite d'etre cite , parce qu'il vient a Tonibre ct dans les lieux moiitueux, et que son bois est dtir. 11 se mulliplic par son fruit. Le Tilleul , Tilia europcea. L. , quoique peu delicat , se plait dans les terres fx'aiches et profondes : son bois est recherche pour la uie- iiuiscrie, le tour et la sculpture. II vient bieu de semence. On jc Irouve sur les hauteurs , a Tonibre, et au bord des ruisseaux : il est coiu- mun a la monfagne de la Sainle-Baume , et au nord de celle de Lure, Le Frene , vient par -tout: sa graine veut etre semee des les premieres gelees de Tau- tomne. Soa bois est excellent pour le charron- iiage. C'est cet arbre , dit Saussure , Voyage dans les AJpes , cfue Ton planle le plus volontiers dans les vallees da Mont-Blanc , parce que sa feuille cueillie verte , et sechee , est un excellent fburrage pour les bestiaux , en hiver. Nous avons dans les lieux frais et dans nos forels au nord, le grand frene; Fraxinus excelsior ^ foliis ser- ratis ^ Jloribus apetalis. L. , et dans nos forefj; meridionales, le frene a fleurs ; Fraxinus Or- nus , foliis serratis , Jloribus corollatis. L. liE He THE, Fagus sylvatica. L., est un des plus grands arbres de nos niontagnes , et un des plus utiles, soit par son fruit , pour fengrais d; s bcsfianx et pour 1 huile qu'on en relirc , soit pour son bois, qui est propre a loute sorle de pelifs ouvra^es. II vieut bieu de scnicnce, et se plait dausles sables gras , fraisct un peu argilleux : il habile nos nionlagncs subalpines. J>^1f , Tiixus bdccata. I/. , croit naturelle- menl a la nioutagne de la Saiule Baume , et m Houx, l.'ex Aqnifolimn. L. , dans Ics forcts rn^ridiouales , aiix lieux frais et ombra^es. Le Char me , Carpinus Betiiliis. L. , se trouve dans nos nionfagnes subaljjines. Le Cytise des Alpfs , C)7/.9W5 Laburnum. li, , qu'oii eleve si aisemcnt de graine , croit , ainsi que LE Bouleau , dans nos montagne^ alpines et subalpines. Les sommets les plus ^lev(^s des montagnes da Deparleinenl des Basses- Alpes , places au- dessus de la region oil les arbres cessent de croifre, sonl coaverts de gazon. C'est sur leur flanc qu'on voit I'epicia , le sapin et le meleze. J /Epic I A, Abies lenniori folio, fructudeorsiim injlexo. Tourn. Pirius Abies. L., en provencal, Se- rento , a la poinfe de ses cones tournes en bas ; ses feuilles sont rangees autour d"un filet cominun , de sorte , dlt Duhaniel, qu'elles forment toutes ensemble par leur poiule unc espece de cylindre : il est moins delicat que le sapin et croit plus vile : il se plait dans les Icrres fortes un peu humides J. a substance resineuse qui en de- coule,esl opaque, et s'appele poix jaune ^ poix grasse on de Bourgogne ; cuile avec du vinai- gre on en fait la colophane : sa suie donnc da Boir de funiee. Le Sapin , .Abies taxi folio ^ f rue tu sursiim Spectante. Tourn. Pinus Picea L. , a la poinfe de ses cones touj-iice vers le civl : ses feuilles , c 31 ) . ainsi que les dents cruu peigne , sont rangees des deux coles d'uii filet ligncux: il se plait dans des tcrres profondes et un pcu fortes, snr le re- vers des montagnes , expose au nord. 11 fournit seul la vraie lerebenlhine liquide, qu'on retire en crevant de peliles vessies (jui se forinent sur son tronc : si on la laisse se dessecher sur Tar- bre , elle devient coinme les larmes du niaslic. Distillee avec I'eau , elle donne le veritable es- prit , ou essence , de terebenlliine. Le baume de Gilead , que les Anglais relirent d'uue vai iete de sapiu d'Anierique qu'ils ont mullipliee chez eux, est une veritable lerebenlhine, luais plus douce, plus claire , plus blanchalre , et donf lodeur ap- proche de celle du baume de la Meccjue. Le Mi^LEZE , en provencal Me'e , Piniis La- rix. L. , exige , encore plus que le sapin , une position froide et elevee. 11 se plait sur les mou- tagnes q'U restent couvertes de neige pendant quatrc ou cincj mois. Sa tercbentbine est infe- rieure a celle du sapiu. II se niulliplie assez diP ficilenient , ne leve qu'a i ombre , et veul les iiieines terres que le sapiu. Mdthode de server les Arhres risiueiix , d'apres Descemet. On fait tremper, pendant quelqnes beures la graine de sapin , de lueleze et d'epicia ; on la seme inmiedialenient apres sur une lerre biea divisee , et exposee au nord , dans des rayons distans de cj pouces, depuis la fin de mars jus- qu'au commencement de juin; on couvre ce se- mis d'un demi-pouce de terre de bruyere, et a defaut,de lerre tres - legere , sur laquelle on I'^paud une couche mince de mousse , de paille bachee, de lifierc , ou de fuinler court. II Faiii arroser ce semis , de manierc que la mousse ou la paille qui le rccouvre soit toujours hu- mide: si la seeheresse coiihuuoitlorsque Ic plant sera leve , on Tarrosera suivaiit le besoin. Ou ne Ics replanlera qu'a la deuxiemo annec. On peut appliquer la meme melkode de se- mer, a toutcs Ics especes de pins, aux cypres, aux cedres de Virginie et du Liban , a tous les genevriers, et meme a I'acacia, II est curicux , dit Saussure , Voyage aux AJ- ■pes , torn. 4.'' , de voir les Forels de melezes qui s"elevcnt sur les Alpes , se degrader en s ele- vant, et se terminer par des arbres epars , pe- tits et rabougris , au - dessus desquels sont des prairies toutes nues. Est-ce le froid , est-ce la rarete de lair, est-cc la nature des vapcurs qu'il renferme , qui fixent ainsi les limites de la hauteur a laquelle peut croitre chaque arbre , chaque planfe ? Le Pin Alvies , Saussure , ibidem , torn. 3 ; Pinus Cemhra. I,. , appcle Alvies dans le Brian- connois , et Aroles en Savoie , est , de tous les coniferes , cclui qui peut vivre a la plus grande hauteur : on le trouve dans les monlagnes, a une elevation a laquelle les melezes meme ue peu- vent plus croitre. I,e bois de cet arbre est ex- fremeraent tendre ; il n' a presque point de fil , ce qui le rend tres-propre a la sculpture. Les bergers du Tyrol, qui le trouvcnt en abondance sur leurs Alpes, en font de pelits ouvrages. Les amandes que renferment ses pignons, sont moins longnes , mais aussi grosses que celles du pin .cultiv^ : elles out a peu pres le meme gout , et les memes pyoprietes. Liniie ct d'autres Bo- .tauible^ C 33 ) iariistes Tont confondu avec le pin de Siberie? celiii ci est eleve , droit , elaiice , pousse peu de branches lalereiles ; tandis que le pin alvies est petit , noueux et souvent diHbrnie. Le bois de celui de Siberie est sans odeiir, au lieu que I'alvies en a une tres-forte : leurs fruits sunt aussi li'es-dillereus. M. Ramond , dit , dans scs Observations fake & sur les Pyrenees ^ qu'au-dessoas de la region des neiges perinanentes , c'est-a-dire , a 1200 ou i25o toises de hauteur, aux Alpes et aux Py- renees, croissent les mousses, ensuite les plantes alpestres : 3 a 400 toises plus bas , les arbris- seaux , le rhododendron a la tete : les arbreg vicnuent ensuile ; rif,et sur-tout lepin cembro; apres , paroissent indilf^remment , le pin sj\- vestre et le sapin ; plus bas, tons les autr.cs ajc- bres. Le bois de I'epicia , du sapin et du iiieleze^ est fort recherche pour sa legerete et sa duree; on en fciit grand usage pour la iiicnuiserie e4 pour la charpente : le meleze est preFere pour les ouvrages qui reslent exposes a fair. Les arbrcs aquatiques se trouvent par-fout ; lis ne sont difEciles ni sur le choix du terrain, 111 sur Texposition, pourvu qu'on les place dan^ des lieux humides, ou au bord des eaux. Tel^ sont : L'AuNE , BetiiJa A.Inus. L. , en pyovejical, ylverno ; Les Osiers et les Saules , Sal/x vitelUna^ wnygdalina , viminaUs , alba , etc. L. , en prpve^- .cal , Vese, Ooumarino , Saouze ; Le Peuplier noir, Populus nigra. Jj.^ ej^ jprovencalj PibpulOp (34) I.e Peuplier dItalie, FopuJiis fasti giata. H. P. ; Le Peuplier blanc , Populits aJba. I,., en provenqal , Ooubero. l/un clcs plus grands ar- bres que nous ayons , qui vient bien , meme dans les terrains sees , ct qui drageonne au point de couvrir en peu de tcn)ps un cspace asscz elendu. i.e bois de ccs arbres , quoique de qualite me- diocre, sert pour la mcuuiscrie et pour la cons- trnclion des baliniens de la canipagne. On lire du peuplier noir les plancbes les plus convena- bles aux echafaudages des macons, par la pro- pricte qu'elles ont de plier beaucoup sans sc ronipre. L a depouillc des saules et des peiipliers, quon elele tons les trois ans , serl de Iburrage aux troupcaux pendant Ibiver. A des expositions el des baulenrs difR^renlrs, vegetent des arbres ct arbrisseaux inleressans , que nous ne devons pas oul)lier. L'arbousier , Arbutus Uuedo. I/., en pro- venca 1, Darhoussi'e , qui se niultiplie par ses graines et par les eclats de sa soncbe , el dont les cb^vres se nourrissent si volonliers , convre les niontagnes des Maures et de rEsferel. 11 de- mande une exposition chaude et mic lerre legere. la Grande Bruyere, Erica jTia.riwa alba. T. Erica arborea. L. , remplace dans les Maures el a I'Esterel , les pins et les lieges qu'on y a detruils. On fail avcc sa souclie, d'excellent cbar- bon pour les forges , ainsi qu'avec celle du sui- vanl ; Le FiLARiA , PhiJIyrea media, et latifolia. L. , en provencal , Darade^y esf fort commun; lie CiSTE , Cistus ladauijcra monspeJiensiuvi . T. , Cistus vionspelieusis. L. , cu provencal , ^35 ) ^ Messngo , ne meritcroit pas d'etre cite , s'il n'^- toit d'une grande ressoarce pour nos coulrecs granitiques. Sans avoir besoin d'etre seme , il couvre en ppu de temps les terrcs labourable$ qu'on laisse reposer. Apres sept ou huit ans^ le champ se trouve entierement garni de cisfes de trois a quatre pieds de haut , sous lesquels se forme une couche vegetale, qui lui rend sa pre- miere ferlilite. Le cisle enPoui vert sert d'engrais. On en fait du furaier en le faisant pourrir dans les basscs-cours ou en fetendant sous les bes- tiaux au lieu do paille. Le buis nVst pas plus precieux pour le pays calcaire , que le ciste pour les pays granitiques ct micaces. 11 a sur le buis I'avanlage de croitre plus vite , et d'etre plus abondant. Le Myrte , Myrtus communis. \,. , en pro- vencal, Nerto , se trouve a toutes les exposi- tions cliaudes de nos contrees meridionales. II se plait au milieu des rochers , dans les lieux les plus sees. II se nmlfiplie de scmence. Oq. emploie ses feuilles et ses jeunes tiges a la pre- paration du cuir vert , dans les tanneries de Grasse, I^e savant Peiresc decouvrit , aupres du village du Castellet, le myrte a fleurs doubles, qu'il cultiva dans son jardin de Bclgencier , d'oy. il le repandit dans toute I'Europe. Le Laurier-tin, VihiimumTmus. L, ; l,e Grenadier, Punica Granatum. L. , Mioiigra- nie ^ en provencal ; le Lenti$que , Pistacia Lentiscus. L. , en provencal , Lenchiscld ; le Terebintiie, Pistaeia Terehiiiiliiis. I/., en pro- vencal , Petelin , se plaisent a une expositio.jfi chaude. Le Fustet, Rhus Cotinus.lu^ dont le boig sert a teiiidre eij jauiie , et ]a feuille a preg^i ( 36 ). rerles cairs , recherche les Heux monlueux ct oni- bragcs. Le Sumac a feuii le d'orme , Rims Corja- ria. I-., en provencal , Faouvi , est utile dans la fabrication ties niaroquius. JNous en tirous beaucoup de Tetranger , landis qu^on pourroit le niulliplicr sur nos collines , oil on le trouve assez frcquemment. On le cultivc pres de Ga- vaillou. L'Aliboufier , Slyrax folio Mali colonel. Tourn. Styrax ofjicinale. li. , croit dans les bois do Montrieux et de la Saintc-Baiune. II est in- teressant par la resine odoraute qui dccoule des incisions qu'on lui fait. le Chene-naix\ , Ilex aculeata cocciglaiidi- Jera. Tourn.; Quercus cocci/era L. , en proven- cal , AvaoiL , qui porle des glands aussi gros que ceux du chene vert , auquel il ressenible par sa feuille trcs-epineuse , ne seleve qu'a un ou deux metres. 11 couvre la pliipart de nos col- lines calcaires : il croit au milieu des pierres et des rocbers , dans le sol le plus sterile. 11 est tresutile , en ce qu'il garnit des cofeaux , qui sans lui resteroient nuds, et qu'il fournit presque lout le bois de nos fours a pain et a chaux. Dans les cantons oil le climat est plus doux, comme a la Crau , a Lancon , a Ventabren , dans toutes les Communes qui entourenl lelang de Berre , le Kermes se nourrit sur le chene- nain. Get insecte s'atlache a ses petiles branches, oil il passe sa vie. D^abord , a peine visible , il deviant peu a pen de la grosseur d'un pois , et ressemble a une galle. Parvenu a sa gros- seur, au commencement de mai, il devient d'un beau rouge , reconvert d'une espece de fleur blanche , scmblable a celle des prunes. C'cst ( 37 ) . alors qu'on le ramasse le matin avec la rosee, lorsque les fenilles de Tarbrisseau sont molns pi- quantes. Gelui qui vient dans les lieux voisins de la mer est pins gros et d'une conleur plus eclatante. Noire Kernies est prefere a celui d'Es- pagne. Cest une occupation ct une rcssource pour les viei!!ards , les fenimes et les enfans. lis le vendeut frais aux pliarmaciens ; ou le font se- cher au soleil , aprcs Tavoir arrose de vinaigre pour le faire mourir, Cest dans cet etat que les teinluriers Tachefent pour en tirer une couleur presque aussi belle que i''ecarlale. Nous avons encoi-e les arbustes et arbrisseaux suivans ; Le Kom a Ri n , Ros7nari/2 us ojjicinalis. L. ,en proven^al, Roumamou , qui se plait sur les co- teaux chauds et arides , ainsi que le suivant ; Le Grand Genevrier , Juniperus Oxyce- driis. L. , en provencal, Cade ^ dont ou retire une huile resineuse, piquante, utile dans les ma- ladies des betes a laine ; LePoRTE-CfiAPEAU , Rhamnus Pah'iirus. L., en provenqal , Arnaveou , si propre a former ^^?> haies impen^trables ; Le Grand Ajoxc, Cytisus spinosus. Tourn. Spartiuin spinosum. I;. , qui s^eleve a huit ou iieuf pieds dans les bois des Maures , el dont les epines sont si rcdoulables aux chasseurs. Cest dans les lieux steriles et montueux de la cidevant Provence , qu'on trouve : Le Genet d'Espacne , Spartiinn jwiceum. L. , en provencal Ginesto , dont la fleur repand une odeur si douce ; Le Genet-Biot , Spartiinn purgans. L. ; Le Jonc-Marin, Genhta'Spartiurti jjiajus , lojigioribus et breviorihus acukis. Tourn, tlkx ( 38 ) tiiropcpiis. 1.. ) qui croit a Aix , a Venlabreri , dans les environs de Tetang de Bene ; Lc Genet ^pineux, Genista-Spardwn jna- jiLSiJlore Intco. louvn. Spartium scorphis. I.., en proven(jal , Argiclas ( nom commun a toules les especos et varieles de genet epineux ) ; et diverses vaiicles de genets et de cytises ; Les Nerpruns , donl Tun, Rlunnnns cathar- iicus. Tourn. cl L. , fonrnit le vert de vessie, et un sirop purgatit' ; un autre , sous le nom de grainG A' ksi\^\\oxi^ Uhamnus injectorius. L. , en provencal , Granito , donne a la teintiire la couleur jaune qu'on uomme slil de grain ; Le. NoisETTtER, Corylus Arellana. L. , en toiovencal , Avelam6\ Ju,'epine--V]nette , Berhens vulgaris. L. L'AuBEPiNE , Craicegus Oxyacantha. L., ^ri provencal ;, Oouhrespin ; L'^Epine noire , ou Prunier sauvage , primus spifwsa. L. , en provencal, Agranas; Le Cornouillier , Cornus arhorea. L. , en provencal , Acurnie; Le s'anguin, Cornus sanguine a. L.; Le FusAiN 3 Evonymus europceus. L. , en j5l-ovencal , Bound de Capelan ; L'Am'elanchier, Mespilus Amelanclner. L.; Le Sureau , Samhucus nigra. L. , en pro- vencal, Samhekie\ Le Troene , Ligustrum vuJgarc. L., en pro- Vencal , OouJivie soouvagi ; La ViORNE , Vihujuum Lantana. L. , en pro- Vencal, Valim'e; Le Smilax , Smilax aspera. L.; I,es RosiERS SAUVAGES , Rosa eglanieriai ihiginosa , can'ina , etch.; Lte Baguenaudier , Coluiea arhorescens. L, j (39) , Les CoRONiLLEs , Coromlla Emems , jun- cea, etc. L. ; Le Genevrier commun , Juniperus com- munis. L. , en provenc^al , Gmebre\ Le Cedre de Provence , Junipems phcc- iiicea. L. , en proveucal, Mourvenc ; ?.q?, vieux ironcs foarnissent le bois de Saint-Vincent , doiit la rapiire, jetee sur les chiirbous ardens , re- pand une" odeiir suave qui parfume les apparte- mens ; Le Bins, Buxus sempervirens. L. , en pro- vencjal, Boui, si utile a rAgrlculture , lorsqu'ou emploie son feuillage reduit en fumier par la putrefaction , et dont la racine est si recherchee par les tourneurs , sc phut a une exposition plus froide et plus elevee , ainsi que les deux sui- vans : L'Obier ou Boule de neige , Vihiimum Opulus. L. , et lia Sabine, Juniperus Sabina. \i. Tels sont les principaux arbustes qu'on trouve dans nos bois et sur nos montagnes, qui pour la plupart ne sont couverfes que de Thym , Tiiymus vulgaris. \,. ; de Lavatide Lavandula Spica. L. ; d'Aspic, qui n'cst qu'une variete de Ja Lavande; dlmmorteile, GnaphaliumStaechas. L., en proven^al , Sooureto ; d'Herbe aux puces vivace , Flantago Cynops. L. ; de Germandree cotonneuse , Teucrium Folium. L. ; de Lotier digile , Lotus Dorycnium. L. ; de Crapaudine scordioi'de , Sideritis scordioides. L. , etc. II est quelques arbres elrangers a nos con- trees , qui raeritent Taltention de rAgrlculfeur , par leur beaut^ , leur utilite , et la facilite qu ou a de les multiplier. Tels sont : Le Cypres J Cupressus sempervirens. L., fE, Acer Negnndo. L. , bel arbre dont Pac- croissement est fres-prompt ; L'Arbre a suif, Croton sehifcrum. I;., dont on voyoit a la Valelte , pres de Toulon , un in- dividu, qui resistoit bien a nos bivers , et qui fruclifioil deja. Son fruit est renferme dans une ^corce qui s'ouvre lors de la maturite. II con- siste en plusieurs grains JjJancs , de la grosseur d'une noisellc , dont la cbair a les qualiles du suif. On la fond avec de I'buile pour en faire des cbandelles ; Le Ciiene a glands doux , Qiierciis ro- iundifolia. Lamarck ; Ballota. Desfontaines ; CDnnu en Espagne sous le nom d'Encina , dont le gland est bon a manger. II est un pen plus Sensible au froid , que le chene vert ordinaire ; fees feullles sont ovales , arrondies , petiolees , bordees de dents ^piucuses , d'un gris glauque Bl-dcssous. (40 I,es Gale on Ciriers , Myrica Gale et Ce- rifera. L. , pourroient garnir Ics parties des vastes rnarais de la Camargue , de Frejus, de la Na- ponle , qui ne sont pas susccptibles d'etre des- sechees. Le CrRiER est peut-etre le seul arbre utile, ffui prospere dans des terrains toujours noyes, 11 prodait des baies couvertes dune r^- sine, qui a quelque rapport avec la cire. On en fait a la Louisiane, des bougies d'un usage agreable. Le Cedre du Liban', Pinus Cedrus. L. Get arbre si celebre et si beau, est un veritable me- leze , qui conserve ses feuilles pendant Ihiver, II est nioins remarquable par son elevation et sa forme pyraniidaie , que par la grosseur de son fronc et la graude etendue de ses branches , dont les plus basses sefendent horizontaleraent a plus de trenfe pieds du tronc. Leur disposi- tion est si reguliere , qu'elle semble etre reffet de I'art ; elles se recourbcnt vers la terre , et en se couchant les uncs sur les autres , elles offrent un tapis , qui paroit onde lorsqu'il est agife par le vent. Le berceau qu'elles forment est impenetrable a la pluie et au soleil. On ne connoit encore que le Liban , I'Amanus et le Taurus , ou le cedre croisse naturellement. Les Anglais sont les premiers qui I'aient cultiv6 en Europe , oii il eat peu repandu. Ceux de Chelsea , et de Wilton pres de Salisbury , fruc- tifient depuis long - temps , ainsi tfue celui du jardin des planles de Paris. I-e cedre du Liban est cultiv^ en France depuis 1730. II est telle- ment naturalise en Angleterre , au rapport de Descemet, que les graines , qui s'^chappent de ses cones , levent en abondance , et sans aucuns soins, autour des arbres. Quoique le cedre perde C 40 iout son merlle lorsqu'il est etele ou elcigue,lc'S pepliiierisles anglais en fornient dcs palissades , ou brisc-vents , de qualre pieds de haul, qu'ils tondcnt tous les ans. En 1688 , Laroque avoit comple sur le mont Liban , vlngt cedres de la premiere grandeur. La Billardierc , en 1788 , nVn a plus trouve que sept de la plus forte dimension , dans uu petit ])ois compose d'unc centainc de ces arbres beaucoup plus petils. Les feuilles dii cedre sont d'un vert fonce , un peu piquantes; elles sorfent dun tubercule en forme de houpe. Les fleurs males et fe- jnelles se trouvent sur le ineme individu. Son fruit fait en baril , est un cone de la grosscur d^unc orange. Sous les ecailles sont des semen- ces assez grosses , qui out une odeur Ires- balsauiique :les cones regardent le ciel , et sont attaches a la parfie superieure des brandies par un pediciile tres-fort. Pour reiircr les graines des cones, il faut les percer par leur axe, et les fendrc en trois ou qualre parlies , qu'on jelle dans l*eau , pour les y laisser ramollir pendant une bcure : tilors les ecailles se detacbent aise- iTient , et on en retire les graines , qu'il faut sc- mer sur le champ. Comme elles se conservent plusleurs annees dans les cones , on ne les ou- vrira que pour mellire les graines en terre. On les seme au commencement d'avril , dans des terrines de sept ou buit pouces de profondeur, dont le fond est perce de plusieurs frous , et qu'on remplit de terre meuble ; on les recou- vrira de six lignes de terreau tres-leger. On debarrassera de leur enveloppe les petits cedres, qui en sortant de terre en seroient trop long- temps cocffes ; on observera de les arroser pea ^t de fenir la torrine enterree a Toinbre de quel- que aibie, dans un lieu aere, jusquen octobre. Alors on la placera an pied d'un mur au midi. en Tenlourant de feuilles seches , dont on cou- vrira legeremenl le jenne plant , qui est sensible aux fortes gelees durant ics premieres annees. Si le froid etoit excessif , il faudroit renfermer les lerrines, on les couvrir. Au retour du prin- temps , cliaque cedre sera mis separ^ment dans un vase , en observant de conserver autour des racines le plus de terre qu'il se pourra , afin de mieux assurer leur reprise. On les garantira da froid et du soleil , ainsi quil vient d'etre dit , jusqu^a ce qn'ils soient bauts de huit a neuf por.ces : alors, on peut les planter a demeure, en les depotant et les placant avec toute leur molte de terre , dans le trou qui leur est des- tine. Pour bien collcr la terre , on les arrosera; il suffit ensuife de les garantir de la grande ar- dour du soleil , en piquant a I'entour quelques jiranches bien feuillees ; et des fortes gelees , en efendant a leur pied quelques pouces de feuilles secbcs. Ces soins doivent leur etre continues , jusqu'a ce qu'ils aient deux picds de hauteur : alors, ils se contentcnt de quelques legeres cul- tures , et de deux ou trois arrosages dans I'ex- treme secheresse. Lorsqu'ils auront alteint la hau- teur d'une loise , on pourra les abandonner a eux-memes ,* on se contcnicra de leur relrancher les branches qui trainent a lei're ; cellos qui sont inutiles cessent de s"allonger , et se dessechent ; c'est le signe qu'on peut les couper , sans nuire a I'arbre , qui craint beaucoup d'etre elague. Get arbre , qui n'est point difficile sur le choix de I'exposition , se plait dans les ferres legeres et nourrissantes : nous Tavous constam- C 44 ). vneut perdu dans celles qui rcflennent I'cau en hiver. Sa croissance , qui est lento pendant les premieres annees, est ensuite assez rapide. Nos cedres, seines au prinfemps de 1779, avoient, au mois d'oclol)re i3o6, de \ingt a vingt-deux pouces de ciicoufereuce , sur trois a qua Ire toises de hauteur. Voici encore quclques arbres, qu'on pourroit muliipliei' avec succes en Provence : Le Cedre rouge be Virginie, Jum'perus Virginiana. L. , tres-grand arbre , qui croit dans les terres les plus mediocres , ponrvu qu^elles ne soient pas trop humides. Son bois , qui est Icger, n'est jamais pique par les vers, et passe pour etre incorruptible. II se multiplie princi- paicment de graines , qu'on doit senjer en au- tomne a I'dpoque de leur maturite , dans une tcrre tres-legere , abrilee de la grande ardenr du soleil; elles leveront le printemps suivant. Si on ne les seme qu'apres Ihiver, elles ne leve- ront que dix-liuit mois apres. Les arrosemens et les sarclages frequens sont les seuls soins qu'exige le Jeune plant, pendant les deux pre- mieres annees. Au mois d'avril de la troisicme annce , on rcpi((ue par nn temps convert les jeunes cedres , a Imit ou neuf pouces de dis- tance , dans des planches disposees a cet efTet^ ou bien on les met en pots , en observant de re point supprimer les racines , de les arroser sur le champ , et de les garantir de la trop grande ardeur du soleil , jusqu'a ce que leur reprise soit assuree. licducafion du cedre de Virginie est fort lenle, commc cello de tons les arbres rc^sinenx; inais apres les premieres annees , il pousse avec Vigueui". Leve do pleine tcrre, il rcprend dif- (43 ) ficilement, a cause de ses branches nombreuses, qui , absorbant toute la seve , permetteut a peine aux racines d'en recevoir la part qui leur est necessaire. Si on le replanfe un peu gros avec toutes ses branches , il perit ; landis qu'il reussit lorsqu'on lui relranche toules les bran- ches latcrales , jusqu a six pouccs du tronc , en ne conservant que la tige principale. Desceraet dit s'ctre bicn irouve de cette pratique , non seulenienl pour des ccdres , mais aussi pour de tres- forts epicia. lis out pousse de iiouvelles branches, el conserve leur ramification pyrami- dale. Nous avons employe ce moyen pour as- surer la reprise de tons les arbres verts , les pins seuls exccples. Quelques cedrcs de Virginie se sont montres a Fonscolombe le long des hales , ou leurs graines avoient sans douto ete deposees par les oiseaux ( en 1806 ). Le Vernis du Japon, Aylantluis glandii- losa. Desfontaines ; Rhus succedaneum. I/, n Ce :» bel arbre , originaire de la Chine , dit Des- 3> cemet, fut envoye a Londres en 170 1, par >5 le Pere dlncarville. II a I'aspect d'un tres- y> grand sumach. Son hois est tres-beau et tres- M dur , malgre la rapidile de sa croissance ; il 3) est uni , saline , et recoit parfailemeut le poli; 53 son feuillage n'est point altaque par les che- 33 nilles , et conserve sa beaute jusqu'a la (in de 5> novembre, Cet arbre n'est point delicat sur 3) la nature du terrain ; il prefere un sol frais 5) et leger; sa multiplication est facile, soit par 33 les rejettons qu'il pousse abondamment , soil J) par ses racines , qu'oii plaiite en automne et a au priuteuips. » (46) Le Chene ecarlate, Qucrciis coccinea, Michaux. Le Chene rouge , Quercus rubra. L, Des- cemel: assure que ces arbres , de I'Amerique septentrionale, nieritent d'etre cultives danstoule VEurope. Leur crolssaiice est ti-es-rapide ; ils s'e- leveiit de 90 a 100 pieds. Les chenes rouges envoyes d'Amerique , par Michaux , et qui ont et6 planles a Rambouillel , au nombre de plu- sieurs millicrs , sont parvenus , en moins de dix lins , a plus de trente pieds dc hauteur ; et ce- pendaut, ils avoieut ele replantes deux fois: lis sont naturalises dans les terres de M. Duhamel, ou ils fruclifient tous le,s ans , et se reprodui- scnt sans culture. Nous sommes entres dans ces details sur les arbres et arbusies qui croissent spontanenient en Provence, ou qu'il seroil facile d'j multiplier, pour convaincre le Cultivateur , que la nature a mis a sa disposition ces utiles vegetaux , afin qu'il les emploie a Tavantage et a rornement de ses champs , et a reparer la diselte de bois qui nous afflige. Prouvons a present , qu'il n'est ni aussi difficile , ni aussi dispendieux qu'on pour- roit le croire, de former des bois dans nos con- tr^es 5 dy r6tablir ceux qui sont degrades , ci d y multiplier les arbres forestiers utiles. II. Nos Essais. Le domalne , dans lequel ont etc fails nos essais, est situe dans la Commune du Puy-Sainte- ,R6parade , Deparlenicnt des Bouches-du-Rhone, i\ trois lieues d'Aix, et a une lieue de la Du- r.'ince. Le thermojnetre de Reaumur y descend or- dvuairemciit jusqu'a six a sept degres au-dcssou? .^' ^47),, cie la cougelallon , et s'y eleve jusqu'a 24 et 2,5 degres au-dessus de ce point. Le sol y est argillo-calci\ire , Ires-niaigre , asscz proFond , et decouverl du cole du iiord. 1-cs coteaux y sont sfeiiles au point de nonrrir a peine quelqnes genets et ajoncs , du ihyra el de laspic. L'ete , ii y pleut tres-raremcnl; niais beaucoup trop en hi%'cr et en aufomne. Les gelees blanches y sont tres - fortes , et s'y prolongent jusqu'au milieu d'avril. I,e bouleau, le iD^leze et le cbataignier , n^ont pas pu y etre eleves. Le grand pin marilinie y languit, ainsi c[ue le robinier, I'if et le houx, tandis c[ue le sapin a feuille d'if , le betre et le chai'me y viennent passablenient a Toinbre. Le peuplier blanc , le plalanc, les chenes , Torme, le tilleul , le cypres, le frene , les sor- biers , les erables , le cedre du Liban , I'epicia , I'epinetle de Canada, le cedre de Virginie, le pin cullivc , le pin d'Ecosse , le petit pin mari- time , y out reussi , ainsi que tons les arbris- seaux dont nous avons parl^ ci-dessus, a I'ex- ception de la grande bruyere , du myrte , du lenfisque , de Tobier , du styrax et du cisle de Montpellicr : on doit cependant ren:arquer que presque tous ces arbres et arbustes ont peri ail- leurs , lorsqu'ils ont ete places dans des terrains irop maigres. i.cr EssaL Persuades que tout terrain etoif propre a for- mer des bois , nous choisimes un coleau de trois hectares de surface , oil il ne croissoit que quelques chetifs sparliwn scorpius^ avec unpcu d^ajonc. C'etoit un sol sterile , profond , tenace , et reteiWDt feau en biyer, saus adherence quaud (48) il clolt sec, Dans I'hivcr dc 1769 , on y sem^ des graiues de pin cultivd , de grand ct de petit pin maritime , dcs glands de chene blanc ct de chene vert , des chataigncs , el de la faine. Le petit pin maritime , leva mal ; le pen qui y est rcste 11 'a pas plus de douzc picds d'ele- vation , en 1806 ^ et porte deja , ainsi que les pins cultives , les signes de la vieillesse. Les grands pins maritimes et les cliataigniers qui iivoient Ijien leve , nioururcnt tous la seconds annee. Les helrcs perirent a la liu da premicr ete, ainsi que quelqucs lilleuls el sapins a feuilles , d'if, qu'on y avoit plantes fort petits. Les cbenes donnerent d'abord quclque esperance , el dis- parurent ensuite peu a pcu, au point qu'en 1790 » on livra ce terrain au belail , parce qu'il ne res- toit qu'un tres-petit iiorabre de chenes verts ejt dc pins. 2.e Essai. Aupres de ce coteau , etoil une fricbe de deux hectares de surface , que nous fimes enclore, elle etoit unie , maigre et graveleuse ; il y avoit dans les bonnes parties quelques poiriers sau- vages , du genet d'Espagne , et de I'aubepin , cju'on reserva. Le reste etoit couvert de th}^! et d'aspic. Dans Tautomne de 1771 , on y sema abondamment des glands de chene blanc a la charrue, et a la pinche , dans les parties trop pierreuses. On y planla des chenes et des or- meaux dun an , quelques sumacs de Virginie , du mahaleb et du buis. Les chenes , c[ui avoient bien leve , langui- reut des la seconde annee. Tout ce qui etoit dans le has ou les eaux se rasseiubloient eu hiv.ej^ . ^ 49 ) liiver , periL Halt ans apres , ce soniis ivA rase. Les arbrisseaux el les ornicaux prirent dc la viguear;les cbeiies se montrerent bien, excepte dans le pur gravier. Eu 1794. , la plus grand© partie de ce terrain etoit sulfiaamuient garnie de chenes de toufe grandeur, depuls six pouces jusqu a Iiuit picds ; les orraeaux , qui avoient Imit a dix pieds de haat, etoieut deja de quel- que prodait par leur emondage , quoa reser- voit pour la nourriture du troupeaa cii hiver. Les chenes plantes avoient fait beaueoup plus de progres que ceux qui avoient etc semes. Le genet d'Espagne s'y ^toit multiplie de lui-meme, au point de couvrir le nieiilcur terrain; le buis y etoit mort. Comme il restoit quelques parties tres-pierreuses , ou il n'3- avoit absolunieul ricn , je les fis defoucer a vingt-deux pouces. Au printenips de 1807, on y senia , par raies eioi- gnces de trois pieds, du gland, du genet et du petit pin maritime. A I'abri des genets qui ont bien reussi , le pin a parfaifement leve. En octobre 1806, ce bois , dont les , chenes avoient elerecepes en 179.5 , 1796 et 1797, pre- sentoit un aspect satisfaisant : les rejets avoient jus- qu'a neuf ou dix pieds dc haat ; les ormcs qui etoient tres-vigoureux , avoient au pied de vingfc a Irente pouces dc circonferencc. Tons les trois ans , on les elaguoit a plein poar le froupeau. Les pins venoient bien , et qnoique I'hiver de 1789 , en eut fait perir plus dc la moilie , il eu restoit encore assez pour garnir le terrain ; leur hauteur etoit de dix a doaze pieds. Quclqae^ chenes, qui n'avoient pas ete rccepes , avoicoi pres de terre jusqa'a dix-huit pouces de circon- ferencc. Les genets , qui couvroient la p;a$ graude partie du terrain , avoient ete rases piii- D ( 5o ) ^ sieurs fois. II y a pen de chencs ct de gene/s ,, la ou il n'y a que du gravler , ct ou I'hiver, Ics eaux se rasscmblenf. 1 e troupeau qu'on y inlrodnit pendant rhi'vev, depuis dix ans , nc nuh poiiit au bois : il broule seulement Tlierbe ct le genet, qui repousse a la fin du prinlemps. 3.e JEssai. He froisieme essai est remarquable a cause de la sterilile du sol. c'etoit un terrain glaiseux, d'uu denii-heclare d elendue , se divisant par petits cubes , oil il ne croissoit aucune herbe , pas nieme du thjm ou de Taspic. Conime il etoit pres de notre habitation , nous n'epargna- jnes rien pour le boiser. A pres qu^il eut ele defonce a vingt-deux pouccs , en 1776, on le couvril de sanguin , de romarin , degenevrier, d'epine noire , de genet, de cerisier, de troene, de coignassier. Quoiqu'on I'eut bien cultive et fume a^ec de la suie , la plupart de ces arbrisseaux mou- rurcnt. L'hiver suivaut , on les recepa ; on les remplaca ; on y iiiit encore de la suie : alors , le ffJrrain conimenca a se couvrir dun peu dlicrbe. la troisieme annee , nous y plantanies dcs pins cultive ct cFEcosse, du petit pin ma- ritime, dcs chcnes, dcs ormcaux, des sorbiers, tous trc'S-peli(s. I/annce suivante, on y repandit de la suie pour la froisieme Fois, et tout fut re- cepe , a rexception des pins. 1 )es - lors , cette planfalion a tellcment prospcre , qu'en 1784, elle etoit deja trop fournie pour pouvoir elre cultivee. Ce bouquet de bois a parfailement reussl. En 1806, les pins y out plus de cinq toises de hau- teur, les chencs douze pieds 3 et les autrcs arbres a proportion. QuoiquVm ail coupe une partie des pins , parce qa'ils efoienHrop serres, ils ont eJooffe la plus grande partie des buissons q^ui etoient sous leur ombre. 4.<^ Essai. En 1 78 J , nous finies enclore unc tres-mau- vaise lerre laboarable , d'environ deux hectares de surface, qui eloit restee sans culture depuis cinq ans. Tro'p humide Tliiver , pour convenir aux amandiers ; trop maigre et trop compacte pour Ics muriers ct la vigne , il falloit la metlrc en bois , EUe nous parut d'autant plus propre a scrvir a nos essais , qu'ou pouvoit la diviser en trois parties de qualite dilTerente. La pre- miere partie, moius mauvaise , avoit deux pieds de profondeur, presque par-tout d'un sable glai- seux, qui conservoit asscz de fraicheur ea cle. La seconde n'etoit qu'une craie pierreuse raclee d'argile , tellement sterile , que dans cinq an- nees, il ny avoit pas paru la moindre herbe. Une terre maigre , profonde , compacte et re- tenant I'eau , formoit la troisieme partie. Au commencement de cette annee lySS , tout le terrain flit dcPonce a vingt - deux pouces. Apres les gclees , on traca seulemeut dans la pre- miere partie , des lignes paralleles distanles d'une toise , dans lesquelles on chevilia des chenes d'uu an,de trois en trois pieds ;entreces chenes on sema du gland, du genet et du petit pin maritime. L'extreme secheresse du printemps fit manquer la plupart des chenes. Les glands s^etoient gates; la graine de pin avoit ete dessechee, parce qu'ou avoit fait ouvrir les cones au four; le genet seal leva bicii. Da ( 52 ) L^mnee suivanle , aussilot que les glands fn- rciil murs , ou en sema parlont , aiiisi cjue dcs grai- Kcs de genet , el de pelil Pin marilinie ; celles de Pin cullive furent placces duns la Irolsieme partie , connne (^lant la nioins mauvaisc. V'oicI eoniment on sen]c en niemc Icms ce.s diverses graines : une charrue ouvre un si Hon qui mar- que la raie ; deux femmes repaudent an fond les glands et les pignons , landis qn'un onvrier conible de suite le sillon aux trcis quarts; deux femmes, qui vienneut apres , y jeilent les graines de genet et de Pin maritime , quim second ou- vrier recouvre en achevant de combler le sillon. Les glands el les pignons se trouvent ainsi recou- verls de Irois a quatre pouces de terre , cf les grai- ns s de pin et de getiet , senlement dun pouce. Dans un jour , une charrue , deux ouvriers , qua- tre femmes ou enfans, suffisent pour enscmencer un hectare et demi de terrain. Dans lele de 1787, tout se montra bien : il y avoit peu de difierence enire les trois parties. On culliva a la pioche fentrc-deux des raies , avec railention de ne pas trop s^approcher du jeune plant. En 1788 et 1789 , on continua de culliver fenlre-denx des raies , en respectant les herbes qni croissoicnt autour des jeunes ar- bres , et (jui les protcgeoient contre les vents ct le froid. On plania dans les raies beaucoup de- pins que nous a\ions fait lever , au prinlemps precedent , dans une plate-bande de jardin si- tuee au nord ,• en observant de placer chaque petit pin a Tombre d'un genet , ou de qnekjuo lierbe touffue. Rien n est plus facile , et plus promptcment execute : un ouvrier dun coup do pioche sonleve la terre qu^il a ameublie ; uu enfant y glissc le petit pin , et I'ouvrier laisse .^ ^3 ) . lomber la tcrre , qu'il comj3rime legeremeul. Si la terre est bieii preparec et biea souple , il sufEt d'y chcviller les jeunes arbres ; apres- quoi on les arrose , afiii ({ae la terre se colle. bien confre les racines. Un oiivrier et un en- fant peuvent en planter six cent par jour. Dans lantomne de 1788, la premiere parJie so Irouvoii; parfaitement garnle de chenes et de pins , que les genets prolcgeoient : la seconds avoit beaucoup de genets fort chcfifs , peu de pins , et point de chenes ; tandis cfne dans la troisienio partie , on voyoit beaucoup de ge- nets et de pins cuUives ; mais peu de chenes. Les genets avoient fleuri des la troisieme annee. L'hiver de 178^ fut desasfreux; le therniomelre -se soutint plusieurs Jours a dix degres et demi au dessous de la glace. Quoique la moilie de nos pins eut peri , le terrain resfa encore assez garni , et il n'y fat plus donne de culture. Des 1794 , la premiere partie presentoit un bois epais , qu'il etoit difficile de traverser. Les chenes et les pins , prenoicul le dessus sur les genets , dont I'humidite avoit fait perir mi grand nombre. La seconde partie offroit un as- pect miserable : elle etoil cguverle de genets liauis de deux pieds , si languissaus, quails flea- rissoient a peine, lis suffisoient cependant pour couvrir un sol sterile, et pour proteger le peu _ de pins et de chenes qui y resioient. Quoique la troisieme partie soit sujette a ti'op d'humi- dilc en hiver , elle etoit garnie de grands ge- nets , a fonibre desquels s'elevoient ([uelques chenes et beaucoup de pins cullives et de pe- tils pins maritimes tres vigoureux , qui avoient depuis trois jusqua six pieds d'elevation. Eu octobi'e 1806^ la premiere partie eonti- nuoit a prosperer. Les chcnes qui avoient ^(e recepes, a\oicnt de belles ponsses ; les pins e- lagues jnsqu a la hauteur de qualrc pieds , a- voient environ deux pieds de cireonference. Les genets , fatigues par les autres arbrcs , y sonl nioins nombreux. 11 y a a cLaque exireniile de celte premiere partie un cedre du IJban ; ils sont fafii2,ues Tun et Tautre par le bois , et de- viennent Ic^us les jours plus languissans : Tun qui fut planle dans Vautoninc de 178.5 , haut d'un pied, avoit , en 1806, dix-neuf pouces de circonlerence , pres de ferre , et vingt pieds de hauteur: I'autre, transplantc en octobre 1788, quoiqu'il cut alors plus de trois pieds deliaut, n'avoit, en 1806, que dix-scpt pouces de cir- eonference et douze pieds de hauteur. Dans ]a seconde partie , on voit a peine quelques che- nes et quelques pins , aussi chetifs que les genets qui les environnent. Quant a la Iroisierae partie, Ic bousier , sur lesquels le cba- laignier prendroit difbcilement le dessus. I^e cbene blanc rcussira tres-bieu dans les ex- positions elevdes, qui seroient trop fi-oides pour les lieges. On pourra aussi y multiplier avec succcs le cbene vert, le frene , le sorbier, I'e- rable , le micocouUer , qui viennent indiffercm- ment sur un sol graniteux ou calcaire. (67) Rdlablissement des Bois dans Us contrees calcaires. Quoique les Cultlvatcnrs de nos contrees gra- veleuses et calcaires, aient de plus graudes dif- ficultes a vaincre, ils ne doivent pas se decou- rager a I'aspect trisfe , aride , ct nud de Icurs friclies ; ils seront ampleinent dedoiiiniages de leurs travaux , s'ils y apportoit cet gaz , se reduit aisement en ponssiere, fail eller- yi vescence aveo les aeides , et laisse degager 5> une grande quanlite de bulles d'air tjuand ou M verse de leau dessus. C'est cetle matiere , y> ajoute-t-il, qui fail parliculierement les fonc- 5) tions d'engrais dans les marnes; on ne la trouve » iii dans le sable , ni dans I'argile , et c'est de 3J sa proportion que depend la duree de sa fer- 3) filil^. » 11 est Evident que ce principe n'est autre chose que I'aeide carbonique. 8i Ion se rappelle a present, la description cfue nous avons donnee du volcan eteint de Po- linier , Ton y verra cpe le terreau proyenant dfs laves, augiiienfe de ferliliie a prmorlion que le fer y doinine davanfage. Or, Ics expe^ riences de Gadolin, ayant deja fait voir que le fer a la propriete, par sa presence dans les ler- res vpgelales, de decomposer I'acide carbonique de fair, pour fournir le carbone a la pjante , tout de meme que la planie a la facullc de le * decomposer avec le sccours de la Inmierc, et les animaux par I'acte de la respiration : il n'est pas extraordinaire que le fer, qui se trouve en plus graude quaulile dans les laves que dans les terres vegelales , fouruisse ce principe en plus grande abondance , et augmente , par ce moyen, la fertilite du sol volcanique. 11 resulfe de la que les engrais ordinaircs , le terreau, les marnes et les laves, ne rendeni les terres productives qu'a yaison du plus ou moins de carbone qu'ils fburnissent , et que ce prin- cipe est fengrais par excellence , celui (pii en doune le caraclere a tous les autres. Cctle theorie est conforme. a. I'experience , qui demon! re que les terrains cultivables sont d'autant plus fcrtilcs, que Ton pent pav\cnir a augnienfer.plus ou moins la dose du carbone , soit par les engrais , soil pajf les labours, soit par le melange dos terres. Si Ton considere ensuile que le fer , comme tous les mctaux , a besoin pour s'oxider, dab- sorber une grande qu an lite d'oxigene , ct que les oxides de fer pcuvent t>tre desoxigones h leur tour, dans certains cas et dans certaincs circonstanccs ; si Ton considere la facilite qu'a le fer de decomposer feau pour eu absorber foxi- gcne et degager le gaz hydrogene : on ne sera plug surpris de lelcunante fecondite des terrains vol' caniquesj et de Imulilile des engrais dans ees G2> ( lOO ) Eortes de terrains , puis([u'inclependaninicnf dc la graiide quauiile de carboiie que ]es laves fbuniissenf par leur decomposition , ct qui serf a reniplacer les engrais, les planfcs qui y vegeJeut peuveut encore s'appropricr Toxigene el I'hydrp- gene qui sen degagent, de sorte (|ue Ion Irouve sur le meme lieu , et au point ou le vegetal louche la ferre, avec les frois ctres simples dont on a parle , tous les agens c[ui servent a le com- poser ; et que c'est ici le grand theatre de leur metamorphose, le grand atelier, ou la Na- ture dispose de ces elemens , les prepare , les elabore et les combine de ses propres mains. l i iHf (lOI ) DI S SE RTAT I ON SuR la Religion des anciens Provencaux.> Va r M. TAbbe Castellan. JL ous les Pcuples ont cu un Culfe , fonde sur I'idce d"un ou de plusiears e(res infiriimenfc superieurs aux horames , et aibitres de leur des- tinee. Tel est , -dit Ciceron , le cri de la nature , fel ^st le iemoignagc du sens intime , qui se fait enJcndre paimi les nations Ics plus barbares , •nialgre le delirc de la raison et la corruption du co3ur. ( Cicero , ds legihus , n° z^ , da nat. Dear. , n^ 45 , ^^ ). Nous devons aux recherches dun grand nom- bre de Savans , des notions exactes sur la re- ligion dcs Chaldeens, des Syriens , des Egyp- tians , des Assj^riens , dcs Hellenes , dcs Re- mains, cl meme des anciens Celtes ou Gaulois ; niais ce qui nous inleresseroit le plus, ce seroit de connoitj-e a fond celle des anciens Proven- caux , sur-fout des Salyens, en reunissant en un scul coi'ps, les documcus qui nous en resteut. II est certain que nos peres ne le cederent en ricu pour leurs superstitions aux autres peuples, qui se livrerent au delire du polytheisme et a tous les exces qui en derivent. Le celebre Petrone , qui etoit ne parmi nous , iournant en ridicule le culte bizarjre de ses con- (l02 ) cltoyccs , et le noinbre pror]i,;leux de lenrs idules , (lit en plaisanlant , qu'il oioil plus facile tie Irouver chez eax un d;eu quuu hoinnie. Mais a quelle epocjuc devinrenf-ils polylheistes? Les premieres peuplades qui fonnerent des co- lonies dans nos co7)lrees, avoionS-ellrs conserve lidcc pure d'une divinile spirifaeiie et unique ; ou bien tiroieu! elles leur orii^ine d'line region deja corrompue, sur ce poiul principal et esseii- tiel du CuKe? Ne pouvant nous guidcr seuls , a detaut cle documens ceriaius, au milieu dcs lenebrcs epaisses de ces temps reculcs , reccwrons a des conjec- tures , en nous servant avec sncces des recher- ches de quelc^ues Savans. ^ ^ Prouver que les Auaialii el les Avaiici, c est- ^-dire , les babitaus de ccHe parlie du territoire dcs Salyens qui avoisine le Kbone , derivent dc Dodanim, petil-fils de Japhet, c'est parvemr mi but que nous voulons alleindre: car, on ne sau- roit se persuader que des bommes qui auroieut Vecu avec Noe , eussent deja perdu Hdee du iBonolheisme. Venons-en a la preuve. Les premieres colonies qui peuplerent les en- virons du Rbone , furent-elles en eflet formecs par Dodanim? Cest ce que nous laisse entrevoir.le texte samarilain des Paralipomenes, lib. i, Cc\p. 1 , vers. 7- Filii Japhet, dit-i! , Gonrar et Ma- gog et Maddi Javan , etc. lilii aiitem Javan Eliza et Tarsis et Rhndamm , au lieu de Do- danim, conuue porte Ibcbreu. LesSeptanle semblent avoir la de meme,met- tant Rliodii a la place de Dodanim. On ne pent appli([uer le nom de PJiodamm h Pdiodcs , puisque scion le femoi;2,nap;e de Pime, Histoire naturcile , lib. ii, cap. lxxxvii , et . . C 103 ) Pindare, Ollmpiade vii, cette tie ne parut nn- dessus des eaux qui la coiivroient , que vers le temps de Cecrops, roi d'Athenes , environ i558 ansavant I'ere chretienne , epoque da couimence- lueiit de sa population. II faut done aller chercher cette antique co- lonic dims les Gaules , vers les Bouches-du- Ilhone , dont le nojn Rhodanus approche de Khudanim. Le savant Naturaliste clle , en parle par tra- dition , conune ayant existe dans des siecles re- cnles. Narbonensis provincia iJbi Rhoda Rhodiorum fait ^ wide dictus Rliodanus Jluvliis. ( Plin. Hist, nat.^ lib. Jii, cap. IF). Samuel Bochard , I'un des hommes les plas profonds dans la connoissance de la premiere antiquile , vient a I'appui de ces preuves , en traitant la meme question. On trouve , dit - il , aux environs du Rhone , dans le pays des Mar- sei!!ais , un canton nomme Rhodanusia , ainsi qu'une viile du nieme nom; et dans les Gaules, les Rhedones et Riitheni \ et ia cite d'x Ro- diimiui Scgusioritm ^ aujourdliui lloanne. D'oliil conclut ([ue Rhodaiiini , autrement dit Dodanim^ vint se fixer vers les bouches du Rhone , et de la dans linterieur du pays. ( Bochard, Geo- graphia anfiqua , artic. P ha/eg. et Canaan. ). Si un savant fel que Bochard , avance avec un ton de certitude , et a Tappui de tons ces documens , ([ue Dodanim ou Rbodanim est le pere des prenn'crs Gaulois qui babiterent aux environs du Rhdne , nous pouvons conclure aussi , que les Anatalii et les Avatici , peuplades du pays des Salycns , et tres-probablenient les Sa- lyens eux-mcmcs, out ete monolheistes des leur origine , ainsi que les premiers dcscendaus de / Noc-; mais , conserverent-ils 1 idde pure fl'an Dicn unique , (ant qu'ils vecureiit inclependaus cles aufrcs iialions , ou qu'ils ne cojnnninicjuerent pas ;iveo dies par des reladons niilitaires ou coJ?imcrc'iale.s ? Cost ce que nous noserions avan- cer , fiyaut des prcuves du conlraire. Quelle [\\t done leur religion , quand ils eii- rent oublie les dognies de leurs aieiix ? Celle des anciens Orienlaux , stir- lout des As.s3n-iens, d'od lis tiroicnt ieur origine , des Cananeens et des Perses ou Elamiles ; ces!-a-dire , un hommage rendu aux astres, principalement au solcil,qui Ieur paroissoit vivifier la nalure; aux eleiuens , aux niefeores, et sur-loiit au tonnerre , les re- gavda!)t conime nilant de syniboles de la Divi- iiile. Ils y joignirent les lacs et les fonfaines. lis dcifierent enfiu, les ni^^ines de leurs ancetres et de ceux qui s'etoient disiingn(5s par quelque aclion declat. Tel est en effirt, Ic propre de Tesprll luuuain , '(evenu liniide par foiblesse, egare par igno- rance, ou corroTupu par ses passions, il passe de la crainle , du respect ou de I'aiuour , a la veneration et au culle. Cepcndant, malgre leur delire , ils Parent long- foiTips sans temples et sans idoles, quoique avec i'nsage des holocaustcs , dont Torigine remonle aa preujier age du monde. lis auroient era, remarque un celebre Aur feur , en pariant en general des Gaulois et des Gerniains, faire outran;© a la Divinite, en la rcn- ermanf dans une enceinte , ou en Ini donnaut line forme humaine. ( Cornel, , Tacit. , Gcruiania^ n." IX. Nous pouvons done avaneer que la lleligion de lios percs ctoit nee au milieu mcme de la Tiiilion , et qu'ils professoicnt une espece de na- tiiralisme , c'esl-a-dire , un culle ou hommage rendu a la Nature, D'ou il fatidra conclure en- core , que quoiqu'ils ne fussent pas idolatres de la ruL-me manlcrc que les Grecs , par la raison qu'ils n'adoroicnt pas Touvrage de leurs mains, ou ne doit pas cependaut les classcr parmi les MouoiheislGs. Les principales Divlniles emblematiqucs des Gaulols en general , etoient Taraniis , Teutales et Esus. Le premier , passoit pour le grand esprit , le maitre du tonnerrc , le moderateur de toules choscs , ce qui revient au Jehova ou a I'etre souverain par essence, dont les Hellenes formerent Icur Jovis ou Jupiler. C'ctoit 1\ cvidemment un resle dc la religion primitive , c'est-a-dire , de la connoissance du vrai principe , du Dieu tmique qui avoit et^ ador6 par Rodanira, Japhet, Noe , et tous les Patriarcbcs. liaclance, si vers^ dans I'ancienne mytliologle, Icur allribue les deux aulres comme leur elant propres. ( Lactanl. de falsa relig.j cap. 20 , de diis harbaror. propn'fs ). Teutates , emanation du grand etre , presidoit aTeloquence, aux beaux arts, au commerce; et Esus dislribuoit le gdnie pour Part de la guerre, iospiroit le courage et disposoit du sort des combats. I,cs autres ctrcs incorporels qu'ils bonorerent depuis, paroissent avoir die empruntes des Grecs ou des Romains, depuis leurs relations directes ou indircctes avec ccs deux nations celebres. II uy a en cilct ({ua examiner tous leurs atlributs, pour voir qu'ils sent les memes, a la difference des noms qu'ils s'approprierent, scion leur idiome- (io6) On ne peat meconnoitre Apollon ou Ic Solell dans Belcnos , dont Ics lettres hcllenlques prises separement , forment le nombre de 360 , qui est celui des jours de I'annee solaire. G^etoit la di- vinity favorite dcs lleii , pcuplade cics Albici , aujourd'hui Riez , qui crut s'honorer de rcpithete d'ApoUinaris , par respect pour Belunos ou ApoU.on. 11 u'y a pas aussi a se meprcndre snr le Plu- lon des Gaulois. Le nom et les aitributs sent les nicmes que ceux avec Icsquels on designoit ce- lui des Grccs. II en est aiiisl des aulres. Ce culte embleniatique avoit pour niinistres une secle de philosophes appeles Druidcs. ( Poin- ponias Mela, lib. 5, cap. 2. ). On pent les com- parer aux mages des Parses , ou aux Bracraanes des Indiens. Seuls interpretes de la religion , com- nie ils I'etoient aussi des lois, ils n'en communi- quoient le secret qua leurs disciples, etbiensou- vent qu'apres vingt' ans d epreuves. lis en etoient si jaloux, que, de peurqu'il ne fut decouvert , ils ne le Iransnicitoient jamais par ecrit, mais seulemeut par tradition orale. Telle est la cause du pcu de connoissance que nous avons de leurs dogmes. Nous savons ce- pendant qu'ils adinetloient la Melempsycose et rinnnorlalile de Tame. ( Caesar. Comment, de hello gallic. , lib. 6 ). Ils celebroieut leurs principales fetes dans d'epaisses forets ; et , de preference , sous de vieux et enornies clienes. Ce produit spontane de Ja nature enlroit dans tons leurs niysferes. I-es an- nees incalcniables de ces arbres , leur grandeur ct leur force paroissoicnt a ces hommes gros- siers, un embleme du grand etre, de Tetre etcr- nel quails croyoient honorcr. ( I07 ) I.e respect pourlc chene, semble efre ne aveo 1^'dolatrie. C'etoit pour les Grecs , la marque synibolique de leur Jehova , Jovis ou Jupiter , le pere des Dieux de la Fable. Nous sommes redevables au pocte Lucain , de la description dune de ces forels \ene:ees, que les Druides avoient aupres de Marseille , et du stupide respect qu'iisportoieiit aux chenes anliques , dont ils n'osoieut approcher qu'en Iremblant. ( Lucan,, Pharsal.^ lib. 3). Leur graude solennit^ avoit lieu au commen- cenient de Tannee , et c'eloit au pied d'un de ces arbres sacrcs , sur leauel naissoit un visciim OU gui , decrit par Virgile , sous le nom de Ptanieau d'Or. ( /Eneid. , lib. 6 ). Le Sacrificateur , dit Pline,y montoit en ha- bit blanc, aveo uu air de myslere ; et, apres Tavoir coupe avec une serpefte du plus precieux; de tous les raetaux, on iuimoloit deux taureaux, aux acclamations des Druides. (Plin. , Hist, nat.^ lib. 26", in fine ). Le sacrifice etoit suivi de prieres j et on croyoit par celte ceremonie , se rendre la divinite fa- vorable. Mais , les emblemes remplacerent enfin I'objet qu'ils designoient grossierement. Telle estlamar- clie de I'esprit huniain et la suite de Tignorance. Le culte du chen© fut suivi par celui des vieux froncs , auxquels on donna une forme humaine , plus ou moius approchante . mais hideuse et gros- siere. Le poete Lucain , depeint ainsi les idoles qui se trouvoient dans la foret sacree de Marseille. (Lucan. 5 Pilars., lib. 5). Simulacra mcpsta deoriim arte carent Cccsisque extant informia truncis. CV'toit la. tout ce qa on pouvolt atlendre d'lm pcuple a demi-barbare, (jui n'avoit aucaue con- noissance de la scalpUire et de Tart staluaire. Les Syriens ct Ics Grccs , commcncereut de meme ; car, les premiers siinulacrcs de leurs dicux ne furent , dans Ic priucipe , que de gros inorccaux d'arbres ct de pierres presque brutes, dont le bout eloit dispos^ en forme de letes. On s'en formera une idee en voyaiU leurs anclens iermes ou hernies. Le Dicii Elagabale , si ve- nere ohez les Phenieiens, et par rEmpereur, surnomme pour ceia , Heliogabale , n'etoit quuuc pierre noire, ronde par le bus, et pointue par le b.aut. Tel fut a pen pres Telat de la religion des an- ciens Provencaux , avant leurs relations avec les Gjecs. Maisemprunlerent-ils d'eux Tusage execrable des sacrifices bumains , qn'uu si grand nombre d auieurs leur out reproche , et dont ils n'ont parle quWec borreur ? Oa bien, s'y adonnerent- ils, par one suite naJurelie de la corruption da co'ur , qui accompagne I'ignorance , en fait de religion ? C'est ce que nous n'oserions de- cider. Get horrible delire avoit eu lieu chez les Ca- Bancens , les Pbeniciens , les Syriens , ainsi que chez lous les peuples de I'Asie , et passa d'eux anx ilellones. Les Israeliles menie , n'en furent pas exempts , comnie Ic texte sacrc le leur re- proche avec vehemence. Quoicpiil en soit, le mal n'existoit pas moins parmi nos aucetres, biou que nous uo eouuois- sions pas la source empoisonuec d'oii il deri- voit. Clesar, Pomponius Mela,' Strabou , Lucaia et Cicerou , en parlcnt comnie d'un fait certain; et ces deux cicrnicrs ccrivtiins designont prt'ci- sement les Provencanx , en Iraiiant dc ccKe iii- faiitie. Tel est le temoignage du premier , ixa sujet de ia Foret sacree de Marseille. (Lucan. , Fharsal. , lib. 5 ). Sacra Dewn structce sacris firalibus arce OiJinis et hiimams lustrata cruoribus arbos. Celui da second , contre les habitans de la Gaule narbonnoise , donl la Provence etoit une parlie considerable , n esl pas moins expre.ssif. 3) Deos placandus esse arbitranturhnmanis hos- >^ tiis Usque in hanc diem reiinere i/lam w immanem ac barbaram comuctudincm honii- j> niirn iimnolandorum. » ( (Cicero , Oral, pro fonte'io ). Ce qu'on voit represente sur le piedcslal d'uue staJue de fenime , en tbrnie de biisic , troiivee dans le port de Marseille , ct conservee a Aix cbez Madame de Villefrancbe, confirme ce que TAufeur du poeme de la Pharsale , ct rOraleur roniain avancent. Le malheureux, desline a apaiser la colero de leurs dieux imaginaires , efoit choisi parmi les innocens , a defaut de coupables. On ne I'e- gorgeoit pas ioujours , a. I'insfar da plus vil betail. Renferme pour I'ordinaire dans une grande idole d'ozier ou dautres brancbes flexiblcs, le sacrificaleur y melloit le feu, et tout se consu- inoit avec la victime. ( Caesar , de bello Q:allico , lib. sy Ou bien,ils preferoient dele reduire en cen- dres dans un monceau de foin , avec grand nombre d'auimaux. C'est aiiisi que le fanatisnie prefoit la main a la plus insigne barbaric (i). Nous n'entrcrons pas dans dc plus longs de- fails sur celte maliere , qui revolte toute ame honnete et sen- iblc. On salt par rHistoire , a quels exces en ce genre, se porfa la republiqne de Marseille , malgre la sagesse de son Gouvcr- nemenl , que Ciceron , tout ennemi qu'il eloit de ces sacrifices , comble cependant d'eloges. ( Cicero , pro flacro ). L'etablissement d?s Plioceens sur nos coles , rendit pen a peu le Polytliclsmc general panni les Salyens el le resle des peuplcs voisins. Mi- iierve , Diane , Mars , Neptune , Ceres , Cybele , Bacclius, V^nus, Junon , Mercure , etc. , furent associes a lenibleme lernaire du grand eire , connu sous les noms myslcrieux de Therainis , Teutates , et Esus. Le culte des Druidcs resla ainsi uni a celui des orienlaux. Le t(5moignage de plusieurs ecrivalns , quel- ques siinulacres , et un grand nombre d'inscrip- tions trouv^es non seulenient dans nos princi- pales cites , mais encore dans les campagnes , en sont une preuve sans replique. On peat lire une parlie de ces dernieres dans Spon ou dans rimmense recneil de Gruier. lis s'approprierent egalement Hercule , a qui le poele Eschyle, et Pline le naturaliste (//7j. 5), font remporter la fameusc victoire sur les Geans, (l) On trouva a Aix , en 1790, dans une fouille, pit's du cimeiiere de rHupilal Sanit-Jacques , beaucoup dosse- mens bi-AI^s, avec quantile de delenses de sanglier , une tele humaine, et deux avant-bras garroles ensemble par une menole en fer. Tout ceci senible designer le saciitice bat- Liare dont (lous pailoqs. . C "I ) dans la Crau , slliiee enlre les Avallcl et Irs Anatalii , par consequent au territoiie des Sa- lyens. On ne ponvoit done s'y dispenser dadorer le fils clieri de Jupiler , qui par lendresse pour lui , et selon la nieme fiction , fit pleuvoir sur ses ennemis une grele de pierres. Telle est, d'apres le premier de ces auteurs, I'origine do celte quantite prodigieuse de cail- ioux qu^on y voit encore. La ville de Cacabaria , chez les Camafnlici, aujourd'hui Saint-Tropez , qui prit le preuom d'Heraclea , el le culte exclusif a tout autie , qu'on rendoit a ce Heros ou deini - Dica , au port de Monaco, appele , pour cette raison , Hcrculei Monceci portiis , du mot gi'cc, Monos, seiil , prouvent quel respect nos peres lui por- toient autrefois. Nous sorlirions des homes de nofre sujet,eii trailant de la religion des anciens Marseillais. lis tiroienl leur origine d'une colonic grecque,leur culie fut done le meme que celui des autres Hellenes. Nos aieux ayant appris deux la sculpture et Tart statuaire , les simulacres de forme humaine, plus ou moins bien executes, selon le genie de I'ouvrier, remplacerent les troncs d'arbres et les pierres brutes , premier objct de leur culte , et leur balirent des temples. On croit communement, que I'anlique edifice appele la Bastide - forte , siluee entre Aix et Eguilles , fut un des premiers edifices que les Druides slevorent en riionueur de leurs Dieux. I, a forme en etoit encore bien conservee dii temps d'honore Bouche , fun de nos Historio- graphcs, a qui nous en deyons une description circonstanclee et exacte. ( Houore Bouclie, 77/67. de Provence^ iom. z , //>. z , chap. 2 ). (i). Mais quflles eloient lours idoles propres et to- piqncs, outre celles dont nous avous deja pai-le, ct qu"ils se formercnt par la suite de la corrup- tion generale rcpandue dans font lUnivcrs V Elles y eloient nmlfipliees a Tinfini ef d'une maniere ridicule , d'aprcs le lemoiguagc du ce- lebre Pcfrone , notrc concitoyen, que nous avons deja cite. Nous n'en connoissons cepeudant qu'un petit noinbre. l.curs noms sont les suivans : Pelinus, leusdrinus, Oliovdius, IboVie, Lcro , Dexivia , Circius , et Dullovius. Pelinus etoit adore dans les Alpes. On sait qu'une partie de Tancienne Provence s'eteudoit 6ur ces montagnes , qu'on appela depuis, Al- pes majifimes, sous la mcfropole d'Enibrun. Nous u'avons ancun monument qui nous fassc connoitre les allributs de Pelinus , ainsi que la forme qu'on lui donnoit pour le representer. leusdrinus recevoit un culfe parliculier clioz les Berelini , pres de Glandeves. On I'identiHa dans la suite des temps avec Mars, comme on en juge par le marbre trouve aux environs des ruines de ceffe Ville , a peu de distance de la Penne. 11 fut dedie par les_ Berelini , en corps de nation : DEO MARTI. lEVSD IIINO.PAC.BERETI NI.DE.SUO.SIBI. POSUERUNT. (i) Ce c[uaruer porle tlsOS les vieux documens le nom de Drudas, Celoit C 11.3 ) C etoit probablement la meme qii'Esns , Tun anibesc, et qu^on voit encore au- jourdhui encbassees sur la murailie d'un jardin de celie Ville , mdrilent d'etre citees ici. Liboite dout elles parlent, designe evidem- ment une divinite topique et salj^enne. Sou noni absolimient barbare et iuconnu ail- leurs , nous porle a croii'e qu'il faut en fairc remonter lorigine jusques dans la nuii des temps les plus lecules du pagacisme. Elles sont dans H ("4) le jardm tie M. de Saiut - Bonnet. EX.POMPEIUS rROCVLI.L.TEOPIL IBOITE.V.S.L.M. IBOITE.V.S.L. M.AIVIOENA. rOMPEIA.L. D'.* RAIUS D.L.BASSVS .-.• DITE.V.S. £lle aura elc incorporce , corame fant d'au ires , dans la serie incalculable dcs idoles gau- loises , grecques et romaines. M. Millin a adopt(5 BOtre syslemc, dans son Voyage litl(§raire du midi de la France. Lero efoit adore dans la petlle lie , alnsi appclee par les anciens Geographes et les iti- jieraires maritimes, qui la placent sur nos cofes, entre Horrea et Oxybiuni. C'est aujourd'hui Sainte-Marguerite , presque conligiie a Tile de Lerins. Labbe croit qu'il y avoit nn temple bati a riionneur de cefle idole , en grandc veneration aupres des peuples des environs. Nous n'avons rien de parliculier sur I'objct de son culte. Le meme Auteur pense que Lero etoit , dans le principe, quelque beros particulier a la contree. ( Labbe , Pharus Ga/ficE antiqiice ). Dexivia, Divinile lutelaire des Caudelenses , anciens habitans du bourg de Cadenet , paroit, d'apres le temoignage du docle du Gauge , etre la nieme que la Deesse Forlune. On a decou- vert siir le lieu plusieurs inscriptions votives qui ea parlent , una eulr'autres Iracee sur une pla- que d'or. On volt a Tourves la suivante, au- dessous du pare , ou elle fut transportee de Ca- deuet par le Cojule de Valbelle. DEXIVAE-ET.CAVDEL LENSIBUS.C.HELVIVS rmiVIVS.SEDILIA.V.S.L M. Houore Eouche eii cite une autre ( Hlstoire de Provence 5 torn, i , pag. 220 ) , ainsi concue: DEXIVAE.V.S.L.M.COM.SVC. Grand nombre de bijoux en or et en argent, un collier garni de grenats , y fureut aussi de- couverts. C^etoient sans doute aulant de dons fails a I'idole. La plaque en or detcrree en i8ic3, porle deux insci'iptions. I,a premiere , d.d.qvart. sircv.REM.; laseconde,u.D.o.DEXiviE.QVARTv,s. sEC.v.s.L.M.REM. Oil pourroit iVxpliquer ainsi : Quartus Secundus, Soldat licenfie, I'a dediee a i'excellentc J3eesse Dexiva , a la suite dun voeu. Circius etoit si revere par Ics Proveucaux idolatres , quils lui batireut un teniple au milieu de la Crau , ou Cawpi lapideij dans la conlree des Salyens. C'est le mistral ou vent du nord- ouest, dieu terrible, qu'ils se figuroienL elre tou- jours en colere , el dispose k tout renyerser par son soufle. Nos stupldes ancetres croyoient pouvoir Ta- paiser en lui deccrnant uu culte accompague de sacrifices. II 2 ( ii6) Lliommagc rendu aux vents et aux lenipeles^,. rcmonle jusqu'aux sieclcs Ics plus rccules. Sa- lomon le reproche aux Payens do son (cmps. iSovLS savons par plusieurs inscriptions , que les Romains Icur avoicnt dresse des autels. C'est aussi ce qui faisoit dire au savant Laciancc : 7na/a sua pro diis habent. I,e Musee Capitolin, a Rome , renferme deux autels; Vun dedie au Dieu Calrae , et Tautre a hi Deesse Tempcte. Une inscription trouvee a Rome , prcs de la porte Capenne , dans la salle s6pulcrale de la fa- mi tie des Scipion, dit que I-ucius Scipion , con- sacra un temple en I'honneur des tempetes. On peut la lire dans Sirmond , Opera varia , torn. 4, in -folio , pag: ^25. Nous connoissons Dollovius, autre idole topi- que et particuliere aux Voconces ^ par un marbre trouv6 dans les ruines de Tancienne Vaison, leur capilale. On le reprecicntoit couronne de pal- Tnes ; mais nous iguorous ses attribuls. Ce marbre porte ce qui suit : DvTXovr W. LICINIVS 1 GOAS V.S.L.M. T^ous n'JnsIslerons pas davantage sur la re- ligion des Proven^aux, avant I'etablissenicnt du Christianisme dans nos contrees. La republique romaine ayant ctendu ses conquetes sur tout le pays , y elablit peu a peu la sienne , ainsi que ses moeurs , ses lois et ses usages. Tibere commenca a saper celle des Druides par les fondemcns. II defcndit les sacrifices hu- mains , intercUt leurs Iclcs, rasa les arbres -an- C"7) llqiies repnfes sacr^s, fit ferraer lenrs temple* avec leurs ecoles, et livra k la raort tous ceux; qui contrevenoient a ses ordres. ( Pliu. , HisL ffat. , lib. 50 , cap. z ). J.'Empereur Claude y rait la dcrniere main, et ce qui restoit encore de ces barbares et or- gueilleux imposteurs dans les Gauies , p^rit pea a peu , ou fut absolument disperse ( Sueton. 3 in vita Claudii ). Ces deux Princes dont la monstrueuse incon- duite a raerile a juste titre , le blame de tous les auteurs conlemporains , preparoient aiusi , sans s'en douter , et par un effet de la provi- dence, la propagation de TEvangile. II est facile •en effet , de se former une idee des obstacles sans nombre , qu'une secte aussi puissante que celle des Druides auroit pu y apporter. (iiS) NOTICE HISTORIQUE S u R r^bbe dc Ramatudle. Par M. Hippolyte Boyer de Fonscolombe. E s Societes liK^rau'es se sont toujours ftiit un devoir honorable , do payer uu tribut d^'e- loges et de recounoissaiice a la menioire des personues recommandablespar leurs talens ctleur amour pour les Sciences. Je vais vous entrelenir d\in homuie qui les a culti%'ees avec passion, comme ayec succes, el qui auroit ete Tun des orneniens de cette Socicle , si les malheurs des temps ne nous Teussent enlevd dans la maturite de lage. On me permellra de jeter quelques fleurs sur la tombe d'un excellenr ami , ef dac- quitfer rhommage , que la reconnoissance et uu attachemenl sans bornes exigent de moi. Thomas-Albin-Joseph d'Audibert dc Rama- iuelle, naquit a Aix, le i6 mai lyao , d'une famille distingueo. Destin^ des sa ieunesse a I'efaf ecclesiaslique, apres ses premieres etudes, il enfra dans le Seminaire de Saint - Sulpice a Paris. Sa tbeologie achevee , il se consacra au Ministere des Aulels et aux exercices dc cbaril^, et voulut s'aggreger a la Congregation de Prelres qui desservoit la paroisse de Saint-Sulpice. Tout entier a ses devoirs , plein de zele pour SOS fouctious J il ne connut d'uulre delasseraent C 119 ) a la tetc du branle , raontrant a la main ct D) d'un air triomphant sou ruban, comme quand » elle a conuncncc. » Telle est la nieme dause ou le meme branle que les jcunes gens dansent encore bicn sou- vent parmi nous, lei , c'est ordinairemcnt un jeune homme qui conduit le branle , soil que les jeunes lilies ne veuillent pas (oujours se me- ler avec les gar^ons dans celte danse , quelquc- fois Irop bruyanlc et fatiguanfe , quoiqu'on y voie assez souvent les jeunes personnes des deux sexes confondups ensemble ; soit que les jeunes filles trouvent le role de conducteur au-dessus de leur force. Tons se tiennent par un ruban , niais plus communement par un mouclioir; le conducteur en tient un autre de la main droite qu'il agite en tous sens , en lui faisant suivre les diH'erens mouvemens qu'il donne a la cbaiue: plus la file est longue , plus il y a de plaisir a la voir suivre tous les tours et detours aux- quels les soumet celui qui la dirige. Tanfot le conducteur court droit devant lui , tantol se lournant tout a coup et successivcment a droile et a gauche , il fait faire a la cbaine un vrai zigzag, c'est-a-dire , des tours et des detours, qui representcnt et imitent parfaitejucnt les di- vers contours d'un labyrinlbe. Ensuife, et ceci est le plus fjrappaut j tous les dauseurs elevant leurs C 129 ) leurs bras sans ronipre la cbaine , Ic conduc- teur , qu'on pcut appeler TJiesee , passe cl re- passe en silence , et comine avec une sorte de crainte , sous le bras de chacun, dc droite a gauche , suivi de la personne qu'Il lient par le mouchoir, ct ainsi dcs aulres ; et va gortir lout joyeux el eu saulant, dcnfre les bras des deux dernieres de la file , en agilant sou inouchoir libre , cornuie le fil cfai lui a servi de conduc- teur a tra%ers ce dedale. Mais sans entrer dans lous les aulres details dc celtc dause, jc finirai par la dernierc liiiine qui imile parlaiicment le peloton dont Tliesee se servit pour sorlir du labyrinlhc. Voiei com- nient on Tcxecute , ct ce que chacun de nous a vu plus d^me fojs. La ])ersonne qui forme ce qu'on pent appeler le dernier auneau dc la chaine, s'arrele et ne rcniuc plus. I,e chef de la file tourne aulour, avec le restant ^eh\Jarandoule ^ et cliacun suc- cessivement s'arrote , a mesure ([u'il parvienfc ace noyau. Bienlot, de ceile maniere, la chaine ne forme plus qu'uu gros peloton qui tourne quel(|ue lenips eu rond , et connnc sur Ini- menie ,• apres cela,le conductear tirant vers lui en courant le premier qu'il tient par la main, celui-ci son voisin , et ainsi des aulres , c'cst alors verilablcment qu'il nous semble voir TJiC- sce devidant le peloton cfue lui a donne la belle ylriane , a me.sure qu'il senfonce daus les de- tours du lab^^riiilhe , ou qu'il parvient a en sorlir; et cette evolution est toujours accom- pagnee de cris et de grandes demonstrations de joie de la part des danseurs. Or, Messieurs, qui ne vcit que colic danse est exactemciU la mcme que les deux doni nous I C 130 ) vcnons de parler, et que c'est une paiTaile imi- ialion du faincux labyrlnthe de Crele , et de I'heurcuse delivrauce de Thdsce , vaiuqueur du Miiiotaure.... ? Cc rapprochement nie semble propre a excl- f cr en nous unc sorle d'orgueil , en nous rappelant, panni les divers rapporls qui out existe entre les Proven^aux et le Peuple Ic plus celebre de la terre, que non-seulcjuent la langue des Troubadours s'cloit enricliie de la langue sonore et brillante de Sophocle et d' ylnacreon ^ mais que leur danse la plus celebre s'est perpetuee dans uos villages, et que la plupart de nos jeux , tels que la course, la lullc, le saut, le palet , etc. , sont encore les nicnics jeux qui faisoient accourir jadis toule la Grece a Olynipie. ( 131 ) NOTICE SuR Vlluile de Rouvet. Pa R M. G I B E L I N , Doct. Med. , Sccrelaire perpetuel de la Sociele academicjiie d'Aix. J.L exisfe aux environs d'Aix , et dans plus'*eurs autres parties du Departement des J3out'lies-du- Khone et ailleurs, un petit arbrisseau , connu des Botanistcs sous le noni d'Osyn's alba. C'est le Casia poetica des anciens auteurs , ct le Rouvet hlanc des modernes. Ce vegetal, niale ct femcl'e sur des picds se- pares, appartient a la classe Dioccie , ordr»^ Trian- drie, du sysleme sexuel de Linne. Je n'enlrerai pas dans un detail plus circonsfancie sur ses ca- racteres botaniques , qu'on ti'ouvera dans les ii- Vrcs de Phytograpbie. il fleavit dans le courant de lete. Sa fleur est peu appareute, sans peiales , dun verd jau- iiatre , et repand une odeur suave; celle sur- tout qui vient sur les pieds males. Elle laisse, en automne , sur les pieds fenielles j un pelifc fruit, rouge dans sa malurife, ayant a peu pres la grosseur et la forme du fruit de I'aubepine ; avec cetfe difference, qu'il est tout uni a I'ex- terieur, et qu'au lieu des pelits osselets ou pe- pins que renferme ce fruit, celui du Rouvet contient un seul noyau spberique , qui lo rem- plit presque tout cntier : ny ayant autour qu'uue la C 132 ) couclie mince de pulpe rouge , cfuon enleve aisdment avec la peau qui la coutieiit. Ce noyau renferme , sous une enveloppe ligncuse, Tnais assez mince pour se laisser casser sans beau- coup d ellbrt , une pellle aniande blanche , qui a la consistance ef a peu pros le gout de Ta- maiide douce ordinaire. Cette ressemblance avec cc fruit buileux , m'ayant fait penser qu'il poxirroit elrc utile d'es- sayerd'en extraire riiuile emulsive ,qne conlien- nent en plus ou moins grande quantile presque loutes les semences vegetales , el qui me parois- soit devoir etre abondante dans celle du petii arbuste dout il s'agit , j'en al fait ramasser a Te- poquc de sa maturit^ la valeur de deux litres. Notre CoUegue , M. Jansaud , Pbarmacien , ayanl bien voulu me prefer son minislere , nous avons d'abord fait enlever par un loger frotle- ment enlre les mains , dans une bassine pleine d'eau , )a pulpe aqueuse dont le noyau est en- veloppe. Celle prcniiere operation, qui nest ni longue ni embarrassanle , etant acbevee , il nous est resle environ qoatre beclogrammes ( une livre pelit poids ) de noyaux spberiqucs, de la grosseur des graiues de coriandre. On les a piles dans un morfier , et la pate 6lant soumise ensuile a racfion d'une presse , il en est sorii environ quatorze decagrammes. ( six onces ) d'une buile de couleur jaunalre , douce au gout , et ayanl en apparence les qua- lit6s el les proprielcs de I'buile d'amandes dou- ces, mais plus limpide el do saveur ntoins fade. La pelile quanlile de graine sur laquelle nous avons opere , ne m*a pas permis de soumcllre cetle huile a loutes les epreuves qni pourroient en constater Tutilile. Je me suis cependnut as- C '33 ) sure qu'elle brule a linslar des hulles de grains du commerce , et qu elle est susceptible , comrae cellcs-ci , d'eire perfecJionnee par I'epuration , qui enleve toutes les portions de parenchyrae et toute Taquosite superfine , dont elle est ne- cessairement impregnee, li'utiMle dc ceUe graine une fois reconnne , il resfe a examiner jnsqu'a quel point il seroit pos- sible d en augmeiiter la r^colte. C'est encore a TeKodrience , que nous devons avoir recours pour nous en instruire : les livres de botanique el d'dconomie rurale ne nous donnant aucune espece de documens sur celte matiere. Ce qui doit nous conduire ft nous encou- rager dans cetle recherche , cVst que le vegetal dont il s'agit, croit naturellement et en ubon- dance dans les cndroils sees , st6riles et sablon- neux ; et quil est vivace . et n'a par consequent pas. besoiu d efre renouvele de semence, comme les planles a graines huileuses des pays du nord. Lu culture de ce pelit arbusfe seroit done un moyen d'uliliser de nouveau ct en Ires-peu de temps , un grand nombre de coleaux et de friches , que Tanc^antisscment des bois serable avoir condamnes a une eternelle st^riHl6. Si je n'avois eu vue que la gloriole d'avoir fait une decouverle en economie rurale , j'allen- drois pour la publier le resulfat des essais que je me propose de faire , sur la culture et la mul- liplicaiion du Rouvet blanc ; mais Tulilile publi- que etant toujours le principal objet de mes tra- vaux , je crois devoir mellre sur la voie les eco- nojuistes, qui , avec plus de moyens et dc loisir que moi , pourront, d'aprcs ce premier appercu, faire en grand des epreuves vrairaent d^cisives sur cet arbusle inleressant. ( 134 ) g l*™*—^'*^'^' ' ' " ' ■■-! .1.. ■■!■ ■■!! « Observatwns sur les Chevres, par le mcme. JL OUTES les mcsures que peut prendre un Gonvernement reparafeur , pour retablir et re- iiouvcllcr les bois ef forcls dans le niidl de la France , scront toujours renducs inufilcs par le flcaii de toutes les planlalions non closes : la Clidvre. Cct animal deslructeur decourage les propriefaires qui seroienl les plus portes a faire dcs plantations dans leurs domaines. 11 broule les rejetons de tous les arbres el arbusfes , sans exception. 11 en arrele incessamment les pro2;res, ct apres avoir fait languir et rabougrir le jcune sujct pendant quelques annees , il finit par le faire perir. Le chevrier est une espece de braconuier , qui , le jour , affecle de ne mener scs chevres que daus les nionlagncs commuutiles , dans lesquelles le dcgat (lue fait son troupeau n'cst point sen- sible , f[uoique tres-reel. I.a nuit, il se dedora- inage de 'celfe contrainfe , il cotoie et traverse lesproprielcscultivees, et niallieur aux bourgeons Tiaissnns qui re sont pas a plus de deux metres de hauteur! Rien n'est epargnc. Ce flcau a fait rcnoncer peu a peu aux cl6- lures de haiqs vivcs , qui seroient si avanta- gcuses dans un pajs trcs-expose aux vents. II a fait rcnoncer aux nouvelles plantations d^o- livicrs sur les colcaux , et au renouvellement des bois de clione et aulres par semis. On ne planle pins gucrcs qu'aux environs dcs rnefai- ries et inaisons de campague , dont on se flatte , c ^35 ) . , souvcnt mal-a- propos , que les clievners nosC' ront pas approcher. Le cultivatenr gemit et sc depite , a I'aspect d'une devastation sans cesse reuaissante , conlrc laquellc il nc voit aucun rcraede. Dans Tancien regime, les lois reprimoient jus- qna un certain point celte rapine destructive... Ces lois ont et^ renouvelees; mais les chevriers, accoutumcs a line licence illlmitee , ne les oh- servent plus. A la faveur de la nuit, ils vio- lent les proprietes les plus precieuses , et de- Iruisent sans menagement I'esperance du plan- teur, et tons les avanlages que proraettoient les nouvelles plantations. II n'y auroit qu'un moyen de renonveler les bois dans les contrees moridionales : ce seroit d'y prohiber sans aucune reslrictifm le nourris- sage des chevres , et d'autoriser les cultivateurs a Ics tuer par -tout on ils en rcncontreroient dans leurs proprietes. Ce moyen est violent sans doute ; mais c'cst le seal qui puisse extirper un mal , incurable par toute autre m6tliode. Disons la verity, I^es Medecins , en attribuant au lait de chevre beaucoup plus de vertus , quil n'en a reellement en coraparaison des au- tres laits , sont cause , en grande partie , des maux que produit le fleau dont il .s'agit. A a lieu d'ordonner avec les modifications neces- saires , I'usage du lait de brebis , dans les ma- ladies de poitrine et aulres,ils out, bien inno- cemment sans doute , laisse croire au Public, et sur-tout aux Administrations des hospices, qua le lait de clievre seul pouvoit reraplir les di- verses indications qui se preseutent, pour guerir ou pour prdvenir ces maladies. De la, le pri- vilege de tenir des chevres pour le besoin des nialadcs , c( par coi..v(Mjiicijf (ous Ips alms , dont les privileges soiit la cause ou le prolexte. D^ail- leurs , labondaiice do lall (pie fonrnit ini seul de ces aiiiniaux , el la facililo do les avoir sous la main, pour les traire an luomenl du besoin, out sans doute aussi coiifribue a elabiir la pre- ference que le Public accorde au lait de chevre. Lanalyse cliiiuif(ue el robservalion s'accor- deiii cependant a prouver, que le lait de brebis Jjcul supplecr d'une nianierc* avauJ-Mi^euse au lait de clievre , pourvu qu'il soir sufllsaiumenl de- pouillc de son beurre suraboudaiif: ce qu'il est facile d'oblenir, soit par ragitation dans les vais- seaiix c[ni servent a le transporter, et au sortir dcsqucls il n'a plus le defliut d'etre trop gras ; soit en le soumellant a uii degre de cbaleur, qui le fase ecunier , ct donne le nioyen de lui enlever la creine superfine. Le lait de vache, dans les pays a paturages, n'cst-il pas le seul c[u'on einplo!e pour les ma- ladies , dans lesquellesnous nous servons da lait de clievrc ? On a seulemcnl le soin de Tecre- Jner suflisamment. Pourcjuoi n'injilerions - nons pas ce} exemplc? Je puis certifier, dapres mon experience , que le lait de brebis , coupe en diflc>rcnles proportions avec lean pure , ou avec im nnlrc llfii. ide apj^roprie , sulvant les indi- calions luedicinales qu"on se propose de reni- plir, produit d'aussi bons eilcts que le lueilleur lait de clievre. Au surplus, nous aurons fou- jours, pour le traitenient des maladies plus gra- ves , le lait d'anesse, dont la preeminence sur les autres lails est inconleslable. Puisque cVst , en grande parlle , par la faulc des gens de I'Art, que nos bois et iios planla- lions sont incessammcnt devasles , ou urretes dans C 137 ) Jeur accroissement , et meme avant leur nais- sance, par le ravage que font les chevres, ou par la crainfe qu'elles inspirent; c'est a eux qu'il appartient de detruire le prejuge du Public en faveur du lait de chevre , qu'il seroit urgent de proliibcr ; c'est a eux a proposer des moyens simples ct faciles d'y substituer le lait de bre- bis , avec les modifications , dont I'usage de ce lait, commeremede, pent eire susceptible , sui- vant I'exigence des cas. Rien n'empecheroit d'ail- leurs, quon n'amenat les brebis a la porte des personnes qui veulcut prendre le lait tout chaud, ou qui craignent rinfidiiite des laitieres. P. S. Nous ne disconviendrons pas qu'il n'y ait dans les Deparlemens meridionaux , quel- ques coleaux et frichcs , qui n'clant aggreg^s que de I'espece de pelit cliene verd, sur laquelle on Irouve le kermes ou vermilion , ne peuvenl servir a dautre usage qu a la nourriture des chevres ; par la raison que la nature meme de ces hois trop epineux s'oppose a ce qu'on y introduisa les beles a laine. Ce seroit done porter gratui- tement un prejudice reel aux proprielaires de ces friclies, que de leur ravir le moyen d'en tirerlaseule recolle qu'elles puissent fournir. Les chevres dans ces friches , ind^pendamment de leurs produifs nalurcls, remplisscnt deux objets imporfans : Tun , de fournir par leur fumier un engrais indispensable a fcxploitajion des champs qui environnent les friches , et qui trop eloignes de toufe autre espcce dengrais seroient con- damnes,sans les chevres, a une ^fernelle steri- lile ; Taulre , qui cependant m^riteroit d'etre verifie avec soin , est , a ce qu'on pretend , de . C '38 ) . favon'ser la multiplication de Tinsecle precleux qui produit le vermilloa. Mais ces avantages particullcrs , circonscrifs dans un tres-petit espace. peuveot-ils eompenser les degats universels que font les chevres dans DOS Departeraens raeridionaux ? Doivent-ils faire apporter quelque adoucisseraent a leur proscrip- tion absoliie ? Non , sans doute : tout ce qu'ils doivenr obtenir du Legislateur , c'est qu'il ex- cepte de I'anatheme , les chevres qui seront nouriies dans les coteaux et friches en question; et cette exception merae , pouvant donner lieu a fous les inconveniens attaches a Texisteuce des chevres dans nos contrees , seroit une calamite, si elle ne servoit a rendre encore plus rigou- reuse dans tout le resle du Departement, la pros- cription de cetle espece d'aniroaux, sinuisiblea toute sorfc de plantations. ( 139 ) RECHERCHES SuR Ics Eaitx d'Ai'-v, B. du R. Par M. Henri D a v i n. «J 'a I continue roes recherches sur les Eaux d'Aix , dans la vue d'ajoutcr qnelques notions aux rt^sultats inieres.sans que nous ont transniis les Cliimistes ancieus et modernes, qui se sont occupes de I'analyse de ces eaux. Parmi les moyens explorateurs que la Chimio moderne pouvoit offrir , j ai cru ne devoir pas ne- gliger la pile galvanique, dont Taction sur les li- quidcs est si puissante. E!lc ma signale dans ces eaux une substance gelatineusc qu'il m'a paru cssenliel de bien observer. Pour cet eflet , il falloit conimencer par lisoler, en la separant des difl'ercntes substances auxquelles elle etoit unie : comine les divers moyens ^que j'ai em- ployes pour parvenir a ce but, n'aboutissoient qu a alterer plus ou moins une substance que je cherchois a obtenir dans toute sa purele ; j'ai renonceau galvanisme, et me suis decide a cons- iruire un appareil propre a distiller nos eaux sans le concours du feu. Cet appareil , depuis Je moment de sa construction , a subi bien des changemens : je vais le decrire tel qu'il a ele employe dans mes dernieres experiences. Mon appareil distillatoire differe d^un alambic ordinaire, en ce que la cucurbite a une ouyer- C 140 ) iure de chaque cot^ , et porte deux tuyaux dont Tun amene I'eau dans la cucurbite , et I'autre est destine a Ini donner une issue. Ce dernier a son ouverture exldrleure a la hauteur du premier tuyuu ; mais afin ([ue la sortie de lean ne soit point trop subile , et que les vapeurs qui s'cn exhalent puisscnt gagner le sojnrnct du chapiteau , ce second tuyau des- cend jusques vers le fond de la cucurbite , dont il n'est eloigne que d'environ un poucc ; la partie de ce tuyau qui plonge dans Teau est ferminde par une boule creuse percee de quan- fiid de petifs trous ; au surplus , ce tuyau est faconn6 en ligne circulaire, et conduit I'eau apres diiierens circuits , dans un vaisseau construit dans le nienic sens que la cucurbite ; a cela pres , quau lieu d'etre muni d'un chapiteau ii est simplement ferme par le haut. Cctte seconde cucurbite est destineea erabar- rasser I'eau dans de nouveaux circuits, eta ne la laisser ecbappcr qu'apres lui avoir fait dprou- ver une seconde filiration. Tel est Tappareil que j'ai lenu pendant le niois de Janvier 1814, dans le local des bains , nupres d'un tuyau qui four- nissoit un petit filet d'eau a nion alambic. M. Jacquemin , Doct. Med. , Inspecleur des Eaux d'Aix , qui m*a souvent temoigne tout I'interet qu'il prcnoit au succos de mes operations , m'a- voit laissd le choix du local que jc jugerois le plus proprc a mes experiences, J'avois cm devoir preferer I'exposition du nord : je laissois mtime ouvert pendant le jour nn des volets de la feuetrc. Par ce mnyen , le cliapileau de ]iion alambic pouvoit bien se passer de refrigerant , et leau de la cucurbite perdant une parlie de sa temperature naturellc , lei subs- tances c[u'ellc fenolt en dissolution ponvolcnf , en se rapprocliaiit , ibrmer quelque depot duns jua cucurbife. J'avois soln par inlervalles , de lelirer Veaa qui etoit Ic produit de la distillation. Je me suis procure, de cettc nianiere , assez d'eau distili(5e pour fournir a diverses experien- ces , dont le detail excederoit les bornes de cclle notice. Une scule observation suifira pour prou- ver que nion travail n'a point ele infruclueux. Les Eaux d'Aix sont onctueuscs au toucher: c'est une qualite qu'on ne sauroit leur contester; inais d'ou leur vient celte onctuosite ? Celle ques- tion ^toit restee indecise parnii nos Cbimistes; plusieurs ne s'en ctoient pas mcme occupes. Parmi ceux dont elle avoit fixe raltcntion, il y en a qui pensoient que nos eaux devoient cetle qualite onctueuse au sulfate de chaux qn'elles tenoient en dissolution. ])arluc I'altribuoit au melange d'une substance bilnmineuse. Plus heu- r€ux dans leurs conjectures , MM. Robert et I.aurens , Membrcs de la Sociele academique de Medecine de Marseille , allribuoient la qualite onctueuse de nos eaux , a quelques atomes de matiere aniniale qu'clles confenoient. L'opinion de ces deux Savans vient d'etre convertle en certitude , par les resultals dont je vais rendre comple, le plus brievementqu'il me sera possible. I-orsque je jugeai qu'll ctolt temps de relirer mon alambic du local des bains , j'en donnai avis a M. Jacquemin. 11 se rendit a mon labo- ratoire avec reinprcssement d'un homme qui cul- live les Sciences uaturclles, autant par gout que par dfat. L'appareil fut deinonle ; nous examinames C H2 ) soigncnscmcnt lean (jui cloit rciifermec dans la cucurbile : elle n'etoit pas du tout claire ct Vini- pide conime celle da recipieut. 11 eloli: aise dc juger que c'eloif une cau concentree. On la voj^'oit chargee de quaniite do petlls corpascules blaucs. Nous Irouvanies , avcc autant de surprise quo de satisfaction , au niveau de I'eau , une subs- tance gelatincuse adherente aux parois de la cu- , curbiie. Elle etoit d'une consisfauce plus epaisse que celle du blanc d'oeuf. Elle avoit une teinlc jaunatre,que je ne puis niicux designer qu'eu la comparaut a celle que donncroit uue legere infusion d'dcorce de grenade. Nous en enlevd- mes une portion avec les barbes d'une plume. Nous en primes enlre les doigis : elle etoit gluante et filaiuenteuse , d'un gout piquant et lixiviel. Vue au microscope , elle presentoit un assem- blage de molecules inegales et irregulieres , que jc ne puis mieux comparer qu'a celles qu'ou de- couvre dans la colle forte. Apres avoir vide I'eau de la cucurbite, nous frouvamcs au fond du vase une subslance sem- blable a la premiere: a cela pres , quelle avoit une tcinte de gris de for , et qu'un melange ter- reux la rendoit specifiqucment plus pesanle quo I'eau. Quant a la seconde cucurbite , I'cau qu'elle contenoit etoit en tout scmblable a celle de la premiere; mais nous n'y trouvames aucune subs- tance eelatineuse. M. Jacquemin m'invifaa faire les epreuves les plus propres a demonlrer a quel regne de la nature appartenoit la raaliere qui venoit de fixer notrc attention. Je n'ai rien oublie pour rempllr cetle lache: apres avoir employe diyers luoyeus exploralcurs, . , c 143.) j'ai enfin calcine une portion de ceKe subsfancc. Elle m"a donne un cliarbon fort leger , spori- gieux , de difKcile incineration , exhulant une forte odeur de corne briilee. Quoique tout m'annou(^at que cette substance appartenoit aii regno animal , je ne voulus pas prononcer sur une inatiere aussi delicate , sans consulter quelques observateurs ^claires , plus exerces que nioi dans fart des experiences. Je madressai a M. le Docteur Robert, Se- cretaire en chef de la Sociele acad6mique de Medecine de Marseille , a qui j envoyai deux flacons, dont fun conlenoit un ^chantillon de la substance que j'avois retiree de la partie supd- rieure de la cucurbife , et Tautre , une portion de la substance trouvee au fond du meme vais- seau : je le priai de proceder a Tanalyse de la matiere que je lui envoyois , avec son estimable colleguc , M. Laurens , Inspecteur de la Phar- macie de I Hopilal civil et militaire de Marseille. Je devois celte marque de deference a des hom- nies dont les ecrits m'avoient fait pressentir I'exis- tence de cette substance. A I'epoque de ce petit envoi j il y avoit deja huit mois que je gardois celte gelatine dans des bouteilles , sans qu'elle se fiit decomposee , n£ meme qu'elle eiit eprouve aucune alteration biea sensible. Je vais rendre texluellement la reponse de M. le Docteur Robert. » II est tres-vrai que la matiere que vous avez 3» decouvcrle par un precede , on ne peut plus » ingenieux , est de nature aniniale. Vauquelin 5> qui I'a trouvee dans beaucoup d'eaux mind- 3) rales , Ta appelde gelatine. Les Chimistes igno- ij rent jusqu'a ce jour 3 quelle en est I'origine (144). \ ^ et son mode de coiiibinaison avcc jVaii. II I 35 faut renionler aux premiers bouleversciiiens .' 3) du globe, et a Fentassemenl dans les enlrailles ) 3) de la terra , de beaucoup d'animaux , pour ' 3» avoir quelquc idee de son existence souter- 35 raine. 11 paroit que c'est cctte substance qui 3) donne aux eaux qui la conliennent une qua- si lite onclueuse. 11 est vraisemblable que celle 3> substance agit d'une maniere tres - ellicace , 9, dans reconomie humaine, et que les eaux qui 3> en sont impregnees sont tres-salutaires. » M. Laurens a la meme opinion que moi sur y> cette substance , quant a sa nature , a sou » origine , el a ses vertus. » D'apres un pareil temoignage et mes proprcs experiences , je ne cralns point d'aiilrmer que les Eaux de Sexlius contiennent une matiere ani- male , que la Chimie moderne designe sous le Kom de gelatine. L'appareil dont je me suis servi pour loblenir est si simple , qu'on ne soup- connera pas qu'il ait ete capable de Tallerer; i'ose dire, que je Tai recue des mains de la na- lure. En eflct , j'ai fourni Tappareil : la nature a fait le reste. On dcmandera peut-etre conmient il a pu se faire qu'une pareiile substance ait ^cbapp^ aux recherclies de tant d'habiles Chi- misies qui se sont occupes de lanalyse des Eaux d'Aix. Je ne vois en cela ricn d'extraordinaire. I.es mysteres de la nature ne se decouvrent pas tons a la fois : en fait de recberches , les dcr- jiiers venus so«t toujours les mieux partages ; ils profilent des observations de leurs predcces- seurs, etsouvent meme f[uelque petit veslige que ceux-ci ont lal.sse, pent bien metti'e leurs succes- seurs sur la yoie d'uiic dccouverte. JSOUVELLE C H^ ) N O U V E L L E M E T H O D E DE g:^ologie, Son application ait JDcpartement des Boiidies- du-Rhone , et ses rapports avec I' Agriculture en general (i). Par M. Pontier , Inspecteur principal des Foreis. JLiES subslances du regne mineral , telles qu'elles se trouvent dans notrc globe , ont besoln d'etre decrites, non seulement par rapport a leurs ca^ racteres physiques, cbimiques , et georaetriques, ce qui constitue proprement le domaine de la MIneralogie , mais encore par rapport a leur gisement, a Telendue, la position et la conncxile da leurs masses, a la diflereuce de leur maliere, et a Tepoque plus ou molns eloignee de leur for- mation , suivant ies lienx ou on les trouve pla- cees : ce qui fait I'objet de la Geologic. La pre- miere de ces sciences , est , a la soconde , ce qu'est r Anatomic a fegard de la Physiologic , par rapport a Vhomine. La MIneralogie , commo I'A- iiatomie, se borne a la description des parties; (i) Celte nit'iliode de Geologie, ful presentee dans lous ses details aa Coiiscil des Mines , en 1797 , dans uu nie~ mou-e maniiscrit envoje par I'Auteur. Quelques KaluiaJistej eu ayant tait usage posteiieureinent dans leurs ouvra^es , et la Society acacMniique d'Aix, en ayant delibdre I'lnipressioi; pour la premiere fbis , celte annee 18 18 , I'Auteur con- tigue ici cetle uole, dins ia vue de preacke ilaa chaux carbonatee compacte , ou pierre cal- cair& y domine, elle est variee dans sa structure , d'un grain plus ou moins fin, et la direction des couches est en general inclinee et plus ou moins horisontale. On y volt quelquefois des marbres et des gres , du spath calcaire rboniboidal , taut a la surface que dans les fissures des pierres ; quel- ques grotles ou cavernes renfermant des stalac- tites sous diverses formes, quelques empreintes de coquillages marins dissemines ck et la , et tres-peii de terre vegetale. C l52 ) Intcrieur du Bassin. On y Irouve : Des gres dans differcns cIctIs; la cliaux car- boiiaf(^e ar^ileuse; des scliistcs ct des niarnescal- caircs; des craies melees de silex. Du sulfate de chaux, gypse ou plaire, en amas avcc sulfure de fer ; des tufs avec impressions de plantes ; des sables el des argiles plus ou moins meiauges. Des sables calcaires meles de parcellea de gres; des cailloux roules calcaires et quarlzeuxj sou- Vent a Iclat de poudingue. Quclqucs indices dc houille lerrense; una ierre Vegetale rougeatre ou noiratre , coloree par des oxides de Icr, sur le flanc des montagnes. La fcrre des vallees el des plaines, formce par le melange des matiercs cfui composent le bassin, Des lcrr«s sablonnenses ct caillouleuses, etran- geres aux malieres du bassin , proyenant des anciens courans. Des terres sablonnenses d'alluvion , deposees par la riviere. zA Bassin. lia bandc calcaire dcNofrc-Dame des Anges, avec ses dependances le limile au midi : la monlagne de Sainte-Victoire , au levant ; Tetang dc Bcrre et lamer, au coucliaut ; Ics montagnes dc Trevaresse , de Saiute-Croix , du Vernegues et dc Salon , au nord. Ces dernieres montagnes sont une dependance dc Sainte - Victoire , d'ou la riviere de I'Arc prend sa source et traverse les cailloux roules ( i53 ) de ce bassin , pour se rendre dans Tefang do Bene. Composition de Venceinie du Bassin. La chaux carbonatee compacte , variee dans sa struclure , dont la direction des couches est en general plus hoiisontale que celle du bassin precedent ; elle a encore cela de particulier , qu'elie renferme quelquefois des ossemens marins. On y voit des marbres breches , et d'autres de dlfPerentes couleurs, du spalh calcaire dans les vides que les masses pierreuses laissent enlre clles ; beaucoup de pierres coquillieres , dites ^oellons, pour la balisse et pour les fours, et une plus graude quantite de lerre yegetale. 11 nj a aucuue grolte remarquable. Intericur du Bassin. On y trouve : Des gres plus fendres dans difft^rens elats ; la cbaux carbonatee argileuse; des schistes calcaires bitumineux; des schistes arglleux calcaires plus abondans. Des silex de differente forme et contexture en trcs-grande quanlite ; du sulfate de chaux ou platre , dispose par couches, oil Ton rencontre des impressions de planles ; des erapreintes de polssons d'eau douce , et quelques ossemens d'a- nimaux terrestres. Des albatres gypseux ; des amas d'arglle avec des coquillages marins ; des argiles plus ou moins melangees ; des sables ; des cailloux rou- les calcaires et quarlzeux , souyent k fdtat de poudingue. Une grandc quanlile de mines de liouille on cbarbon de pierre ; une lerre \ egefale plus abon- dante , coloree par les oxides de fer. La terre dcs vallees et des plaines , formee par le melange des matieres da bassiu , ct pe- netree par le biturae , au voisinage des mines de houille. La fcrre des marais argileuse noiratre ; des terres sablonneuses et caillonleuses , efrangcres aux matieres du bassiu , provenant dcs ancicns courans ; enfin , des terres sablonneuses d'allu- vion deposees par la riviere de TArc. Ce bassiu renferme des amas de coquillages marins et fluvialilcs , des empreinlcs de poissons^ ct des ossemens fossilcs que Ton nobserve pas dans le precedent. 3.e Bassin. Les memes montagnes de Trevaresse, du Vcr- Jiegues , etc. , le limitcnt au midi : rembranche- raent de la montagne de Sainte-Victoire , qui comnmnique avec le Leberon au pas de Cante- perdrix , au levant : la montagne du Leberon et celle des Alpines, au nord : la Crau ct Ic fleuve du Rhone au couchant. Cc bassiu , plus aloDge et plus retreci que les precedens , doune passage a la riviere de Durance , par la brecbe formee au pas de Cantcperdrix , ct par celle que Ton observe enlrc la cliaine du Leberon €t celle des Alpines. Cette derniere chaine de monfagnes separe la vasle plainc de la Crau d'avec celle de Saint-Remy : la Durance et le Rhone limiient ces deux plaines, et les mon- tagnes des Alpines se trouvent au milieu. Ces coupures ou breches dont on vient de parler. qui inferrompent la conllnuife de ces cbaines de monfagnes, sont une demonstration de Texis- ience des anciens courans des eaux. G'est par ces ouveitiires , que les vents s introduisent au- jourd'lnn avec tant de force et d'impetuosite. I-c Leberon fait partie du Departenicnt de Vuucluse ; il se tenniiie au passage de la Du- rance , a I'endroit oii les Alpines commencent. Celles-ci paroissent en etre la continuation , de meme que les embrancheincns de Sainte-Victoire se lient au Leberon , au pas de Canleperdrix. Composition de Venceinie du Bassin. On y frourc la chaux carbonatee compacte, avec impression de coquillages niarins , presen- lant dans sa composition beaucoup plus de va- rietes disposees par couches plus ou moins in- clinees ct liorisontales , et intcrceptant quelque- fois des vides occupes par des oxides de fer argileux. Sa terminaison vers le couchant pre- sente des irregularites de position que Ton n^ob- serve pas dans les bassins precddens , et quel- quefois des cavites vers leurs sommets , visible- raent produiles par Faction des eaux , posterieu- rement a leur formation. Un volcan eteint a Beaulieu , presentant de singulieres varietes de laves , et des raatieres etrangercs par leur nature , aux pays calcaires; il est entour^ d'xxn araas de coquillages fluvia- lilcs dans une pierre argileuse calcaire. La terre vegetale qui recouvre le calcaire com- pacle paroit plus abondante , mais plus melang^e. que dans les autres bassins. ( I56 ) Intirieur du Bassiti. II ofTre vers le cenire, d'anciens depofs de cailloux roules , dont )a plus grande parlie ap- pariJent aux pays granitiqucs (i). Un vaste depot de calcaire inarncnx adossesur le calcaire compactr , avant d'arriver au volcan de Beaulieu, et qui se termine aux cailloux rou- les , pres la Durance : une vasle etoidue de pierres coquillieres , a partir de ce volcan , et line grande quantitc de co(Uiillage.s inarius , dis- semines a la surface des coleaux adosses au Le- bcron ; du sulfate de chaux dans differens etals ; des argiles plus ou moins pures ; des schislcs calcaires compaclcs ; des sables iiiouvans et des cailloux roules , en plus grande quantite, sou- Vent a letat de poudingue. La terre des vallees et des plaines, fonnee par le melange desmafieres du bassin, et le plus souvent par les cailloux roules ; 6^^ terres sa- blouneuses melees d'argile et de cailloux etran- gers aux subslauces minerales du bassin , pro- venans des anciens courans ; enfiu , des ferres sablonneuses d'alluvion , deposees par la riviere de Durance, qui boniHent le sol. Ces trois grands bassins se subdivisent en bassins plus pclils, que le Geologue doit observer (l) Les depots de cailloux I'oul^s ou le genre vilre.'cible abonde , n'annonce point les p2 ) ferrlloire et dans quelqucs Communes ruralcs Voisines, non-seulement s'opposcnt a I'amcliora- tion dcs laincs , mais encore en dcgradcnt la qnaliie nalurcllc. ,)''indiquerai Ics moyens dy rcmedier, ct en mcme temps que je ebercliciai a eclairer les proprieiaires sur leurs veritables inlerefs , je prouverai que les progres dc nos Manufactures sent esseiitiellement lies a unc bonne education des tronpeaux ; e[ que si ellcs sont a peine connues , il ne faut Tatlribuer qu'a la mi- Si^rable routine des bergcrs et a Tavarice aveu- gle du plus grand nombre des proprietaires , dont les faux calculs sont infructueux pour cux, et ruincux pour le Commerce. Les beles a laine qu'on eleve dans ces con- trees , princi]-)a]ement a Venelle , Saint-Canaf , Meireuil, le Puy-Sainle-Reparade , niais sur-tout aux Milles et a Puyricard , sont d^une beanie remarquable. Elles sont d'ure belie forme, et leur taille est au-dcssus de la moyennc. Le grand nombre de proprietaires qui en possedent . I'ait que les trouiicaux sonl nmltipiies; et le defaut de palurages dans un pays oil les pluies sont peu frcquenles et les rosees rares , est cause qu"en general leg troupeaux y sont peu considerables : circonstance qui favorise le perfectionnemcnt de I'espece ; car le berger donnc d'aulant plus de soin a scs brcbis , que le nombre en est moins grand. D'un autre cole , les proprielaires dcs trou- peaux , pour couvrir les frais enormes que coule I'achat des palurages, font, pendant fouie ]"an- iide , im commerce d^igneaux qu'ils vendcnt pour I'usage dc nos tables. Ce commerce ires- lucralif les indcmnise de la depensc qu'eijtraine Ci63) la nouiTiturc des troupeaux. Pour avoir da beaux agaeaux , ils mettenl un grajid soin dans le choix des brebis : ce qui coatribue encore au porfectiouueineut dc Tespece et a rameliora- lion des laiiies. Pour avoir beaucoup d'agneaux, on n'a gueres que des brobis dans les trou- peaux ; or 5 la breliis fournit une ioison biea plus fine que celle des nioutons. Enlia , les iroupeaux eleves dans les cantons que j'ai cites ne paturent que dans des plaines fertiles, on sur des coilines , oil ils Irouvent en suliisante quanlile des plantes nourrissanies et savoureuses. Tellcs sout les causes qui donnent a nos laines un degre de finesse remarquable ; aussi , les Ma- luifactures du Langucdoc font - elles des achats considerables a nos marches hebdoniadaires(i). Si nos betes a lainc soiit d'une race dislin- guee ; si on n'cleve que celles qui fournissent Ja plus belle toison ; si Ton choisit avec soin celles qui doivent conservcr Tespece ; en fin , si les paturages fournissent a nos troupeaux une exceilente nourriture , comment se fait-il que iios laines ne soieut pas prisees comme- elles ine- rifent de I'eSre ? et quelles soul les causes qui les rabaissent au-dessous de ieur juste vaieur ? (l) II y a treute ans , ou environ, que Tlnspecteur dti Commerce i'aisant sa louruee dans la Provence , vint exa- miner les prodalls de la nianufaclure que ma lainiUe pos- sede. 11 loua beaucoup la qualiie des eioffes diles Calmouks, et lut eloune d'apprendre que les seules laines da pa^s en- Iroienl daus Ieur fabrication. Mais lorsqu'on lui munlra Irs moUetons fails seulement avec nos laines superfiiies , ii crut quon lui en imposoit , ct ue se I'endit qu'u- I'eviderce de.-; jpreuvts quou lui douua. ( i64 ) Ccs causes , on les trouve : i.o Dans le iiiauvais elioix que Ton fait dcs Leliers qui servent a saillir les brebis; 2.^* dans I'usage de renfei-mer les bcstiaux dans des ela- blcs , au lieu de les faire parquer en plein air ; 3.° dans la nialiere qu'on emploi* pour la mar- que des betes ; 4.° dans uu abus bien grand qui a lieu pendant la tonle. I. J'ai dit que le clioix des beliers n'cst pas fait avec discerneinent. On s'altache a la laille de lanimal , sans faire attention au degre de finesse de la hune qui le couvre. Cependant, on sait par experience qu'uu belier de taiile mediocre et nienie petite , est preferable a uu plus grand , dont la laine seroit de qualile iu- fei'ieure, I,es proprielaires ont dit : « plus les beliers sont 3) grands , plus la race qui naitra de leur accou- 3) plement avec les plus belles brebis sera de 3) haute taiile ; ct plus jnes bestiaux seront de 0) haute taiile , plus iisproduironi de iaiue. » Ccux qui calculent ainsi connoissent bien nial leurs in- terets ; jamais la quantiie de la laine ne pent les iiidemniser de ce qu'elle perd du cote de ]a qualile; et c'est encore une perie reelle pour le Commerce , parce qu'il est bien plus avanta- geux d'employcr dans les Manufaelures, des lai- jies de belle qualile, que des laincs grossieres( 1). Ce n'est pas tout ; dans nos contrces , les tcr- ( I ) J'ai plusieurs fois cnlcndii iin oncle que j'avois h. Puyricard , ou il posseilolt un grand Uoupcau , due avec depit : « iTialgrc les beaux agncaux qu'ils nic donnenl. res 5) gros nioutons, ces grosses LrcLis nie ruineul>': tt pcijouut; ue savoii mieua. compter que inoa oncle. C i65 ) rains sec5 et elcves , oh Iherbe est rare et fine , conviennent inieux aux petitcs especes qui de- inandent moins de nourrilure , qta aux grandes races , qui ny trouvent pas un paturage suffi- sant. II faut done conduire ces deiniercs sur les collines couvcrtcs d'ar'oustes ef de brous- sailles , od elles decliircnt leurs toisons , et ou elles ne trouvent qu'une nourrilure de niauvaise f[ualite , que le mouton peut soutenir, mais que la brebis delicale dedaigne ; el qui rend les laines rudes et grosses. Ainsi, puisque les beliei-s concourent plus que les brebis a aniellorer les races , les proprie- laires des troupeaux doivent moins s'atlacher a la taille, quW la qualite de la toison de ccux dont on fait choix pour saillir les brebis. Quelques proprietaires riches en troupeaux sc sont procure des beliers de race pure d'Espagne, pour les allier avec leurs brebis. C est peut-etre. le moyen le plus sur et le plus prompt de donner a nos laines un de^re de finesse , aue la beauto du ciel et la nature des paturages soutiendroicnt dans ces contrees , on le merinos, qui n'est pas de haute taille , seroit bien place. A lepoque de la derniere exposition des pro- duifs de I'industrie nationale , mon f'rere a en- voye des echantillons de laines provenant du croiseinent des b^h'ers espagnols avec les brebis indigents. Ces echantillons , remarquables par leur finesse et leur blanchenr , bieu superieu- res a celles des plus belles laines du pays , avoient ete fournis par le troupeau de feu M. de Fonscolombe. Cet Agronome eclaird auroit pu nous donner sur cet objet , des renseignemens interessans et d'aulant plus precieux . qu'ils au- roienl ete recueillis par un observaleur exact , ( i66 ) ogaleinent Incapahlc de rien adopter, commo dc rien rcjetci' sans examen ; et nous saurions enfin a quoi nous en lenir sur une pralique , pour laquelle on s'eioit d'abord passioune , et que Ton paroit ncgliger aujourd'hui. 2. Sans doule ce croisenient scroll utile; mals on perdroit bieul6t le fruit de ses peines , si Ton negligeoit les nioyens d'entretenir la finesse des toisous , et dc prevenir la degradation de I'espece. Les proprietaires doivent bien se persuader que leurs prolils seront bcaucoup plus grands, quand la beauie de leurs toisons s"aecroitra. Plus Tine laine est blancbe , longue , fine , douce et legere , plus elle a de prix ; or , la propretd et le parcage a lair libre, la nuit comme lejour, et pendant fouie I'annee , sont les moyens dont on sc sert pour procurer ces avantages aux lalnes, dans les coutrees qui fournlssent les plus belles. Piu.s les iolsons sont nial-proprcs , plus les iroupeaux sont sujets a contracler des maladies qui , se propageant par la contagion , portent la Jnorfalite dans les Iroupeaux , la niisere et la desolation dans les canipagnes. Au lieu d'cntasser les beles a laine dans des ^lablcs , oil les rateliers places de la nianiere la plus vicieuse laissent ecbapper les debris les plus fins de la paille sur Ic col et sur le dos des brebis , c'est-a-dire , snr les parties les plus belles de la (oison: debris que le triage fait avcc le plus de soin nVnleve jamais cnlierement : cc qui nviit singulicrcmcnt a la fabrication et a la qualile des draps; au lieu, dis-je, d'efoufler les iroupeaux dans des bergeries, on fair infecle par le fumier et par la vapeur de leurs corps , ns ( 1^7 ) peut se renouveller ; ou la chaleur les affolblit , leur procure des maladies , et les dispose a en contracter par le passage subit d'un air trop chaad a lui air trop froid; ou ils sont couches dans la boue qui les salit ; ou enfin , plusieurs causes reusies , endomuiagent leurs toisons : iie dcvroil-ou pas les faire parquer en plein air dans un climat tel que le notre? C'est au par- cage en plein air que les laines de la Crau doi- vent ce degre de blancheur qui manque a celles de nos contrees. En ^te , on fait paitre les troupeaux pendant la nuit, et on les enferme dans des etables des que la cbaleur commence a se faire sentir. Ainsi, al'lieure la plus brulante de la journee , au moment oil tout ce qui respire cherche a se procurer de fair , au lieu de rassembler les troupeaux sous uu ombrage pour les rafraichir , on aimc inieux les entasser entre quatre murs , ou la chaleur et la sueur alterent leur sante, et degradent leur toison. En hiver, on les ramene dans les etables lors- que la nuit commence ; on redoute le froid et la gelee, comme si la nature n'avoit p^ls pris soin de mettre les brebis a I'abri de la rigueur de la saison ! L-a manierc dont ces animaux sont vetus les defend assez contre le froid , et le suint empeche pendant long-temps la pluie de penetrcr jusqu'a la racine de la laine. Au resle , on se convaincra qu'il y a un avantage reel a faire parquer toute fannee , jour et nuit , les troupeaux en plein air, si Ton refldchit que ceux qui passent fhiver dans la plaine de la Crau , sans abris , souvent cou- \erts de neige , exposes a la rigueur des fri- mats et au vent glacial du nord-ouest, r^sistent & fouics ces causes dc destruction , et que les maUidies leur sont presque inconnues. Que si Ton m'ol^jccloit que les troupeaux de la Crau , qui parqueut a lair libra toute I'an- iiee , sout pourtant ceux qui fournisseiit la laiue la nioins eslim^e ^ je repondrois que c'est a la qualite des paturages qu'il fant Taltribuer. I. a Crau ne nourrit ces troupeaux qu'en hiver. La parlie des Alpes , ou on les conduit au prin- iemps , ne produit que des paturages de niau- vaisc qualite ; or , personne n'ignore combien la qualite des paturages influe sur celle des laines (i). . , I/a production des engrais , objet prccieux tlansnos conlrees, est un des motifs qui s'opposent le plus cbez nous au parcage en plein air; mais il ne seroit pent - etre pas difllcile de demon- Irer aux proprietaires , que le parcage a Tair libre est favorable a cette production et en faci- lite reniploi. J'avoue cependant mon ignorance pour frailer cctle question; elle exige des con- lioi?sanCes en Agriculture qui me manquent, j'en propose seulement la discussion aux Agricul- teurs plus inslruils , et je me bate den venir aux deux dernieres causes qui degradent la qualite iiaturelle de nos laines. Je na'cmoresse d'au- t iant plus de signaler ces deux abus , qu'il est au pouvoir de TAutorite de les faire cesser tout- a-coup; tandis que le lemps et finstruclion peu- Vcnt seuls apporter quelque beureux change- (i) La cfualile des lajncs foiimics par les troupeaux qui palurcnt sur la parlie des Alpcs apparlenant a la Savoie , tsl si inTericure, que les Souverains de ces conlreos avoient tldfendu I'ihlrcduction des laines de France dans Icurs Elals. liipjit dans les deux premiers articles que je viens d examiner. 3. La nianiere de marquer les betes a. laine est si vicieuse , qu'elle avoit deja excite I'alten- tion du Gouvernenjeut. Pour augmenter le poids des toisoiis, un gi'and nombre de proprietaires se sont avisos de Ifs marquer avec de la poix fondue , et ils ne se coutenfent pas d une seul© marque , ils en bariolent le corps de I'animal. On concoit aisement combien cet abus est pre- judiciable au Commerce , soit par lemploi des ouvriers que le manufacturier est oblige d'oc- cuper au triage des laines , dans un temps oil la main - doeuvre est si rare ; soit par la pert© de la partie de la toison qui est enduite de re- ■sine, et que des calculs justes fbutmontera deux: pour cent ; soit par les taches que la fonte de la poix dans la chaudiere du teintu'rier fait nai- tre sur les draps : ce qui les degrade et les d^- precie. Comment se falt-il qu'on sobstine a marquer les bestiaux de cette maniere ? On sait bien que les laines chargees de poix sont toujours d'uii prix inferieur , et moins recherchces que celles qui ii'en ont point. Les proprietaires sont done en- core ici dupes de leur avarice , puisqu'ils iiy gagnentrien, et que le Commerce y perd. Con- sultez la-dessus les fabricans de Carcassone , de I>odeve , de Montauban , d'Usez , de Saiut- Hippolyte , de Vienne, qui font de grands achats de laine sur notre place : leur reponse sera uni- forme , tons vous adresseront les memes plaintes qui engagerent le Gouvernement, il y a environ quarante ans , a publier un Edit pour proscrire la marque des troupeaux faite avec la poix C 170 ) fondue , comme prejudiciabic au Commerce et niineuse sous tous les rapports. Plusieurs proprietaires marquent leiirs bes- lianx avec la craie rouge. On pourroit encore , a I'exemplc drs bergers cspagnols , inarquer les •befes a laine .sur le niuseau avec un fer chaud. Vn Arrcis du Gonvernement rendroit bieiitot generalc Tune de ces deux m^ihodes. 4. Mais cest au moment de la tonJe , que I'ap- pas du gain a introduit un usage qui degrade la laine, et occasionne souvent de g^audes pertes a Tavide et imprudent proprietaire. Le jour de la fonte , on entasse les brebis dans des efables dont les fenetres et les portes sent fermees avec soin. Ces etablcs deviennent des efuves : bientot la chalcur excite une sueur abondanle, qui baigne toutc la toison et en aug- mente le poids ; et c'est Tinstant que Ton choisit pour executer la tonte. Les loi.sons sont aussitot roulees , cntassees dans de grandes balles et pe- sces de suite. Cependant la chaleur fond la poix des marques , laquelle s'eiend sur toute la toi- son et y occasionne un decbet notable. liC fa- bricant de ces conlrees qui recoit les laines un ou deux jours apres la tonfe , peut ouvrir les balles , exposer les loisons a fair et eviler ainsi de plus graves inconveniens ; mais il n'en est pas de meme pour le fabricant etranger qui se fait expedier les laines surges , parce que il veut faire lui-meme le choix des diflerentes qualites. Avant fexpddilion do ces laines, et pendant la route, le suint fermente, la laine s'echaufle , se dessecbe ct se brule; elle perd de sa blaucbcur, elle jaunit ; et n'oflre plus au fabricant qu'une matiere, qui lui donne beaucoup de peine a. mcltve en oeuvre , qui nc peut fouruir qu'un ilssil cle mauvalse qualife, et auqnel II est dif- ficile de doiiner tin bon teiut. Voila pour le Commerce. Voici la part des proprielaires des bestiaux. Le niephilisme des etables , lair sulib- cant qu^on y respire pendant la tonte , sent si prcjudiciables aux betes a laine , qu^il n'est pas rare d'en voir perir ce jour-la plusieurs dans un nicme troupeau; d'autres deviennent languis- santes, ou contractent des maladies niortelles, dont il ne faut pas chercher la cause ailleurs. La sucur, il est vrai, rend la laine plus douce et plus facile a couper ; mals en Espagne et dans le Cachemire , ou Tart du berger est sans contredit plus perfectionne que chez nous , on se garde bien de chercher a obtenir ces effets par de pareils moyens ; on se contente de re- tarder lepoquc de la tonte , et de ne I'execuler qu'au mois de mai , lorsque les chaleurs cora- mencent a se faire senlir ; et meme dans le Ca- chemire , bien loin de mettre au moment de la tonte les troupeaux en sueur par des moyens violens, les bergers multiplient a cette epoque les lavages des betes a laine , pour les rendre plus proprcs et plus blanches. Enfin , il seroit difficile de trouver dans quelqu'autre pays Texera- ple d"un abus, qui peut-etre n'a lieu que dtins nos contrees. Puisque le Commerce est la source de la pros- perife des Eiats , il est de linldret du Gouver- nement de reprimer les abus qui s^ glissent. Je crois avoir demon tre combien celui que je viens de signaler fait essuyer de perles reelles. Tin Arrete qui indiqueroit une epoque fixe , avant laquelle la tonte seroit defendue , et qui cu incme temps prescriroit qu'elle se fit a une temperature telle , qu'elle fiit suffisanle pour facllifer la coupe de la laine , et qui seroit iudi- quee par un thermometre susoendu au milieu de I'elable : un pareil arrete, dis-je, scroit aussi avantageux pour les propri6laires dcs troupeaux, que pour les manufacturiers. Quelques recberches que j'ai faites sur cefle niatiere , et les fails qui se sent presentes a raon ai'eul , a mon pere et a mon frerc ; c'est-a-dire, que rexperience demontre depuis plus d'un siecle dans ma famille , m'ont mis en etat de vous presenter ce foible ecrit. Je desire que les vues qu'il presente vous paroissent merifer quelque atteutiou , et qu'elles soient mises , en conse- quence , sous les yeux dc I'Auloi-ite , qui seule pent faire cesser les abus contre lesquels I'inferet du Commerce reclame depuis long- temps. ( 173 ) ELOGE FUNEBRE De Monseigneur Jerome -Marie Champion DE CiCE , yircheveque d'^dix et d\ englouti dans leurs flots orageux et les fbr- 5; tunes et leurs imprevoyans possesseurs : dans 3> le temps que j'etois encore riclie et que meme oj j'occupois un rang distingue dans TEglisc , je 3) chcrchois souvent eu moi-mcnic , quelle scroit 5> la science que je pourrois culliver avec le plus 5j de satisfaction et avec le moins d'embarras et 3) de frais , si quelque revolution , telle que 3) nous en presente I'Histoire , m'enlevoit toutes » mes richesses , et me forfeit a fuir mon pays. >» I'Astrononne, la Physique, riiistoire, la Lit- ?5 terature , ct taot d'autres parlies des connois- 3) sances de riionime, demandent unatiirail sou- 3) vent impossible a se procurer, sur-tout dans )3 I'elat de deuuement oil nous jetent Texil et 3) la proscription : la Botanique me sembloit en- n trainer apres elle le moins d'embarras et le 3) plus de jouissances. Dans tous les pays, meme 33 les moins civilises , dans tous les instaus , le 3) grand tableau de la vegetation se presente- 33 roit a mes yeux et s'offriroit a ma curioslte. » Que ceftc prevoj'ance philosopliique est bieu d'un esprit superieur , c af- faissee sous le poids de ses maux, ct presenlant deja , pour ainsi dire , la tele a la faulx de la m-irl , cct bonmie superieur se releva dans ce iuoj>)ent, comme par une especc d"enclianlement; sou Cu^j;ij scmbla s'auimer d'uu nouyeau feu; . C 179 ) • ef il parla insfruclion publique, enscignement , philosophie et inetapbysique , avcc un orclre , une clarle, unc force de lole , inie cnergie, qui tirent la surprise et radiniralion de lous ccu?t quircnteiidirent. Aussi 5 jasqua son dernier jour, il pril part aux affaires de son Diocese , avec$ nou nioins de xele el d'ardcnr qu'autrelbis. 11 voulut niourir a son poslc. 11 n'etoit pas elonnant qu'un esprit de cello trempe fut capable de tons Ics emplois dans \i politique et dans Teglise. Avec quelle dislinctioii ne parcouriit-il pas cette derniere carriere ? Et pour nc pavler que de ses talens en adujinis- tration , la reputation quil s'etoit acquise dans celle du Diocese d'Anxerre, a laquelle son frere ^ Eveque de celle Ville , I'avoit appele , lui lue- rita bienlot I'ageuce du Clerge de France. Co fut la qu^il eat occasion de mauifester ccs vu^.s sages et profondes , de deployer ces rares ct grands talens, qui lui atlirerent radrairallon du ues Collaboraieurs , rapplaudisseuient genera?, et les renicrcinieus publics de I'Asseniblee dii Clcrge. -Ceite Assemblce an^uste , convaincua de sa sagesse et de son jnerile , le cboisisooit prcsque toujours pour porler ses rcclanuiiion^ aux pieds du Monarque , el pour defendre ses droits conlre des corps i^i^'ssans qui vouloicijj; les deiruire. Homujage fiatteur , qui bonorojt autant le merile superieur qui le recevoit , qu9 la sagesse eclairee qui le rcndoit. I.a place d'Agcnt du Clerge etoit d'autani pln^ difficile a reniplir dignciuent a cette epoqup ^ que des enneiuis cacbes ou publics , foibles ou ledoutiibles , tiniides ou bardis, senibloient m rcLUiir a la fois pour altaquer rE2,lise de Fnmoa* Ms ct preparer dc loin ccllc fiincsle coalllion d es- prils pcrvcrs, qui, daiis lour rage inscusee, fon- dircnt , quelques aunees apres , snr toutcs les instilulions divines ct hnniaincs ; et , brisanl a la fois et Ics troiics et les aulels , en dispcrsc- lenl les debris sanglaiis, sur la surface du nioiide ejilier. I.a repufallon de M. de Cice croissoit avec riniporlance des places qu'il obtenoil. Elle lui valut enfln le siege de Rhodez. Les abus rcpri- mes ou detruifs, d'utiles, regleniens mis en vi- gueur , un gouvernement palerncl , le fireut cberir et admirer de ses Diocesains, c[u"il regar- doit comme scs cnfans. Cct amour du bien et de Tordre, qui I'anima f oujours ; cet esprit da conciliation qu'il savoit, porter dans toutes cboscs , Ini firent imagiuer iin nouveau moyen d'etre utile au Iroupeau qu'il ^toil venu gouverner. II choisit plusicurs per- sonnes de bonne volonle , d'une probite recon- nue , d'une repulalion inlacte , et qui etoient versees sufEsanunent dans la connoissance des lois. 11 en forma un tribunal prive , qu'il voulut presider lui-meme. C'etoit devaut cet areopage dcsinlcresse , et qui rappeloit les mo^urs de la primitive Eglise , que lous les particulicrs pau- vres, toutes les families peu favorisees de la for- tune , pouvoient venir disculer sans frais et sans crainle , les divcrses alFaires d'inleicis qui sur- vcnoient entre cux. On concilioit les esprits ; on les cclairoit sur leurs vrais inlerels ,* on arran- geoit leurs differens : une justice impartiale pre- sidoit a toutes les decisions. On prevenoit , ou elouffbit ainsi les dissenlions et les proccs, qui sont la mine de taut de maisons. Si quelques afiliircs particulicres cxlgcoienl des C i8i ) actes publics , et pardevant les Tribunaux da Prince , la main geiicreusc de notre vei'taeux Prelat puisoit dans son propre tresor , et pour- voyoit a tons les frais. « Heureux, disoit-il sou- 5) vent, d'acheter avec de Tor la paix et le bien- 3) elre des families ! » Celle soUicitude paler- nelle , si digne d'un sage Eveque et d'un admi- nistratenr eclaire , rendit encore plus doLdoiireuse la translation de M. de Cice a rArchevecJi^ de Bordeaux; raais Bordeaux benit la bontd da religieux Louis XVI, (jui lui faisoit un lei pre- sent. Sur un plus grand theatre , Monseigneur I'Ar- chevcque de Bordeaux ne se niontra que plus grand Administrateur , et ne fut que plus ap- precie. On remarqua dans ses operations encore plus de sagesse et de force , qu^il n en avoit de- ployc deja dans les autres places qu^il avoit occupecs. Semblable a ces athletes vigoureux qui, ayant exerce leurs corps aux fatigues , n'en deyieuucnt ([ue plus robusfcs 3 a mesure que d© plus grands travaux leur sont imposes : il sem- bloit que M. de Cice, en s^elevant de posic eii posiP, se preparat et s'essayat au poste eminent et honorable qu'il alloit bienfot remplix dans le gouverneuient de TEtat. Le desordre des finances avoit provoque de la part du Monarque la convocalion des Etats g^neraux. — Mais, que dis-je. Messieurs ? De quel temps nialheureux vais - je yous entrelenir ! Jb m'arrete Une foule de douloureux souvenirs vient sans doule oppresser voire ame , comme elle oppresse en ce moment la mienne ! Cetle epoqne desasfreuse se presenle a notre imagi- nation, telle qu'un soiige eflrayanl, qui jette , sur tous les objcts qui nous environncntj un crepe C lS2 ) fnliebre ct sanglanh Epoquc falale cics calamiVs d'un grand Empire, ot do la cliule d'un Roi •\crtueux, pourquoi faut-il que vous revenic?: ^.uns cesse dans nos disconrs , et que je vous riirouve encore liee au suiet que je dois Irailer? N cst-ce pas assez d 'avoir passe a Iravers ces jours de desolallon, vi ("aut-il encore s'en occu- ]wr et freniir? Non ; mon espril et jna voix s'y teiuscni. Je hiisse de cold ces trislcs cvononiens tjui precedereiit et suivirent rclevation de noire I'rciat a la place de Garde des Sceaux de France , ef je ne vais m occupcr que de lui. 5a grande rcputaliou lo condulsil a ce posle i^ininent. Scs rai\-'s talens , sa franchise et son amour pour Ic bien le firent eslimer et aimer de rinforlune I-OUJS XVI : de ce Roi, qui, suivant Tcxpression d'un de sesMinistres, qui le toinioissoit bien , etoit le plus honnefe lionime de son Royaume. A la suite des changemens rapides et impru- dens qui se firent alors , un parti dangereux ct enuenii de la Religion , iil paroitre la Consli- tuiion civile du Clerge , et proiimlgua une foule do lois plus ou moins confraires a la discipline do PEglise. Dans ces circonsfances difliciles, au tiiilieu du dclire qui comineucoit a troubler ioutes Ics tefes, et qui , scmblable a une va- pour malfalsante , olTusfjua e! lit crrer les esprils ie.s plus sages et les plus prudens , Monseigneur i Archeveque de Bordeaux s'egara un moment. — i)m , Messieurs , il s'egara ! Ne craignons pas *:*e le dire liauleraejit, puisqu'll n'a pas craint de I'avouer lui-meme aux yeux do ses ouaillcs et O.c la Chrefienle , et qu'il a expie sa faule dans i'exil, par son repentir et par scs larmes. Tirons- ^U plutot uu juste sujet delogc pour ce digne imifafeur de Vange de Cambrai , qui sest fait tiue gloire de son hunnliatlon , et un titre a noire respect parson repeiiiir. C est ainsi qneleshonnp.es snpericurs se ionl pardonncr leurs fantes , el les reparcnt en quelijue sorte. Ecoutons-lft lui-meme; car il est interessant , il est bean d'entendre la vertu avouer courageusement scs crreurs. « A la vue de ces scenes de sang et Ha M schisme qui couvre la France > qu'ils sont » douloureux les souvenirs de ceux qui, comnie 55 raoi , nielos aux affaires publiqiies , ont cru « pouvoir delourner la lempele par le raoyeii » des tcmpcraniens ! qui loin de prevoir quune « Nation religieuse , renoramee par son amour '> pourses Rois et par la douceur de ses rateurs, » voudroit rcnverser le Trone et I'Autel, et fou- >' leroit aux picds les dcoiSs les plus sacres : ont y> ele conduits par les circonstances a paroitre 3) ceder pour un temps au torrent , dans I'es- :)3 poir de delourner plus surement ses ravages ! 3) qui engages dans les liens dun penible mi- 3> nistere , Irappes de lerreur a I'aspect des plus » eminens dangers ( et piut au Ciel qu'ils n'eus- ;> sent menace que ma tele ! ) , presses entrc le » double devoir de preserver I'Oint du Seigneur 3) et son Arche sainte , se sont vus entrainer 3) conmie moi a preter leurs noms a des actcs, » qui repugnoient egalement a mes principes et » au caractere dont je suis revetu ! Je vous ai « dej;'i entrelenus de ces sentiniens ; et mes lar- 3> mes avoient devance mes paroles (i). 3) A Dieu ne plaise que je veuille deguiser (i) Tuslruclion pastorale c!e M. rArcIieveque de Bor- deaux, du 10 levnei- 1792. C 1^4 ) » on palllor mes erreurs ou iiies fautcs ! que 3) sont les illusions de raniour-proprc dcvanl les ); grandes pcnsees doiit je svils pciielre '. Si vous 3) avez rendu justice a mcs inlcntions, vous avez 3> du geniir de iie pas voir eclaler mon indigna- 3> lion, et se deployer mon zele contre les en- 3) treprises qui nienacoieut la lleliiji;ion et la jNIo- 3) narcliic Peul-etre en csl-il parnii vous qui 3) en out rccu dti scandale. All ! qu'ils appren- 3? nent par mon exeniple a ne point placer trop 3) de coiiliance dans les conseils de la prudence 3) huniaine; a s'afTennir de plus en plus dans 3) la crainie du Seigneur , et dans leur fidelile 3) a marcher dans ses voies , ou nous ne pou- 33 yens nous egarer. 3) Et si parmi nos frores qui se sont voues a 3> Tcrrcur , il en est qui , seduils par dcs appa- 33 renccs trompeuses, out pu trouver dans ma 3) conduite , dcs prelextes pour colorer leur re- 3) bcllion: qui nauroient pas 6le clcaabuses par 3) ma fidclilo a la tradition apostolique , par mou 33 adhesion anx principcs des Evccpies fraucais , » par ma soumission filiale au Souverain Pon- 3) life, par mon enseignemcnt constant, par la 3) preference que J"ai donnee sans balancer uu 3) moment , anx privations et a IVxil , plutot que 3> do trahir la foi de mon Eglisc et la miennc ; 3> cfue du moius cetfe manifestation de mes sen - 3) timens et de ma douleur dessillc leurs yeux, 3i avant que lEglise ait prononcc ses derniers t) anathc-nies ! Puisse - je les convaincre que 5) rhouimc ne se degrade point en convenanl ^3 avec candour et simplicity de ses torts; que ji le Chretien remplit le plus saint de ses de- 3> voirs en s'humiliant , en (klifiant I'Eglisc par » sa soumission ct par ses larmes ; eii fciisant ( i85 ) 3) ccla(er , avec ses regrets , sa conjiance dans 3) le Dieu de bonte et de misericorde » (i). Je ii'ai pas cru pouvoir mieux faire , pour louer diguement M. de Cice, que d'emprunter ses proprcs paroles. C'est dans ies effusions du coeur que Ton reconnoit Thomme ; et c'est dans Ja douleur qu'il s'epanche avec plus d'abon- dancc. Vivement affecte d'une erreur passagere, ( et quel est rhomme qui n'en a pas a se reprocher ! ) , avec quelle noble et touchanfe simplicilc notre digne Prelat en convient! comme ilest grand lorsqu'il s abaissc ! quelle franchise, quelle sinccrite dans son rcpenlir et dans ses larmes ! el conibien ces larraes et ce repentir le relevent dans noire esprit ! Ah , il n'est pas doune a tout lo nionde , apres s'etre detourne de la droite voie, d'y revenir de cette inaniere ! 11 n'est pas donne aussi a tout le raonde de se trouver dans des circonstances assez favorables , pour pouvoir rcparer dignement ses flmtes par des actions eclalantes, et par unc conduite ver- lueuse ! Monseigncur I'Archeveque de Bordeaux fut assez heureux pour pouvoir se raontrer dans un de ces momens difficiles , oil le merite seul peut se distinguer et briller. Apres dix ans d'exil et de malheurs, il en trouve I'occasion. Llio- rison de la France s'eclaircit ; Ies nuages se dispersent; Ies tcmpeles s'apaisent ; la foudre, que le crime sembloit avoir un moment d(?robee au ciel , ne gronde plus que dans le lointain , et ue paroit plus menaccr que le mechant ; la (i) tellre pastorale de M. TArchevcque de Bordeaux, Eus Fideles de son Diocese , ^ aout 17^2 , pag. 8. ( i86 ) ▼erfa respire ; TEglise de France renait de ses glorienses mines. — Pliisleurs siigcs Eve([ae.s , Voiilant seconder les viies du Souverain Pon-ife, s'empressent de se reuulr anx dilVercns frou- peaux qai sont assigncs a lears soins. M. de Cice vie at a Aix. — Ici, Messieurs, lOratear doit se taire; et poar loner ce digne et vertiieux Prelat, laisser parler des bouclics plus eloqucnk-s. U iJoit faire place a ceux qui , dans ce vaste Dio- cese , ont elo les compagnons de ses Iravaux , les spectaleais de ses verlus, et les objets de ses fcieu fails. Celui - ci vient et s'ecrie : « Blanclii dans les » fati':rues du saint Minislcre, incapable de tra- » vailler desorinais a la vigne du Seigneur , il 3) in'a a.ssur6 des seconrs honorables, et je puis 3) maiulcnanl couler nies vieux jours en paix. » CeUii-la s'avance et vous dit : « Egare par nies 8-> passions et inon orgucil, j "avois quilie le ber- » call du ]'»oa Pasleur ; son indulgence, ses » avis , sa ferniefc mcme m'ont remis en paix 9) avec Dieu et ma conscience, et je puis clian- 3) fcr encore les louanges du Tres - Ilaut dans 3) son saint Tabernacle. II nous a servi de pere D) a tons, -•') vous dit c.^t autre: « il a partage 2) nos pcines , nos sollicliudes , nos travaux. 5) Voyez les beureux eiTets de sa pr^voyance i) eclairee et de son infatigable aclivile, » s"6- crie encore celui-Ia avec une noble assurance: » les Temples da Seigneur avoient prcsque tous S5 disparu sur la surface de ce Diocese ; les 5) chants des Pretres sainis ne se Rn'soient pres- 3» que ]:)lus enlcndrc; la foi seleignoit dans tous » les coeurs:et Tivraie rempla^oit le bon grain 3) qn'ellc alloit etouffer pour toujonrs. il a paru: » les Teinplcs se sont relcves , les bymues saluts ^ ( i87 ) 5) cmt recommence , le flarabe.-iu cle la Foi s'est J) raliume par-tout ; 1 ivraie a cle arrachee , et )) ]e .boil grain a fruclifie. A sa voix les ofl'raii- 3) dcs des Fidcles sout venues enrichir I'autcl du » Dicu vivant: Tencens a fame dans le sanc- j» liiaire ; les peuplcs y soul accoaras de tous 3) cotes , et out beni leur digne Pasteur. » C'est ail milieu de ces concerts de louanges et d'actions de graces , que la mort est venue frapper sa victime. Ce coup fatal nous a tous consfernes; raais, que dis je ! il est mort de la mort du juste et da fort ; et nous lui dcvons un nouveau tribut d'eloges pour le courage qu'il a rnonfre dans ce moment supreme. N'aurions- iious done loue dans lui que les talens de I'es- prif ? et les qualiles do Tame n'ont-eilcs pas de& droits a nos bommages ? La Bruyere a dh : ce sont les fails quil orient. Si j'osois ajonler cjuelque chose a I'idee de ce sage et profond penseur, je dirois : les larmes qu'on rcpand sur la tombc de rhonniie de bien sont un eloge encore plus eloquent. IMonseigneur rArclievequc d'Aix a recu ce funebre et touchant temoignage de I'alTecfion qu'on lui portoit. Vous en avez ete lemoins , Messieurs ; vous avez va cetSe foule de pcuple qui s'empressoit a ses ob- seques , et qui regreltoit en lui un vertuenx et bicnfaisant Pasteur. Vous avez vu ce Clerg6 , doni il otoit le modele et le pore , prosterne aux pieds des Autcls, et demandant au Souve- rain Arbitre de la vie et de la mort , Tillustre Prelat quelle alloit lui enlever*. vous avez vu la douleur resignee , mais non moins sentie , de ces venei-ablcs Depositaires de la Loi , au mo- ment oil cette lumiere de I'Eglise, qui leur avoit si souvent servi de guide , alia s'eteindre dans le tombeau. ( i88 ) Jc ne vous parlc pas des douloureux regrefs «e ses amis , de sos parens : Ce sont les Iribuls foiichans , mais ordinaircs , que lout uiortel re- cucille a scs deriiiers mouiens ; mais ce qui u'appartient qu'a riiorume d'un rare luorife , ses eunemis meiues ( ct quel est Ihouune public qui n'en a pas eu ? ) , ses ennemis menics out ete forces de lui accorder leur eslinie , Icur res- pect et des louaugps , comme Citoyeuj comme Administrafeur et comme Eveque. A cet accord unauime d'eloges , pourroit-on s'cmpecher de recouuoifre uu luerite eminent? La piete la plus eclairee et la plus solide presi- doit a toules ses pensees. Notre auguste Reli- gion , consolatrice des humaius , avoit , particu- liercment sur la fin de sa carriere , louche plus que jamais son caair ; avec quelle sensibilite , avec quelle onction il en parloit ! avec quelle fervcnr il en accomplissoit les devoirs ! Minis- frcs du Seigneur , vous qui renlouriez alors , vous I'avez vu , vous I'avez entendu ; et vous fivez admire cetic fermete d'ame , ce courage lieroi'que et cliretien , qui, lorsquc tout s'eva- jiouissoit a ses yeux , lui dictoient ces discours sublimes que la Religion seule pent inspirer. Vous nous I'avcz raconte souvent : dans son long et douloureux martyre ( car c^est ainsi que I'on pout appeler sa dernierc maladie ) , il a juontre toules les vertus cliretiennes , unies a la plus iouclianle sensibilite envers ses amis. Aff'aisse f ous le poids du mal , aprcs avoir accompli les (lerniers devoirs du Chretien mourant , il fait un effort sur lui-mcine, il prend son elolc , Tole de son cot , ct s'adressant au Ministre qui lui avoit apport6 le Pain de Vic , et ([u^il hoiio- loit d'uQC auiitie parliculiere , il lui dit: t/c dois ( I09 ) me detacher de tout , mon ami ; prenez ceci ; et lorsqne vans exercerez les fonetions sacrces^ que cet ornement que j'ai porte ^ vous Jhsse quelquefois ressouvenir de moi! Cette ceremonie des approches dii trepas ; ce spectacle religieux et imposant •, ces flam- beaux , ces Pretres venerables plonges dans !a douleur ct Ic recueiliemciu ; re conge solennel que le inourant prenoit du nionde; le discours toucbant ({ue sa piete lui dictoit el dans Icquel il demandoit pardon a Dieu et anx bommes de ses fautes ; tout cela avolt deja porle dans Tame des assisfans , un attendrissement religieux ; inais ce dernier elan de sensibilile y vint inettre le conible. Toute TAssemblce, et le Ministre lui- menie a qui ce present niodcsle et sans eclat etoit adresse, fondircnl en larnies. O vous , digne sujct de nos trisles regrets ! vous qui lutes femoin de la douleur cjue votrc pcrle procbaine , helas , et Irop assuree , excitoit dans nos anics, et qui y futcs si sensible ! Soyez encore leiuoin , s^il est possible , de la perseve- rance de ces inemes regrets , ct des bonncurs paisiblcs , mais sinceres , que nous nous ellbr- cons de rcndre a voire menioire. lleureux , si j'ai pu , en me conformant aux voeux de celte savanle Reunion , au milieu de laquelle vous vous plaisiez a sieger , jnstiiier en quelque sorle son cboix , et ne pas defigurer vos trails que j'etois cbarge de lui retracer ! Heureux encore, si votre ame auguste veut bien sourire a mes cllbrls ; et si du sejour oil vos travaux et vos verlus \"ous ont sans doute place, vous daigncz jeler un regard salisfait sur le simple et funebre bommage , que nicni ccrur vous rend aujour- dimi. ( 190 ) INSTRUCTION SUR la CiiUurs du Mais quaranthi , ou Mais lies poukts. Par M. Augier 5 Garde - general des Forcts a Allciii. iVL* Quenln, Mcmbre de la Sociele academique d'Aix , me fit connoiire , il y a cpielques annees, le Mais quarantain, et m'ea doiiua un epi. Je le scirai ; il en prodnisit plus de trenle, Je m'empresse de comniuniquer a la Sociele Ics de- tails de men experience sur eel objct , et de metlre , en etat de la rep^ler , ceux de ses Membres qui peuvent le desirer , au moyen de quelqucs epis provenant de ma recolte , que je joins a ce petit Memoire, On seme ce Mais deux fois par an. On en fait en consequence deux recolles , pour une du. Mais ordinaire, dont il n est qu'une variele beau- coup plus petite. II epuiscbeaucoup moins le ter- rain oil il croit, porte bcaucoup plus d'epis que I'autre , et supplee par le nombre a la grosseur; et comme une raeme etendue de terrain nourrit trois fois plus de pieds de celle variete que du. Mais ordinaire , ou y recolle au moins autunt de niesure de Tun que de faulre. On peut employer le Mais quarantin , a tous les usages auxquels on emploit le Mais ordi- naire; laudis que celui-ci n'cst guercs propre au ^ '91 ) principal usage du Mais quaraiilin , qui serf a iiourrir et clever avec facilile les jeiuies poulels; ce qui Ini a fait donner , dans les eanlons oil il esl conuu , Ic nom dc Mais des poulejs. A celte propricle assez iaiporfauie , il taut ajouter Tavanlage de pouvoir suppleer , pur la secoude recolle , au defaul: de la premiere, que Tinleuiperie des saisons, lu voracile des iusecies, ou d'aulres causes aceidenlelles pourroienl avoir fait niancjuer; iaconveuiens auxquels le Mais or- dinaii-e est d'aulaut plus expose, qn'il reste sept mois en vegetalion , au lieu c[u il lie faut [out au plus que trois mois' a celui que je presenter pour parvenir a sa parf'aitc maturite. Ce ne fut que le 16 du mois d'aout . que je semai environ Ireiiie grains de pciil Mais , sur un terrain qui n'avoit pas e[6 prepare davance. Mes grains leverent , et bie)il6t mes planies me doimerent Tesperauce d'une recolte abondante; mais les gelees blanches de Tautomne reiarde- reut la formation des epis et leur maturile. Des insecles, qui ne trouvoient plus gueres de nour- riture ailleurs , vinrent devorer le Mais encore tendre ; et pour ne pas le voir eutierement de- truit par cetle cause, et par les gel6es uu peu plus fortes de la roi-novembre , je fis ma re- colte au commencement de ce mois. 8i jeusse seme en juillet , jaurois eu une recolte beau- coup plus 'abondante , parce qu'elle aurcit ele plus precoce. Voici la metliodc que j'ai suivie dcpuis. j'ai fait culliver a la beche , en fevrier, Ic terrain destine a porter du Mais quarantin, et j'y ai fait reconvrir de imit pouces de terre une couche de fumier de liticre d'cnviron huit ligncs cl'epaissenr : vers le i5 nvrll , j'ai fait piisser u la pioclie idou lerraln , ct aussilot aprt-s ce second labour , j"y ai seme le Mais. J'ai fait ouviir de trois en Irois pieds , des rayons do la largeur de la pioche , et de trois pouces dc profondeur, aprcs avoir mis les graines par pai- res au bord du rayon du cole du niidi , a la distance cFun pied de Tune a fautre : on jeltc la la lerrc sur le bord opposd , de mauiere que le grain qu^on a seme ue soit reconvert que d'en- viron 6 a 8 lignes. .Des que la plante est parvenue a trois pouces de hauteur , on la cultive pour que la terre en se dessechant ne la serre pas trop , et pour la debarrasser de toules les herbes qui lepuise- roient. Au bout d'un mols on lui donne un labour un pcu plus considerable, ct metlant contre Ic pied la terre qui est a cote, on ouvre de nou- \eaux rayons qui servent a farroser quand elle en a bcsoin. Des que le terrain s'est reconvert d'herbes , on donne un autre labour, mais peu profond ; et apres ce troisieme labour on se cou- tente d'arroser de temps en temps. La premiere recolte de Mais se fait vers la fin dc juin. Aussitot les planfes arrachees , on cultive de nouveau le terrain a la beclie ("c'est I'insfrument nomrae lichet dans lout farrondis- sement) , en y raclfant la meme cjuantite d'engrais. II faut observer que le fumier ne seroit pas necessaire si le terrain n'avoit pas etc en chaume, ou si on I'avoit fume I'annee precedenle. Vers le i5juillet, je seme mes grains recolles depuis buit a dix jours , sur la terre bien frai- chc. Si elle etoit seche , jo rctardcrois nion semis ou . . ( 193 ) ou Je Tarroserois iiiimedialement aprcs ravoir fait ; et je continuerois tous les jours , jusqa'a ce que le grain eut leve ; et des que la terre seroit un pea dessechee je sarclcrois mora jMais , aKn que la Icrre nc serial pas trop la jcune planle. Ce serrenient de la terre porte un grand pre- judice a presque toutes les plantes potageres , sur-tout aux aubergines, qu'ii faut garanlir au- tant de cet inconvenient que de la taupe-grillon, Je donne les meines labours que la premiere fois, et je multiplie un pcu plus les arrosemens. Je crois inutile de dire que le Mais croit aussi sans etre arrose; mais alors il faut semer au commencement davril la premiere fois , et altendre la premiere pluie de la fni de juin, ou du commencement de juillet , pour faire le se- cond semis ; a moins que le terrain ne fut bien frais et peu compacte. Je dois observer qu'il laut donner des Jabours plus profonds et funier en hiver , quand ou veut cnsemencer des terrains qui ne s'arrosent pas. Ces labours peuvent eire moins profonds que pour la culture des ci- trouillcs et des melons. La seconde recolte se fait au commencement doctobre. J'oubliois de dire qu^il faut detacher des tiges les epis dont les enveloppes ccnuTicn- cent a se dessecher, et laisser les autres njurir succcssivement. On les enleve facilement a la plante sans la briser. Apres avoir un peu laisse seclier ces epis , on reti-ousse les enveloppes , ou les none , on les met en paquefs , et on les sus- pend dans un endroit aer^ et hors de la portee des souris , qui sont tres-friandes de ce grain, sur-tout avant qu'il soit bieu sec. N ( 194 ) M £ M O I K E Sv'R quelques Ddcouvertes d'Antiquiies fai'tcs ai/pres d'Aix en iSij , hi a la Societe Aca- demique d'Aix , daus sa Seance puhlique dii ji mai iBzj. Pa\r M. de Saint-Vincens, Mcmbre de cede Societe , et de TAcadeniie lloyale des Ins- j criptions et Belles-LeUrcs. lES quatre premiers mols de ceUe annce ont fourni aux Amateurs do i'Antiquile , quel- ques sujefs de recherche et dinsfruclion, Des fosses pralujuees au mois de fevrier , par ordre de la Malrie , dans le terrain qui s'elend depuis le cimeticre de la Magdeleinc , jusqu au petit chemia du Tholonet , ont laisse a d^cou- vert quelques niorceaux curieux ; et d'^ibord , deux chapiteaux de inarbro , d'ordre corin- thlen , sculples en feuilles d'acanlhe , du dia- nielre do trois pieds et denii. Secondemeiit , iin iVit de coloune de granit, baut d environ qualre pieds, niais d\in diametre trop petit pour avoir apparlenu a Tun des chapi- teaux. Troisiemoraent , sur u)i terrain plus has, des morccaux dc polerie auti({ue , de diverses cou- Icurs , cjui ont paru elre les debris de quelques urnesfuneraircs; une lampe sepulcrale antique, d'uDe forme oommuuc, sur kquelle est repre- ( 195 ) senle cu relief un sanglier ; et des ccnclres nolres confirmeiit cette derniere destination. A cute da la lampc qui est entiere , cloil uu petit vase de terre caile,d'uue assez jolie forme, et ronipq. au milieu. 11 a pu scrvir aux libations , ou de vase lacrymaloire. Ne soyons pas etonnes que des debris de nionunieiis funeraires aieiit 6[6 trouves dans c& lieu. Des les premiers temps de la domination romalne, tout I'espacc qui s'elend depuis le jeu de iiiail acluel , jusqua I'aucien couvent de Saint-Pierre, a ele couvert de sepultures. Les ancieus enterroient toujours les morls hors des villes : et la colouie d'Aix avoit cte fondee a pres d'un mille de la. Des inscriptions sepuicrales ont ete Irouvecs en grand nombre dans cet espaee. Elles ornent les cabinets des curieux. Le Pere Moulin , Cor^ delier , dontj'ai le manuscrit , en avoit recueilli pres de treute ; il en existe trois qui ne sonj pas dans ce recueil , et qui sont inedites. J& CjL'ois pouvoir les faire connoitre. ' La premiere , quoiqu'elle fasse parlie du mnr qui enfoure le jeu de mail , n'avoit point ele lue; il est vrai qu'elle est a moitie cntcrree et placee de cote. J'ai fait enlevcr la icrre qui couvroil les lettres. II y est fait mention de deujf personues qui avoient ajoulc a leur nom propre, et d'origiue barbare, des noms roraains: ils ap- parleuoieut aux families Cornelia et Vibia. Lij forme des lettres est du troisieme siecle de iiotr§ ere. SEX- COR-SEX L IIFLARUS CORNELIA S PV F MATER >>. ( 19^) VIBIO EXCIG CO ARICIS X Void la manlere dont elle doit etrc lue : SEXkis coRnellus , SEXtus Liberhis hjlarfs , CORNELIA sexfa pv'blia Filia mater vibio ex- ClGiio cornelio ARIGISIO FEceruiif.. On voit ici Ics noms barbares d'Arigisius ct d'Exciguus, joints a ceux de Vibius et de Cor- nelius. La deiixienie inscriplion est dans le vestibule de ma maison ; clle ftit Irouvee en 1796 , sur le petit cheniin da Tliolonet. Elle rappele le bienfait dun particulier qui fit placer une lior- loge dans un Edifice public , dont il fit incrusfer les raurailles et paver le vestibule. I-o noin du bieufaileur a disparu. Voici ce qui reste : MVROS INCRUSTAVIT HORLOGIO ORNAVIT. IN ADITV PAVIMENTVM FECIT. Les Remains riches, au lieu de tapisser Tiu- ierieur de leurs raaisons , les faisoient peijidre a fresque , on y iacrustoit dcs morceaux de niarbre et de verre de diverses couleurs. La troisieme inscription est plus interessante encore ; elle porte que « Dieu ayant recu I'ame 3> de Quintus Attilius Secundus, fils de Marcus, 3) elle s'est euYol<^e vers les aslrcs, le i5.^ des ( 197 ) » kaleudes d'aout u , sous le consulat de Se- verus. Le consulat de P. Severus, est de I'au- nee 470 de J6.sus-Christ. Q. ATTILIO SKCVNDO M. F. CVIVS ANIMA DEO le resle de la ligne manqae, sans doiite juhente oa volente. MIGRA7IT AD ASTRA D. XV K. AVG. SEVERO V. C. CONSVLE. Cclte (5pi[aplie ful decouverte pres du clme- tlere de la Magdeleine. Les mots Deo .... zwz- gravit ad astra , firent croire d'abord qu'ella appartenolt a un Chretien. Cependaut on n'y voyoit ni le innnogramme du Christ , ni aucun autre signe du Chrisfianisme. Elle nous a paru bien plafot applicable au sysleme des Neoplatoniciens ou des Pythagoricicns, qui , voulant modifier les absurdites du paganisme, ne parloient dans les raonumens publics , que d'un seul DIeu, et pr^-- iendoient qu'apres la mort, les araes pures etoient placees par la main de Dieu , parmi les aslres. Ce systeme est bien indique dans I'epitaphe grec- que d'un Jeune navigateur , qui est dans ma malson , derriere la porte d'enlree. II est deve- loppe , dans les savantes explications qu'a taites de ce ]iionument M. Chardon de la Rochelte. 3> Les ames , apres la mort , est-il dit dans mon 3) inscription , sont divisees en deux classes , }i dont Tune retourne ct erre sur la teire, iandis i5 que Tan f re va former des danses avec les 55 corps celestes. C est de cette derniere milice J3 que je fais partie , ayant eu le bonheur de ( 198) , ii tne ranger sous les banuieres de Dieu, » Ces rriots jw'grapit ad astra , ont cte dans la suite feniploj-es dans le sens figure, pour dire qu'une ame etoit luonlee au Ciel. Ces expressions furent prises dans uu sens propre et lilteral , par les Pylbagoriclens. Je puis oiler, en faveur de mon iuferprela- tlon , un sceoiid exemple : vers 1770, M. TAbbc ■pepericr , Cbauoinc d'Aix , eonnu par son sa- isroir en Lillerature grecqne et laline , nous fit connoitie une inscription qu"il avoit tronv(?c dans son pricurc du Pin, a mi-cbemin d'AIx a Mar- seille ; cjle y exisic encore et est incrnslcc dans le mur : ie nom propre de la fenime a qui elle apparlenolt, nianquoit absolument; il y etoit dit que , par Fordre de Dieu , Tame pieusc dc ccllc feninie s'eloit envolce vers les astres. Cu'y-isjna^ juheiite Deo , anima viigravit ad astra, Ellc fut appliquce, par TAbbe Depericr, a une femmo paienue ; et M. TAbbe Barlbeleiny, que con- sullerent FAbbe Deperier et mon pcrc, confirma Cetle infcrprelaiion. Je rejuarque , en passant, que le nom du quartier oii f'ut Irouve ce nionumenl , est dans les vieux litres yllpmwv ^ mot derive du Cello, fet qui signifie monticule, d'oii Ic nom moderne du Pin a die tire. II iiy a jamais eu dans ce licu-la de bois de pin. J'ai dit que la date du consulat de Severus, est I'annee 470; elle n'a rien de contraire a nos Conjectures sur la religion que professoit Allilius. II existoit alors des paiens en Provence et dans le reste des Gaules. On sait co'mbien d'efTorts le Pape St. Gie- goirc fit en 598, pour que la Reine Brunehaut fetnpuchiit ses sujels dadorer des arbrcs , de C 199 ) faire dcs sacrifices aux idolcs ; el 1 on connoit le zele de Serenas , Eveqac de Marseille , ea 600, qui alia jnsqu'a faire enlever de foufes les JEgliscs, les siataes, memo cclles des Saints , de peur ([ue les Marselllais no leur rendissent un culfe idolalre, li'in.scriplion du Pin, portolt la dale du con- sular de Messala , qni cut lieu en 5o6 , epoqne plus recente encore que celle da consulat de Severus. J'al peu a dire sur les chapllaux et sur les colonncs qui ont etc trouvees nouvelleraent. Je puis assurer que dapres nos plus anciens documens , il n'a existe dans ce lieu aucun mo- nument, aucun edifice consideraiile , auxquels les deux chapileaux puissent se rapporter. 11 est vrai que le Roi Robert fonfla , en 1312, nn couvent de CUiir'slcs, dans le quarlier nonime autrefois le Galet cantant ( le petit Coq qni cbanie ); et ce quarlier comprenoll ce qui est aujouixi"hui la parlie inferieure du cours Saint- Louis , le jeu de mail et le re- te du monticule de la Platefonnc. Mais ce nionastere etoil un edifice bleu peu considei'able, el les Rcligieuses le quilterent en 1341 , a. cause des troupes d^- bandees qui pilloient le lerroir d'Aix; elles alle- rent occuper la maison que la destruction des Templlers laissoit vacanle. Ces chapiteaux sont blen plus anciens que le qualorzieme siecle. lis sont vraiment antiques, lis ont du avoir ete apportes d'un autre Ilea pour servir d'appui ou de piedeslal a des sta- tues ou a des vases , ainsi que nous en avons Vu d'autres employes au memo usage. 11 est possible que dans un moraenl de des- truction ou de pillage , ces chapiteaux et Ic ( 200 ) niorceciii do colonne aicut die je,les dans im fosse oil se liouvoient dcja des debris dc sculp- tures. • Feu de semaines apres ces premieres decou- Vertes , ct iion loin de la , ont ele trouvees di- Tcrscs mddailles , et une pciife bague , qui sent du seizieme siecle. Le scul cbjet qui nicrile qucl- que allenlion , est une medallle {'rappee dans le temps dc !a T.ig'se: elle est de cuivre , eta la forine d'un large jelon tres-J7iince. I.a parlie antericnre prdsente la figure de Mars , en pied , arme d'une lance et dun sabre: il va Prapper de son sabre un monsire qui est es memes sentimeus existoieiit aussi parmi tes families , et ils etoicnt fondes sur des motifs bien puissans de haine ou d'einic. Dcpuis long- temps, environ cinquanfe d/entr'elles eloient en possession des premieres dignites et des fonc- iions iinporfantes dii Gouvcrncment •, leurs ri- clieSses avoient fonde ce privilege au detriment des aulres families nobles ; on donnoit memo a ces dernieres la denomination humiliante de Barnohotes , derivee du nora du quartier de Saint- B arnabe ^ qu'babitoit le peuple pauvre et re vivant que du salaire de son travail. Les families Barnabotes efoient en elfet salariees par k Gouvernenient, qui, cbacjue annce, employoit des fonds pour cet objet ,' mais en remediant a 1^'uforlune, il ne gu6rissoit pas de Tcnvie. Ce sonliment , dont le caraclere particulier est cVexister et de se propager en secret ,' trouvoit ainsi des causes dans (outes les parties da Gou- vernement Venitien. Une Ires-longue babitude, en cmpecboit la manifesfalion ; mais a la pre- iiiiere circonstance extraordinaire , il produisit iiaturellement une divergence d'opinions , et , ce qui est pixe , Une inertie absolue dans I'esprit public. J,es Venitiens n'^toient pas exempts aussi dc Ces impressions , qui ont el6 communi^s a pres- que tous les Gouvernemeus dc la fin du dix- Imitieme siecle : la lassitude de ce qui existoit , fct ee desir de cbaugement que produit la longue durce des institutions politic[ues. On en recon- ilott parliculierement les symptomcs dans la foi- hlcsse od tombent ces iiistilulions , ct dans le C 2i5 ) deFaut .cVharmonie que Ton apercoit aussil6t entre les divers elemens qui les composenh Ea elFet, a Venise, celte rcdoulable Inquisi- tion d'Elat , qui , scniblable a la Providence , voyoit tout, sans etre apercue , et frappoit sans laisser devincr la ^iiain qui conduisoit les coups, avoit perdu presque toulc sa puissance. Elle avoit cesse d'agir sons le voile impenetrable da inysterc. On avoit ahvs calcule sa force par Tapercu de ses ni03rens-, ct ellc-meuie ainsi de- voilee\ etoit devenlie tiniide et presque hpnteuse. C'etoit, pour ainsi dire, la pudeur d'une vieille femmc. Ce puissant ressort n'agissoit plus avec suite et s3-slenie ; le seul souvenir de ce qu'il avoit etc en imposoit encore , ct il etoit bien loin de salKre pour la crise qui se prcsentoit. Enfin , le luxe , ce ver rongeur des Gouver- ncmens , et dont Teclat Irompcur pent se com- parer a la luniiere epbemere que pendant la nuit font briller certains insectes ; le luxe , disons- nous , dcsscclioit aussi cliaque jour les autres branches de radminisfralion , ct devoit mcme, a Venise, plus que partout aiilears , atleindre les principes essenlicls du Gouvernement. Le derangement des fortunes , qu'entrainent toujours les depenses imraoderees , donnoit une grande influence aux gens de (inauce , aux agioteurs , parce que les parSiculiers qui avoient recours a eux etoient tons membres de I'adniinistration : et Ton devient faeilenient complaisant pour celui qui est notre creancicr. Ainsi a Venise , les adaires d'Etat dependoient souvent des alikires d'interet personnel. La dissolution etoit done complete , et lors- qu'il snrvint une secousse , on vit se realiser ca politique ce que ron raconte des cadavres troaves a Herculanuni , qui subsisfoient enlicrs dans les decombres soulerraiiis , ct qui se per- dirent en poussieie a Ja premiere impression de Tair cxicrieur. Par le trail6 dc Campo-Formio , les Elafs Veniliens formerent Tobjet d'une com-^jensation ; mais ce qui est a remarquer, c'est que ce chan- gement salisfit divers intercts; les Eutls de Terre- Ferme (jui passerent sons la domination de rAiilriche n^cnrent rien a rei>;reltcr : on n'en- levoit aux habilans aucun pouvoir , et loule jalousie s'eleignit sous Tobeissance d'un seul mai- tre. Les provinces de Bergame et de Brescia (}u'on incorpora aux Etgts Milannis , I'urcnt ren- dues a leur veritable mciropole. Ces pays entrc- tenoient deja avcc Milan des relations iiabituelles de commerce; cette reunion ne I'ut done fatale qu^'a la scule ville de Venise ; outre son antique puissance qu'ellc vit s'ecrouler , elle eprouva de grands changcmcns dans scs mceurs. Ce Gouvcrncnient, qui, mettoit sa {"orcc dans le myslere , avoit accouluine les Venitiens a faire de la rnit le jour. Cetoit dans les tencbres qu'il aimoit a deployer son activite , et a exerccr cette pcrpetuelle vigilance dont Tceil d'Argns se- roit une foible image ; c'^toit dans les tenebres aussi , qu^il donnoit le signal de la joie ; et tandis que tons les Giloyens se livroienl a une liberie d'amuscmens qui tenoit presque de la licence , son genie infatigable , cache sous Taile du plaisir > sondoit tons les cccurs et suivoit lontes les demarches. I.es ombres de la nuit, eu eloignant des promenades publiques , obligeoient cliacnn a sc rendre dans Ics cafes ; ces lieux publics eloient comme les portiques d'Athenes. Tout le monde sy reunissoit , parce que per- , ( 217 ) Sonne ne teiioit d'assemblee pardculiere, soit a cause que nulle siiprenialie no donnoit un titre pour recovoir, soit dans la crainle do fixer Tat- teiifion de I'luquisiilou d'Efat, A portec de ces cafes, les principales families avoient dcs casins ou peHts logeincns , elegamment meubles , ou elles venoient se reunir en societe plus inlime , pour se reposer du tumulle des cafes, avant de retourner dans leurs imraenses etsompfueax pa- lais. Ces casins cloient ainsi, tant6t des cabinets de discussions litleraires , et tantol des boudoirs de galauteric. La classe norabreuse dcs gondoliers se trou- voitinitiee aux secrels des intrigues anioureuses, et meme a celui des affaires d'Etat, par I'usage ou plutot la necessity d'aller toujours en gondole. lis s'attribuoient vrainient une existence politi- que , et les chansons que leur espi'it toujours vifet joyeux se plaisoit a composer en voguant sur les eaux , preconisoient avec emphase quelque decision du Senat, ou racontoient avec une sorte de myslere , quelque aventure galante. I,es Negocians et les Jurisconsulles ne ces- sojent d'etre occupes , parce que Venise etoit Ic centre commun des affaires. Le Gouverne- inent se trouvoit done entoure, comme par un faisceau , de tons Ics interets particuliers; ils re- cevoient de lui leur existence , et servoient a sou- tenir la sienne. Sa chule a dte celle de tous ces avantages individuels ; elle a rompu tons ces liens ; et Venise , la superbe Venise , devenue sujette , connut pour la premiere fois , son iso- lemenf: et sa solitude au milieu des eaux. Elle dutmeme craiudre de redevenir ce qu'elle avoit commence, d'etre , un reduit de pecheurs , et de voir ses magnifiques monuraens se changer (2l8) en jour en halles pour le niarclie da poisson. Lcs evenemens snccessifs out adoiici ccHe perspective , et si Venise iva pas reconvre sa puissance , elle pent reprcndre sa splendcur, Mais une observation generale se presente a Videc : c'esl a la condnile du Gouvernenient Ve- uiticu, a repoque dont nous venous dc parler , que Ton pent rattacher les principanx resultafs de la revolution de France; le cours qu'elle a eu s'explique alors avec plus de certitude. En efTet , si Venise cut pris part a la pre- miere coalition, elle pouvoit facilenient fournir cinquante mille hommes de troupes , beaucoup d'argent et du credit. Elle auroit aussi decide a la guerre , les autres Puissiances de I'ltalie, qui s'appuyerent de son exciuple pour rester neutres. Une pareille reunion auroit oppose aux armes francaises une resistance pent-etre insur- monlabjc. L'ltalie n'eut point alors ete le tlieatre de la gloire de cet honune , dont la monstrucuse puissance a ramene ensnilc les Franoais aux idees d^m Gouvernement monarchique. On au- roit va la France entrainee dans un autre ordre de choses. C'est cnfin le sort dcs Etats Veni liens, qui consacra Ic pi'incipe des compensations , et donna a la , guerre de la revolution , le premier caractere de droit public et d'interct general. Ainsi , Ton pourroit dire que Venise , telle qu'uu vaisseau au nn'lieu des t^aux , portant les des- iinecs des Nations , a surnage au naufrage , pour servir dc lec^on aux Gouverncniens. 8ou liistoire ne peut done etre que dim inleret ge- neral dans niistoire des Nations civilisecs. (219) QUELQUES REFLEXIONS SuR les Romans , par 1e mime. Extrait dun examen de la Litlcralure moderae. J: ARMi Ics evenemens litl^ralres que le dix- huilieme siecle a laisses a nos observations , il en est un qui ne doit point etre oublie , ct qu on peut aussi considerer sons divers rapports. Les Romans sont fellornent multiplies, et leur lecture est si generalcment repandue qu'ils sont devenns, pour ainsi dire,une institution sociiile, et un but de I'opinion publique. lis ont eu ainsi une influence en morale et en litterature ; et peut-etre cet efFet s'est-il ^tendu jusq^aux dissen- sions politiques ; car les passions dcs liommes ont un lien commun , qui remonte presque tou- I'ours a la mt^me source. J'examinenii dans une autre partle de cet essai, si cetie influence a cic utile ou nuisible. Je bornerai maintenant la discussion a decouvrir la veritable origine des Romans. Cette recherche ne pent etre indiflerentc, cllc appelle ratfcnlion de cette moitie de la societe , qui maitrise si souveut les sentimens de Tautre, et qui dans la lecture enipressee des Romans , en cedant a raltrait des impressions violentes, sait pourtant bien mieux en apprecier et en definir le.me- rite ; parce que le constant attribut de ce sexe aimable est d'inspirer aussi de vifis senlimens. ( 220 ) I/on a deja ecrit sur ce sujet ; le savant Huct a fait un Traitc sur lOrigine des Ro- mans; Gordon de Percel ( M. Leiiglet da Fres- noy) discuta leur ulililc. II crut devoir jnstifier FHistoire contre les Romans ; on Irouve aussi des disserfalions sur le mcnie sujet , dans I'llis- toirc litterairo de la France , dans rEncjclope- die,dans le Cours de Litlerature de Laharpe Jannonce des le commencement: ces divcrses sources de mes rechcrches, et si elles Font con- noitre que deja ce sujet a occupe bien des Lit- leraleurs , j'ai era pourtant pouvoir suivre en- core leurs traces , parce qu'il ma paru presen- ter qnelques nouvcaux apercus. L'on a defini les Romans des Jictions d'es- prit^ et c'est I'idee la plus jusie qubn puisse en avoir, car elle indique en mcme lemps , leur nature ct leur origine ; ils apparliennent ain&i a des sentimens qui paroisscnt attaches a Thu- inan!l(5. En cflct, on retrouvc les narrations fn- buleuses cliez toutes les nations et a toutes les epoqucs. On pourroit presque ponser que la simple verilc ne sauroit convenir aux hommes reuuis en societe , et que la civilisation neces- silc I'invention des faits , comme elle conduit au melange des interels. Ou voit aussi dans tons les temps , les reli- gions envelopper de voiles la croyance de leurs dogmes, les ](5gislateurs ne prescrire des lois que sous diverses fictions; de meme encore , sou- vent les philosoplies , les moralisfes , ont public leurs opinions , ont inspire Famour de la vertu en prescntant des allegories , ou des inventions seduis^ntes; Les conquerans ont soutenu leurs exploits par des prestiges ou par des rccits nieiYcilleux. C'est ainsi que , semblables aux (221) Bleux d'Homere , Ics hommcs destines a dl- jiqcr Ics aiitres , se couvreut sou\ eiit de luia- i^es pour avoir une influence plus sure ; et cest CO qui a fait dire au judicleux Montaigne avec sa naivete ordinaire : « // est souvent be- w soiii qu'on pipe les hunimes pour leiir profit ». Mais relyniologie du mot Roman appartie^{ plus parliculieremenl a la Nation proven<;;ale. l,a langue romance , que les Troubadours ren- dirent si celebre, fut aussi celle dans laqnelle on composa une multitude de conies ou Jabliaux. Cctoit aux neuvieme et dixieriie siccles; les can- tadours , les jongleurs , les m-usars , tons ces clieus des poetes provencaux parcouroient la France en debitant des recits , sur les hauts ftuts d'armes des heros, sur les services rcndus aux E-ois,ou sur des sujels d^amour. Ces recils etoient ecrits en prose ou en vers ; les Troubadours en etoient les principaux auteurs ; ils y de- peignoient , d'apres ce que nous a transrais une ode de Joachim du Bellay, » Quel etoit I'heur ou raalheur 3) D'une cntreprise amoureuse , )) Et la chance malheureuse J) D'un injusle querelleur. :» La , se pent encore voir , » Maint siege , mainte entreprlse ; , » Ou celui qui en devise , 5) Jadis a fait son devoir. L'enthousiasme pour ces historletfcs fut tel, que Ton donna a ces productions le nom de Roman , par honneur pour les Romanciers «t pour leur langue ; souvenir ct hoiuinage qui se soiit transmis de siecle en siecle. ( 222 ) Ce n\'toIt pas toujours des fails vrais que Ion p'reseutoit a I'iiiterct dcs auditcurs ; riniagiiia- tion sc plaisoit souvent a y ajouter du inerveil- ]eux , et nieine a crc'cr des sujets cnliercment d'invcntiou; le poelc J>crlaud qui vivoit sous Henri III, disoit d'une manicre iugenicusc , que lei- PiOmans de son lenips etoient « 3) des ainiables mensonges , q^ui sembloient ctre 3j ecrils du doigl niciue des songes. » Les auleurs etoieut par-la bien plus cerfaius d'allirer raftenliou du public, loujours plus em- presse pour les cboses exlraordinaires, que pour ce qui est simple et uaturel. L'ignorance du dixienie siecle fut pourlant aussi uue cause de la multiplication de ces series douvrages; les nations de TEurope redeyenues a demi barbares meprisoient la langue latine et les autres apanages de Fcrudilion : on ne chercboit point a s'inslruire, et les historiens de celte epoque , plus ambiticux de fairc un ou- vrage que soigneux a le composer , crurent de- dommager leurs lecleurs , du defaut de verite par Tagrement de liuvenlion. L"illusion etoit egalement commode pour ceux-ci, dont Tesprit ne chercboit qu'a s'amuser sans rieu appro- fondir. Cest done une errcur d'atfribuer Torigine des Romans fran^ais a Tiuvasion des Arabes en Espagne , d'oii Tart de ces compositions se se- roit communique au reste de TEurope. Les peuples orienfaux onl eu , il est vrai , plus qu'au- cun autre peuple , le gout des fictions et des narrations fabuleuses ; iis nous avoient devances dans ce genre de productioas , mais ils ne nous Teuseignerent pas. II est meme une distinction assez singuliere a faire ; cest c[ue chez les Ka- • ( 22.3 ) lions orientalcs telles que les Arabcs, et preee- demment les Perses , les lonieiis, et les Grecs, les Tables qui soiit , conime les Romans , da genre des ficllons, furent les ("mils de Terudi- tioji et de la douceur des iria^ur.s. Chez nous, au contraire , ces compositions naquirent de Pigno- rance ct de la grossierete ; tellement il est vrai que des routes dillercnles conduiscnt souvent fes hommes au raerae but. Mais cependant, plus les siecles out ele eclalres, polls , civilLses , plus ils out abonde en Romans ; on en a la preuve en Europe, puisqu'ony a va ces productions semubipliereu raison, pour ainsi dire, de la civilisation. liCs Romans ont toujours pris anssi le carac- lere des temps, ils presenlerent des i'aiis niili- taires et des exploits glorieux , loi'sque le genie des peuples etoit conquerant ou chevaleresque; ils avoient peint des passions impetueuses, iors- que les hommes ne porloient dans leurs senti- mens que i'ardeur des sens; inais lorsque I'a- mour connut la delicatesse et la confiance , les Romans devinrent tendres et langoureux ; nous les avons vus eufin , de nos jours , aux epoques de nos malheurs revolutionnaires , avoir les fu- nesies empreintes de la tcrreur et de la demo- ralisation, L'observaleur soigneux trouvera pourtant ea general, une grande demarcation entre les Ro- mans des peuples anciens et ceux des peuples inodernes. La ligne en paroit tracee aux limites qui separent 1 epoque des mceurs ausleres , de I'epoque de la galanterie ; les premiers Grecs furent trop barbares pour elre galans ct nieme anioureux ; ils enievoient des fennnes comme ics cors aires enlevent des richesses , pour en jouir, Briseis d etoit que Tcsclave d'AcIiille , Achille ( 224 ) n'etoit que son maitre ; il plcure inoius de ce cu^elle lui est ravie , que de ce qu'on a ose la lui ravir; les amaiis dc Pcuclope ne sont qvie de vils parasites , plus occapcs de vivre aux depens dUlysse, que du d6sir de le remplncf,r. En sc civilisant davautago , les Grecs ne de- viurent pas plus galans. On sait les precautions que prit Lycurgue pour engager lesl.acedenio- iiiens a bien trailer Icurs I'emnies ; et si clles eurcnt ensuite dc Tascendant sur leurs maris , elles le diireut a Icur adresse , bien plus qu'aii cbangemeut des nioeurs de la nation. Cetle sou- plessc de caractere qui semble avoir toujours et6 le partage de leur sexe, leur donuoit bien de Tavanlage sur des bomnies , t[ui ne savoient que se baltre , ou cultiver la terre. Tout peuple acrresle et belliqueux est facile a gouverner : cest le coursier sauvage , que Ton parvient a brider en le flaltant de la main. Les Atheniens, avec des moeurs plus douces , se montrereut moins dociles que les Spartialcs ; jamais les femmes ne les gouvernerent ; Tusage les releguoit au sein de leurs maisons ; ce n e- toit point la jalousie qui I'elablissoit ainsi , ce- toit la politique ; les citoyens d'Alhenes crai- enoient moins que leurs feiunies n'intriguassent en amour cju'en affaires ; ils etoient moins ja- loux a tilre de maris , qu^i titre de republi- cains ; la galauterie etoit si rare parmi eux , qu'Alcibiade , galant, y parut un pbenomene, et que I'Hisloire a daigne nous transmctlrc le souvenir de ses bonnes fortunes. Les premiers fondateurs de Rome , presque aussi austeres que les Sparliales , furcnt comme eux, gouvernes par leurs femmes; mais a cela prcs, ( 225 ) pros , ils ne les regardoient que coinme une possession clont ils devoient compfe a la repu- blique; celoitun champ qu'ils n'acqucrolent ([ae dans I'infention de le reiidre fertile •, ct si Tat- tentat porte a la vertu de liUcrece aniena la plus promple revoluUon dans le GouvGriicnicnt, c'est que dcja resj)rit indepcndant dcs Rornains supportoit avec peine le joug des Rois , cl que Brutus avoit aussi a venger contre lesTarcjuius , la mort de son pcrc et de son frerc. Ces molifs , ])icn plus que I'outrage fait a la cbaslele d'une femnie , abattirent la rojante. II n'cst done pas etonnant que cot clat de la Societe ait donne a la I une cause , a lacjuelle elle etoit assujeltie J) comme fer avant d'etre aimantee, et qui pour- » tant alors etoit absolument sans ellet surellc)). Pour nous en convaincre, suivons la marche des premieres observations qui ont ete faites sur TAimaut. I'Aiguille non aimantee j sujclle C 233 ) . comme fer a rallraclion de ralmant, ne cede a son action que lorsqu'elle se irouve placee dims la sphere d'aclivile de cet aimant; la direction que prend alors celfe aiguille u'est point leffet dune secoude propriety di.stincle et inherente a I'Ainiant , inais une suite necessaire de son attrac- tion. Ce qui le prouve, cest que cefle direction est non - conforrne a celle quil prendroit lui- meme s'il eloit libre dans ses niouvemens ; mais toujours conforrne a la direction dans laquelle on I'oppose a I'aiguille et dans laquelle se fait Tattraction. Ces deux points sont confirmes par I'experience de I'aiguille non aimautee nageant a flour d'eau sur une lame de liege, et ne pre- iiant Jamais la direction de I'aimant , sans en meme temps ccder a sou attraction et s'avancer vers lui. II en est encore de meme de Taction de I'ai- mant sur I'aiguille lorsqu'elle est aimautee, quant a I'attraction ; mais alors, dans la direction qui en resulte il se trouve souvent une diiference, qu'il est essentiel d'obscrver. I. re Experience. Soil une aiguille airaantee, qui parfai lenient mobile sur son pivot a pris la direc- tion du meridieu magnetique : si , sous un angle d'environ4o degres de ce meridien , onapproche de cetfe aiguille, tres-leutement et peu-a-peu,un aimant , presentant a une deses extremites son pole oppose ; dcs-lors , a mie certalne distance , I'ai- guil'e prendra une direction moyenne entre celle du m(5ridien et celle que lui donneroit I'aimant, si eWe n'eloit pas aimantee. 2.« Experience. Si , au lieu de placer Taiguille sur un pivot , on la fait nager a flcur d'eau sur un rond de liege, perce dans le milieu et retenu par «ne tigc de cuivre , (jui s^cieve dumilieu du vase a , . . C 234 ) unc tlemi ligne au-dessiis de la surface de I'eau; et qu'aprcs lui avoir fait prendre , comme dans Texperience precedente, una direction raoyenne enfre le meridien inagnetique et celle que lui donneroit Taimant , on angmente insensibl.ement , a I'aide d'un siphon, le volume d'eau : du mo- ment ou le rond de liege en s''elevant sera de- gage de la tige , I'aiguille s'avancera vers I'ai- mant , et non jamais vers le pole magnclique. (^les experiences prouveut que dans ce cas , I'aiguille est dirigee en partie par I'aimant , et en parfie par une autre cause. Or , cette autre cause ne pent pas cfre I'altraction des poles; car , coiiime nous venons de le voir, la direc- lion ne pouvaut etre separee de Tattraclion dont elle n'cst que rellet , nayant lieu qu'a la dis- tance ou raiguille cede a I'attraction , ne pou- vant dans ce systeme exister sans elle: il suit evi- demment que I'aiguille ne pent etre dirigee par le pole sans etre atliree par lui, et que si dans le fait, et comme on est force d'en conveuir , elle n'cst jamais attiree par la cause qui la di- rigeoit en partie comme Taimant, cette cause ue pent eire I'attraclion. Ces considerations vont etre confirmees par la discussion de trois faits reconnus pour in- confestables , et qui prouvent que lattraction du pole n'est point cause de la direction de Tai- guille airaantee. 1" fait. Le 2 septembre 1724, a la latitude de 41°- 10.' nord , et a la longitude du cap Henr}', de la \ irginie , Taiguille aimantec (^prouva une si j^rande agitation , qu'il fut impossible de se servir de la boussole pour faire route. On eut beau ipettre plus/eurs aiguilles dans differens endroifs du vaisscau, et en aimauler de uouveau quel- ( 235 ) rfues-uncs , la mcnie agitalion dura plus d'une heure; apres quoi elle se calma et i'aiguille se dirisea conimc a Tordinaire. Cette violente a<2;itatioa de raigullle ne pent evi- damnient avoir lieu , qu'autaut que sa cause est elle-meme susceplible d'une semblable agitation; or, comment supposer que ratlraction des poles, ([ue tout nous porte a regardcr comrae une cause stable et toujours uniformement agissante , puissc etrc susceplible d'une pareille agitation ? . . . Oa re pent done attribuer a lattraction des poles la direction de I'aiguille •,et comment ne pas recon- noitre , dans la cause qui niaitrise I'aiguille en cette occasion. Taction et le caractere d'un fluide, pouvant'seul, a ralson de son extreme mobilile, se prcler , comme I'air , a ces agitations et va- riations pa.ssageres ? La boussole est en efTet construite de facon, que ni I'air ou le vent , ni le mouvement du vaisseau , en quelquc sens que ce soit , ue peu- vcnt faire varier I'aiguille , et qu^il n'y a que la cause immediate de sa direction, qui puisse agir sur elle, Bien plus, en supposant que I'at^ traction put seule produire ces etonnantes varia- tions, comme son action s'etend necessairement sur toute la surface du globe terrestre , Teffel: seroit necessairement general , et le seroit par- tout simulfaneraent : ce ciui-est contraire aux^ob- servalions. Comment enaste expliqueroit-on , dans le sys- ieme de I'attraction des poles, ces frequenfes , et journalieres variations dans la declinaison de I'aiguille , dont les unes sont diurnes , et selon MM. de Cassini et Va^-S^vinden , paroissent suivre le cours du soleil , et dont les autres de- pendent de la difierente position de la Tcrre ( ^36 ) aiix solstices et aux equinoxes : variations qui , ainsi que celles que presentent les aurores bo- rcales , s'accordeiit avec le sysleme que nous proposerons sur la direction de raignille par le courant du fluide magnetiquc ? 2..'' fait. Le capitainc Ellis rapporte , dans la re- lation de son voyage a la baye d'Hudson , que son vaisseau se trouvant cuvironne de nion- tagucs de glace , ses aiguilles perdireut enlicre- Kient leur direction ; qu'apres avoir essaye en vain de la leur rendre en les retouchant avec un fort aimant , il soupconna que cet effet pou- voit d^pendi-e du froid , et que les ayant fait chauffer , elles ia recouvrerent peu-a-peu ; et puisqu'il est incontestable que le froid rcsserre les pores du fer , il pent , porte a un certain degre , les resserrer au point de les rendre ini- perraeables au fluide magnetique , jusqu'a ce que la chaleur les ayant rouverts , ce fluide puisse y renlrer et rendre a Taiguiile sa dircc- lion. Cette explication , donnde par le capitaine Ellis lui-mcme , prouve que ce savant naviga- teur etoit de notre sentiment sur la cause de la direction de faiguille aimantee ; mais resserrer les pores du for au point de les rendre imper- liieables au fluide magnetique , est autre chos© tjue de rendre le fer non-attirable par I'aimant. Nous ne connoissons point d'experience sur la- quelle on puisse fonder la realile de ce dernier effet , et fanalogie s'y refuse , puisque rincli- iiaison , qui dans le systeme de I'attraclion est xm de ses eflcts , augmente a proportion qu on avance vers le nord. D'ailleurs, comment le froid detruiroit-il , ou meme suspcndroit-il le magne- lisme dans I'aiguillc et nc le detruiroit-il pas dans le pole, ou il est extreme? II n'cst pas a beaucoup pres aiissi aise d'ex- pllquer les faifs ci-dessus dans le sysleme de Yal- iraclion. Qu iniporte en efFcl que le frold , poii6 a un certain degre detruise tout raagnctisme dans I'aiguille alniantee ? Elle ne cessera pas pour ccla d'etre, comme fer , attirable par raimant; et des-lors les aiguilles auroient du conserver leur direction par la forte attraction du pole , dans Ic voisinage duquel etoit le vaisscau, corn- rue le prouvent les niontagnes de glace qui Ten- vironnoient, L'experience suivanle est decisive sur ce point. Dans le milieu d'un vase piein d'eau, elevez une tige en cuivre , fixe et pcrpendiculaire , qui depasse dun pouce la surface de I'eau. Ayez un rond de liege perce au centre , le plus petit et le plus mince possible, mais suffisant pour soulenir uue aiguille de fer doux 7io?i aimantee, percee au milieu de sa longueur , et sans chape. Placez sur Teau le liege portant Taiguille , de sorte ([ue Tun et fautre soient enfiles par la fige dc cuivre. Dans cet efat, I'aiguille n'etant pas aimanlee sera indiffercnte a toute direction ; mais si vous approchez des bords du vase ua aimant jdontla sphere d'activit6 s^etende jusqu'a Taiguillc , des-lors elle prendra une direction ton jours conforme a tontes les positions succes- sives de I'aimant, et si vous supprimez la tige verficale qui la retient , elle s'avancera vers lui. De cette experience il suit evidemment , que si I'attraction des poles de la Terre , dont la sphere d'activite s'etend dit-on , jusqu'a Tequa- teur , est cause de la direction de Faiguille , celles des boussoles du vaisseau du capitaine Ellis auroient conserve leur direction , cfuoique ayaut perdu tout raagnelisrae : comme nous voyons dans rcxperienoe cl-dessns, raigullle von aimanlec prendre constanunent une direc- tion confornie a la position de Taimanl , aotour du vase ,* d'ou il suit que si ces aiguilles ont cesse de pointer vers le pole voisin , on ne pent citfribucr la direction de Taiguillc a raltracfion du pole. N'est-ou menie pas en droit de con- clnre de celte experience , que si Vattraction est cause de la direction , il est fort inutile d'ai- rnanter les aiguilles ? On ne voit pas en eflet , pourquoi rainianlation augmenteroit la force d"at- Iractiou mulueile qu'on rcmarque enfre le fer €t I'aimant. Dira t-on que c'est par le plus de fluide libre concentre dans le pole oppose de I'aimant? Mais clans ce systcme (i), quel que soit le pole de Tainiant que Ton presenle au fer , sur le cbamp dans celui-ci se degage le fluide oppose a celui cfui reside dans le pole de I'ai- mant. Voila done egalement dans faiguille jion aimantee le fluide libre en opposition avcc celui de I'aimant , et en quantite sufiisante pour c[ue I'aiguille soit altiree. Remarquons meme a ce sujet j que les crochets qui font parlie de Tarmature de I'aimant , et qui appliques a ses deux poles , y adherent avec tant de force , sont fails de pre- ference avec du fer doux , et ne sont nuUemcnt aimanies. II y a plus encore : dans ce systeme, I'aiguille non aimantee devroit ceder plus aise- ment a Vattraction , parce (ju'elle est altiree dans son enlier et n'esi repoussee dans aucun de scs points , tandis que faiguille aimantee est en par- lie attiree et en parlie repoussee. (i) Voyez M. TAbbe Hauy , Elt'mcus de Physlrjue, 2,.« edit, ; art. 740. ( 239 ) 3.* Fait, Passons actuellemeiil; au fait prin- cipal a opposer a ce systeme. M. I'Abbe Hauy va nous exposer lui-meme la difficulle, ^iri. 8oy, et sa solution, ^rt. 8io. ije Experience. « Si Ton met une aiguille 5) magnelique sur une lame de liege uageant a « fleur d'eau dans un vase , et qu^on en ap- 3) proche un aiinant ; d'abord Taiguille touracra w vers I'ainiant celui de ses poles qui est oppose j» au pole presenle del'aimant; en meme temps 3) elle s'avaucera jus({u'au bord da vase pour » se rapprocher de Taimant le plus qu'il sera 3> possible. » 2.^ Experience. « Si Ton repcle celle cxpe- 03 ricnce dans nos coufr^es , en laissant agir le 3) Globe seul sur Taiguille , le pole nord du J) monde sera par rapport a cefte aiguille dans 3) le cas d'un aimant dont le pole boreal exer- 3> ceroit sur elle une action plus forte que celle 3) du pole ausfral. Aussi Taiguille sc dirigera- 3) t-elie en presentant son pole austral au nord, 3) mais elle restera stationnaire , ct ne s'avan- 33 cera point vers lui. » De cette 2..^ experience , on conclud que puis- que Tattraction du pole terrcstre n'atlire pas I'ai- guille , comme le fait I'altraction de faimant , on ne pent attribucr la direction de raiguille a raflraciion. Voyons comment M. TAbbe Hauy r^pond ^ cette difficulle. (c Cette diversite dans les resultals des deux 3» experiences provient de ce que , dans la se- 3) conde , les centres d' action du Globe , sont 33 a une distance presque irifinie de raiguille'^ 33 d'ou il suit que la difference entre les forces 33 qui tigissent pour la iirer dans deux sem ( 240 ) ;» opposes est sensiblement nulle. Or , la mc*mc D) chose n'a pas lieu lorsquon se sert d"un ai- D) mant qai agit sur les deux poles de Taiguille ij a des distauces rcspeclives comparables cn- 3) trelles. Alors , la difference eutrc les deux 3) actions devient appreciable , et la plus for[e y> remportant, I'aiguilie doit s'avancer vers I'ai- 3) mant. w De cPtte explication sur la diversite des re- sulfats de ces experiences, ii suit que dans la secondc, Taiguille, quoique diiigee par le pole le plus voisin , dojit I' action est plus forte , res- lera sfaliounaire sans avancer vers lui , parce que Taction du pole oppose qui tire V aiguille en sens contraire est egale. (]'cst-a-dirc , que ]es forces d'action des deux pcMes sont , quant a la direction , inegales , en raison du plus ou moins de proximite do Tun des deux , et sont, quant a raitraclion , egalcs , sans avoir egard a ce plus ou moins de proxinnle. Mais coninie la force d action qui dirige I'aiguilie n'est due , dans ce systeme , qu'a faftraction , il suit en derniere analyse , que les forces d"atfraclion di- rigeant I'aiguilie sout inegales , et que ces me- lues forces attirant I'aiguilie sont egales. Cette conclusion , que nous c^oyons rigou- yeusement deduite , et que Ton pent, coranie nous le verrons dans la suite , cgalenient tirer des propositions avancees par M. Biot , a quel- que chose de si revoltant, que nous serious ten- ths de fopposer scule pour denionlrer le vide de ces raisonnemens; mais allons plus loin , ct aprcs avoir observe que ces deux experiences ue peuvent point se comparer, parce que dans la secoiide , Taiguille se Irouvc placcc entrc les deux deux poles da meme tiiinaiit , c'est-;i-(llre , do la Terre , fajidis quo deias la premiere , les deux poles de Falmant sont du meme cote de raigaillc ; ctablissons separcment et par des ex- periences exactement coaformcs , d'abord , les resuUats sur la direcfion , ensuife ceux qui se- roient une suite necessaire de rattraction. Soit une aiguille aimantee , placee sur son pivoi; dans la direclion du meridien magnelique dulieuod Ton fait Texperience. Si Ton approche de cettc aiguille, toujours dans la meme direc- tion deux aimans , I'un en dessus Tautre en dcssous, en presentant a ses deux extremitesj les poles opposes de chaque aimant : i.° elle con- servera sa direction ; 2.° on aura beau changer en plus ou en moins les distances de ces aimans a Taiguillc, les rcndre egales ou iudgales , sup- primer tantot I'un tanfot Tautre de ces aimans, Taiguille conservera toujours sa direction. La raison en est sensible. J-es forces daltractiou que chacuu de ces aimans exorce sur I'aiguille concourent toutes evidemment a la maintenir dans sa direction ; or , dans le sysfeme que nous combattons, les deux poles de la Tcrrc etant a raiguille ce que sont dans I'expericnce les deux aimans places dans la direction du meridien , tons les effeis dcvroient etre les memes. Sur quoi , observons qu^il est done pen exact d'attriljuer exclusivement dans nos contrees , la d!i(5Ction da {'aiguille a la plus forte action du pole boreal, puisqu'en supposant cette plus forte action tota^ lenient supprimee , raiguille n'en conserverojt pas moins sa direction par ratiraclion du pole austral. Passons acluellement a ractlon des poles r Les centres d action du Globe sont tou jours a la mcme distance de Taiguille , soit que Ton observe leur edet relalivenient a la direction , soit que Ton calcule leur action relativemcnt a Vatlractioii. Comment done admettre entreux tantot une ini^galite d'action relative a leur dis- tance de I'aiguille et determinant sa direction , et tantot une egalilo d'action s'opposant a lout inouvement de translation dans fespace , ou a ioute attraction ? Cefte inconsequence est daulant plus frappante , que la direction ii'elcinl , dans ( 243 ) ce sysleme , et comme nous Tavons elabll a I'e- gard de Fainiant , qa un effct de Wittraction , on ne pent aiiniliilor Taclion dcs centres da Globe rekifivcment a celle-ci , sans sapor dans ses fondemens leur action relativement a la di- Tcction. 2.° Qu'importe que ces centres d'actlon soient a une distance presque infinie de Taiguille , com- paraliveaient an pea de distance qui on separe les deux poles ? 11 ne s'agit pas ici de deux forces qui partarit d'un memo point ,vont coinme les forces dattraction et de repulsion , agir sur les deux pules de I'aiguilie , trop voisins fun de I'autre pour que Ton puisse evaluer la dif- ference de distance eutre ces forces opposees, I! est question ici de deux forces dattraction par- tanl de deux points diametralement opposes , et dont la difi'erence de distance de chacun a I'ai- guilie , aisee a evaluer dans chac[ue point dii Globe, est, dans nos conlrees , rigoureusemenit denionlree inegale. En vain nous diroit - on ; « fattraction que nous adnicltons pour cause )> de la direction dc faiguille n'agit pas dans » la direction du meridien solaire , mais dans 3) celle du meridien magnetique , etc. 3) Ce sub' terfuge seroit non seulement illusoire , mais en- core absurde. Illusoire , parce quM ne rcpon» droit a ancune de nos obj'.'ctions , puisqu'il est de fait que la declinaison est nulle, tanlot dans uu pays, tantot dans un autre: absurde, pare© c{ue ne pouvant regarder comme Meridien une ligne irregulicre clans le prolongement qu^on nous en trace , on ne peut aftrlbuer a ses deus poles opposes cetfe egalite d acliou qui read , dit-on, Tallraction nulle. ( 244 ) Avan( de passer a unc autre cpcslion , disons iTii mot de I'opinion de M. Biol sur ce sujet. Ce Scjvaiit, recomninndable a taut de litres, et dont le i)om seul (ait autorile , partisan du svsteme de M. Coulomb sur raiinaiil , et de la direction de Taiguille par ratlraclion des poles , sans rapporter les experiences de M. TAbbe IJauy ( Traiie de Pbysique , pag. 17 ) , pose en principe, c{ue les forces horeales et auslrales ne peuvent donner d I'qiguille aucun mouvement de transla- tion dans Vespace ^ d oil il suit evidemnienf , que I'aiaiuille doit resler stationnaire. bans repelcr ici lout ce que nous vcnons d'op- poser a M. I'Abb^ JLTla^y? ni enlrer dans la dis- cussion des demonstrations mathematiques dont M. Biot cherche a appuyer son opinion , con- tentous-nous de lui objccter deux raisonnemcns fondes sur ses proprcs aveux , et de lui faiie observer en passant, qu'on pourroit absolument regarder comme un mouvement de translation dans Tespace , celui que racfion des forces bo- reales et australes imprime a I'aiguille dans sa direction et dans son inciinaison. 11 nous paroit incontestable que deux forces opposees et suppos6es egalcs , tirant faiguille en sens coutraires, etdontraclion croit ou decroif en raison inverse du carre de leur distance a faiguille, lie peuvent se contrebalancer, ou s'annihiler reci- proqueraent , que dans les points oil raignille se Ironvcra cgalcment eloignee de cliacnnc d'ellcs, Ainsi done , cgales a fef[uaieur , ccs forces se- ront inegales par-lout ailleurs , et des-lors fai- guillf doit ceder l\ Taction de la force la pins voisine , et s'avancer vers ellc. 11 n'y a ni calcul ni demonstration malbc'matique a opposer a ce simple raisounement 3 ct quaiid on en admct les ( 245 ) cous^qaences relatlvcinent a la direcfion et a rinclinaison de I'aigulUe , double effet de I'attrac- tioii , comment , a Tegard de leur cause , nier ceUe inegalile de forces? Bien plus, comment peut-on s'etudier a dcmonfrer une egaliic de forces , de laquelle on pourroit conclare a la nullite absolue de toule atlraclion? Et si le pole n'attire pas, comment dirige-f-ii ? AjoiUons en second lieu , qu 11 nc peut y avoir de dilForence entre Taction du Globe sur I'ai- guille aimantee , librenient suspendue par son centre de gravite , et ractlon du Globe sur la meme aiguille , nageant a flcur d eau sur uii© lame de liege. Or , si l^on convient que dans le premier cas , le Globe aglt sur V aiguille comme. jeroit ini veritable aim ant ^ il doit egalemcnt, dans le second cas, agir sur clle comnie un ve- ritable aimaut ; et si celui-ci , dans ce second cas , attire et dirige , le pole ne devroit-il pas aussi atlirer et diriger ? Et peut-on separer la force dircctrice de la force atlractivc , dans un systeme ou la direction est I'ellet de Taltrac- tion ? En vain diroit-on que les forces d'aStraction , suffisanfes pour dinger un corps aussi mobile que laiguiile , n'ont pas assez d'energie pour vaincre ia resisiance du fluide sur lequel elle nage ; car , si la resistance de I'eau ne s'oppose pas au deplacemeut du liege, pour que I'aiguille puisse coder aux forces direclrices du Globe, il est evident que cefle resistance ne peut s'op- poser aux forces altracrives qui sont exaclement les memes. Mais ce qui demonfre encore mieux la nullite de ces forces d'altraction des poles de la Terre , c'est faploni!) invariable que conserve i'aiguille suspendue par sou ccalre degravile; ( 246 ) et en cfTft , comment plus on molns clir;c;t'e ct inclinee par une alfraction donl I'eilct s'ctend jusqu'a 1 cquateur J et a la hauteur de 3000 toises, peul-ellc , dansnos conlrc^cs oil cettu aclion de- vroit avoir beaucoup plus dintensite , conserver son aplomb , tandis qu'il csl reconnu que I'al- traclion d'une chaine de monlagnes fait devicr le fil d*aploinb do la perpendiculaire ?. 4,'' (^aeslion. Pent -on altribuer la direction de raiguilie a V action d'uti c our ant de jluide , allant du pole boreal au pole austral? Nous n'cntrerons point ici dans de longucs et inutiles discussions sur les divers senlimens des anciens Pliysiciens , rclalivement a I'origine du courant de fluide ffu'lls admcllcnt, et au dcgre daclion qu'il pent exercer sur I'aiguilie ; nous nous appiiyons seulenienl de leur opinion, en ce quails reconnoissent comine possible, que Tacfion de ce courant , quclque foible qu'on la suppose, soit sullJsanle pour faire mouvoir et diriger un corps aussi mobile cjuc laiguilie. L'aclion des fluides sur les corps est demon- tree relative a la densild des ilnides el a la vi- tesse de leur courant. Ainsi , un courant d"eau d'un volume determine , et qui sera de nul effet a regard d'une machine considerable , la mettra en mouvemeut si, par une pente plus rapide, on augmente sa vitcsse. Ainsi , un violent cou- rant d'air, dont la densitd est cent fois moindre que cello de I'eau, non-seulement fera tourner un moulin, mais pourra par fois aller jusqua ddplacer des blocs dc pierre de plus d'un mil- lier de poids. Passons done aux inductions qui lious paroissent en fa\eur de ce sysleme. Parmi les ditTc^rens proccf^des employes pour aimaater les aii^uilles dc la boussole. distinguons ( 247 ) . ^, cekii qu'ofTre la machiue elecfrique. II est de fait incontestable, que si Ton fait passer le long d'une aiguille non aimaiilee une tres- forte de- charge d'clectricite , cette aiguille, apres I'exp^- rience , se trouvera parfaitement aimantee , avec cette singularite remarquable, que dans quelque direction que Ton place Tappareil et I'aiguille, rextreraile par laquelle sera entre le fluide elec- trique se dirigera constamnient vers le pole bo- real , et rexfrenuf6 par laquelle il sera sorti , vers le pole austral, Les experiences de M. Dalibard ne laisscnt aucun doute sur ce point. De celte seule . niais iniportante observation, ne peut-on pasconclure, i.** que la direction de I'aiguille est due a un fluide quelconque ; 3.0 que ce fluide est le fluide magnetique; 3.® que ce fluide va , du pole boreal au pole austral ? M. Biot pretend qae felectricite n'agit que conime choc. Sur un large isoloir en verre , gradue en millimetres , nous avons pose une ai- guille non airaant(5e dont les deux extrdmiles etoient scparees , par un petit infervalle , de ce qui formoit la chaine de la balterie au conduc- leur. Apres Texplosion , I'aiguille a ete observ^e exactenient a la meme place , et parfaitement aimantee. Cette imniobilile de Taiguille se con- cilie difficllement avec I'idee dun choc. D'abord, la direction de I'aiguille est due a un Iluide , quel qu"il soit. J-e fait est ici une pieuve sans r^plique , puisque la direction est reflet du passage .du flaide diectrique ; mais est- elle due a ce fluide comme cause permanente on seulement comme cause disponante ? Ce n'est pas comme cause permanente , puisque I'aiguille jie conserve aucun signe d'electricite, Ce n'est . done que cooime cause disponante ; or , on ne concoif pas, que le passage du flulde eleclrlque puisse disposer les pores de raiguillc a autre chose quau passage d'un fluide analogue. Ob- servous cfu'il seroit absurdc de dire que le pas- sage du iluide electrique peut disposer les pores de Taiguille a TaUraction , puisqu'clle y eloit deja assujcltie avant rairuanfalion. Eu second lieu , ce fliu'dc est evidemmcnt inagueliqne , puisquc, ouire la direction qu'ac- quicrt raiguilie par ce procede, elle donne des- lors des preuves inconlestablcs de magnetisiue par I'al traction qu'ellc exerce sur le Ter, conime I'aimaiit. Troisiemcment enfin , ce fluide va du pole boreal au pule austral; et eu eliet, le fluide electrlque lie peut disposer les pores de rai- guillc au passage du fluide magnetique , que dans le nu'nie sens dans lequel il a parcouru I'aiguilie. Ainsi dozic , puisque celle-cl presenle constamnient i u pole boreal , rextreniiie par la- qucUe est enhe )e fluide electrique , et au pole austral , Textremiie par laquelle il est sorti , il faut couclure , que le fluide magueiique va du p61e boreal au pole austral. Euler dit , qu'on ne peut decider de quel pole sori Je fluide myguetique. D'apres notre obser- vation , nous croyons demoulre , iiou pas qu'il sort , mais qu'il ra du pole boreal au pole aus- tral. Ne peut-on pas encore avanccr que la dispo- sition de I'aiguille a eprouver Taction du fluide jnagnelique n'a lieu , quel que soit le procede employe dans i'aimanfalion , que dans les pores de sa surface ? Larouille delruit ou aflbiblit prompte- Jnent le magnetisme d*uue aiguille , qui a Tabri dcs injures de Tair 3 Tcut conscrvee pendant un ( 249 ) tres-Iong espacc dc (emps; et quant a refiot, il sera ie meine, que la masse du Ter soil aiman- tee , ou qu'on aimante seulemcnt sa surface , conime on le voit dans les coiiducteurs d'elec- tricifd. M. I'Abbe Nolle!: assure que le magnc^hsrae se fait sentir plus vigoureu.sement en hiver lorsqu'il regno un veut du nord. Cette observation s'ac- corde parfaitenient avec le systeme que nous d^fendons. I,a direction du vent etant alors la meme que celle du fluide liuignelique , Tactivile du cours de celui-ci doit ctre augmc^jntee. Enfiu , toutes ces variations dans la direction de raiguiile , qui ne pcuvent en aucune mu- niere s'accorder avec Videe de la direction, par une cause aussi stable que le seroit I'attraction des poles , se concilicnt avec I'idee d'un fluide mobile ct leger dirigeant laiguille , mais dont le cours peut cire altere par divei'ses causes soit locales soil accidentelles, qui ne sont pas assez sensibles pour efre apercucs. 5.<= Question, Que doit-on penser du systeme des anciens Physiciens sur la circulation d'uii Jluide allant d'un -pole d V autre ? Tons les Physiciens qui ont atlribue la direc- tion de Taiguilie a un courant de fluide allant da nord au nridi , ont pense d'un connnun ac- cord, que ce fluide sorlant du pole boreal par- court touie la surface du Globe , dans rinlerieur duquel il renire par le pole austral. Cette etrauge supposition de la renfroe da fluide dans rinterieur du Globe , est une suite necessaire de la premiere. Ei en effet , si I'on di^soit, que parvemi au pole austral , il continue d'avancer au-dela de Tatmosphere , et se perd dans Tcspace, on pourroit objecler qu'il n'cst ( 25o ) pas vraiseniljlabic que le Globe fcrrcstre puisse conlinuellenient of sans s'cpuiser, founiir a I'e- manalion d'une couche de Iluide d'uiie cpais- seur de plus de 7000 nielros , puiscju^a cefte hauleur au-dessus du Globe , raij^uillc est encore dirigee et ineine inclinee (i). ,11 a done fallii recourir a la supposition , que cc fluide par- venu au pole austral, renlre dans le sein de la Terre, pour en sortir de nouveau par uue conliHuelle circulation d'un pole a Tautre. ^ Les partisans de ce sysienie ont etc confirmes dans cet'e opinion par leurs observations sur I'arrangement que prend autour de I'aimant, la limaille de fer tamisee d^un pen haut sur ce mi- n<>ral : arrangement dans lequel ils ont era re- connoitre Te Ret d'un tourbillon , ou d'une circu- lation du fluide magnctiqne dun pole a Tautre de la pierre ; inais ne peut - on pas cgalcniont soutcnir que cct arrangement est produit par le conrant du fluide general qu'ils admettent , de- toiirnant de leur chute perpcndiculaire les le- geres particulcs de lirnaille sur lesquelles il se precipile , et dont la disposition , a I'approche de laininnt, est delerniinee par le plus ou moins d'allraclion de difTerens points de la pierre. Dailleurs , nous demandons iei : ce tourbillon est-il exterieur , ccmme vous devez le conciure, de I'arrangenicnt de la limaille , ef connne I'e- tablit Euler dans Texplicalion qu"il donne de la repulsion des poles semblables ; ou bicn, circule- t-il de Texterieur a Finferieur , sorlant d'un pole ct rentrant par '/autre ? Si vous radnicltcz pu- remcnt exterieur, vous ue pouvez assimiler les (i) Atinuaiie de ibiv, pag. i5o. ( 25l ) _ aimans au Glohe terreslre; car, par I'umTorme el conslante direction de Taiguille , en quelque partie du Globe qa'on la place, il est demonlre que cctle circulation exlerieure ne pent exister sur le Globe merae , qui , depoaille de celfe cir- culation, n'est pins uu ainiant; et d'oii vient alors aux ainians cetle menie circulation V Si vous l^e- tablisscz de I'exlerieur a rinterieur , des-lors I'arrangcnicnt de la liinaille aux deux poles do la pierre doit presenter une difierence sensible. Plus evasee au pole par oil Ic fluide sort, elle doit etre plus reuuie ct resserree au pole par Icquel rentrc Ic uierae fluide: difference, que lie proscnte pas Tobscrvalion. Nous avons , a. eel eflet , examine avec attention et a Taide d*une forte loupe , rarrangenient de la Innaille de fer autour de la pierre : nous n'y avons rien vu qui ne puisse etre atlribue au plus ou moins dat- traction, relativement a la distance de ces par- celles , des poles de la pierre , ou ratlracliou a le plus d\^nergie. Ce tourbilion particulier a chaque aimant n'cst done pas demontre par cet arrangement de la limaille autour de la pierre , et ne peut etre re- garde que comnie une supposition gratuite ct invraisemblable ; et en effet , si , nietta'nt de cdte toute prevention , on y refiechit de bonne foi , concoit-on aisement qu^une lame defer qui, par line seule decharge crelectricile, passe a un ^tat de magnetisme assez complet pour offrir tons les phdnomencs de I'aimant ,sc trouve des-lors douee d'un principe aclif, elablissant en elle et hors d'elle un tourbilion assez elendu comparative- ment a son volume ?... Point d'eflTet sans cause: or,c[uelle peut etre la cause permanenle de ces niouvemens de fiuterieur a, I'exterieur , et vice ( 2BZ ) versa, p;ir une coiitiijuelle circulalion ?... Ce nc peut etre i^elcchicife , dont ce fer reste absolii- mcnt depourvu. Seroit-cc I'opposilion des forces aftracflvc cl repulsive , qa*il a acquiscs en passant a Tctat de magnelisme ''' Mais quelle cause met en jeu ces forces acquises, qui, se trouvaut egale- jnent dans les deux poles de cetle lame de fer , doivent s'araiihilcr reciproqncmcnt ?... Dans lelcctricite , a laquclle on vent toujours assiniiler le magnetisnie , les forces d'aUractiou vt dc repulsion ne se devcloppent et ne sout niises en jeu qu^l faide d'un agent exicrieur, on par rinlerventioii d'un auire corps. Jusqu''a ce que Ton assigiie la cause prl)icipe de ce mou- vement circulaire , la iheorie de ces tourbillons doit done eti-e raise au rang de ces hypotheses iniaginccs pour expliquer des cllcts dout la cause rt^elie echappe a nos recherches. En vain , nous diroit-on: a la cause de la rotation des planctes y> sur leurs axes , de leur revolution aufour dti » SoIeil,n'est point connue, iiiera-t-on pour cela J) leurs mouvemens? » Nous repondrons : « point 3> de parile. En supposaut toul-a-fait incoimue J) la cause du mouvement des planetes , nous 35 ne soniraes pas moins certains et de I'exis- 3) fence de ces corps et de leurs mouvemens ; -):> au lieu que ces tourbillons echappent a nos » recherches , non-seuleraent reJalivement a leur 3) cause , mais encore quant a leur existence , 3J et qu'on peut , avec plus de simplicife , as- :» signer a uue autre cause relFet qu^on Icur j> atiribue. « Abandonnons done ces tourbillons imawinaircs avec d'autant moins de regret , que nous Irou- verons, dans Taction du courant de lluide mague- tique , doiit nous alloi]s recherchcr forigino et dcmonlrer rcxislencc , rexplicalion , non pas de. tons Ics plic'iioinenes que preseule rciiniant, mais de plusicnrs faits on obsei'vations dont on iie poiuoit rendre raison. 6.*' Questicii. Peui - o7i 'admettre V existence et faction cViin courant de Jluide , allanl du pole boreal an pole austraP. Tous ics Physicieiis jiensent d\in cominan accord, cju^au dela de ralniosphere (erresiie , dans cet immense espace oil circulcnt toufcs Ics planetcs aliachccs a notre systeme solaire , exis- tent plusieurs fluides dilFerens, oa du moins un fluidc compose de divers elemens plus ou moins suscepliblcs de condensation , d'expansion et d'elasficite. M. de Mairan croyoit a une atmos- phei'c solaire qu^il presumoit setendre jusqncs a nous ct nieme au dcla. Cela pose , vu la rapidite avec laquclle se raeut le Globe terrestre dans son cours annuel autour du Soleiljil n^est pas ctonnant qu'il s'e- tablissc a Tentour de la surface du Globe un courant du flaide qu^il traverse , comme Tou voit le long d'un navire un couraut d'eau allcr do la proue a la poupe , et constater sa marcbe par le sillon qu'il trace encore sur Tonde aprcs le passage du vaisseau. I,e pavilion ou la flammc d'une galere aliant a% ec rapidiic a toules rames , par le temps le. plus calme , est emporle en sens contraire avec aufant de force, que lorsque la galere elant im- mobile, le vent Tagile dans le mcme sens. Ainsi, quoique ce ne soit pas rcelleineul le fluide su- perieur qui se precipife le long de la surface du Globe terrestre , la rapidiie avec laquellc celui-ci penetre et divise ce fluidc , produit le mcme elfet qui resuUeroit d\m courant de co ( 254 ) flnide siir la surface du Globe, et seiublaLle a celui que la resistance de I'air opere sur le pa- villou et la surface dc la galere. Si parmi ces divers flaides , conime Tether, le fluidc electrique ef autres cjuc traverse avec rapidite le Globe lerrcslre , il s'en Jrouve quel- qu'un qui ait une affinile quelconqne avec uiie des matieres terreslres , il ne sera phis etonnant que son action , relative a hi rapidite de son cours , produise sur cellc matiere des efi'els dort la cause echappc a nos sens, ct que nous rcgar- dons conjnie aulant de phenonieucs. Quek[ue foible en efTet que soit Taction de ce couranl , elle peut diriger Taiguille aimaritecsur un pivot, et Tainianl nageant a fleur d'eau sur une lame de liege: a raison , i.» de la rapidite de son cours ; 2.° de Tcxtrerae mobilile de ces corps ; 3." de la forte attraction qui existe cntreux et ce fluide. Otez cetfe attraction : alors Taclion de ce fluide sera tres-foible, comme on le reniar- que a Tegard d'autres corps, quelque legers et quelque mobiles qu'on les rende. Pour acbever noire demonstration, que nous reste-t-il a prouver^ sinon qu'eutre ce fluide et Taimant et le fer , il existe une analogic ou afE- Dite incontestable ? et c'est ce que nous nous proposons detablir dans la question suivante; mais auparavant , observons encore que Texis- tence , la direction et menie Taction de ce cou- rant de fluide sont, pour alnsiclire , confirmees par le spectacle que nous presenlent les aurores boreales. Dans ce phenomene presque jourua- lier vers le pole de notre hemisphere , tout an- nonce un mouvement ou une fermentalion dans la partie la plus elevee de notre atmosphere : effet qu'il est ualurel d atlribucr a la compression ( 255 -) de Fair, et aux divers elemcns de ce fliiide que traverse le Globe, lorsqu'ils so eombinpiit avec les cxhalaisons qui s eleven! coutlnueHenieiit du seiii de la Terre. 11 n'en doit pas etre ainsi au pole de rhemisphere oppose , oil nV ayant point dc compression dirccle dc I'atmosphere , le pbenomene des aurores boreales doit cire et plus Foible et plus rare. Cc sysleme s'accorde encore , avec les varia- tions qu'on observe dans la declinaison de Tai- guille aimanlee , et qu'il est iiaturcl d'altribuer a la position de la Terre vis a-vis du Soieil, soit chaque jour 'a midi, soit aux points des sols- tices et des ccfuinoxes. "jS Question. Ce systems peut-il s'accorder avec les divers phenujiienes que presente I'ai- mant ? Nous n'aurions a repondre a cette question , que dans le cas ou I'opinion de la direclion de I'aiguille , par Taction d'un courant dc fluide magnetique , seroit uu sysleme nouveau ; mais pmsque nous ne faisons que soutenir Topiniou ^^^ anciens Pbysiciens sur ce sujet, nous nous en rapportons aux explications et developpe- mens (:[u'on trouve dans leurs ecrifs , nous bor- nant dans ces rechercbes , a proposer de nou- velles idees, sur lorigine et Taction du fluide auquel ils allribnent la direction de Taiguille. Nous allons cependant dire un mot sur cbacun des principaux pbenomones que presente I'ai- mant , y joindre quelques reflexions et obser- vations, et repoadre aux objections de M. rAbb6 Kollet. De V ylttraction. L'on n'a absolument aucune donnec sur la cause qui produit dans I'aimant cette (^lomiante propriete d'altirer le fer, et d'y (256) adherer avec asscz d encrgie , pour soulenir a I'aide d"un crochet , des corps beaucoup plus gros et plus pesans que ce juincral. Tous les systemes proposes jusqu'ici , pour expliquer ce pheuomene , oflrent iimt d'incon- sequeuccs, sont sujels a lant de dilliculles , que nous croyons devoir ne pas nous y arrefer , mais avouer insenuiTient noire iiinorance absolue sur ce point. Remarquons sculement ici , que rairnant el le fer elant deux corps a peu pres homogenes , ainsi que nous aurons occasion de I'observer , cetfe attraction niuluelle n'oflre rieu de trop etrange, quoique nous ne puissions ni en deuieler la cause , ni decouvrir comment elle agit; mais ratlraclion proprenient dJte niagne- iiquc , se borue-t-clle a laimaiil et au fer, et ne doil-il pas y avoir une egale et reciproque tendance eutre I'aimant , le fer et Ic fluide que nous nommons d un coramun accord , mag?ie- iique ? Nous ne recherchons pas ici , s"il est d'autres metaux , tels que le Nickel et le (^.obalt , ou raeme d'aulres corps naturels, susceptibles daimanta- tion , et dans le cas de ceder plus ou moins a I'influence magnctique. Uniquement occupes a considcrer les rapports et faction du courant de ce fluide sur I'aimant, le fer et I'acier , nous nous bornons a f exameu des fnifs , d'apres lesquels on pent conclure a une allraction reciproque entre Taimant, ie fer, I'acier et ce fluide. Essayons done de prouver que ce n"est pas sans fondement , que nous croyons qu^il exisfc, entre le fer et lo fluide auqucl nous alfribuons la direction de faieuille , la meme attraction qu'eutre le fer et faimazil. Comment en eflet , expliquer (257) e?cpliquer le phenomene de lalmantalion cics barres de fer placees au haut des edifices , si ce n'est par Tactioa couhnuello da courant da fluide magiieJique ? Et si cellc action n'a pas egalemeiil lieu a Tegard des barres, soit en bois, soit en divers melaux, placees dans la inen)« situation, ne faut-il pas en conclure, qu'cntre lo fer et ce fluide il y a quelqac rapport intime , qui n'existe pas au meme degre a Tegard de tdus les autres corps? M. I'Abbe NoUet (i), dit qu'il y a tout liea de croire que le fer est continuelleraent envi- ronne d'une atmosphere de niatiere magnetique, d^autant plus epaisse , cjue le morceau de fer est plus gros ; il cite , a I'appui de ccfte con- jecture , I'observalion suivante de M. de Reau- mur. L'aimant attire une plus grosse masse dc fer, lorsquc ce metal est pose sur une enclume, que lorsqu'on I'a place sur le bois on sur une pierre : eflet , qu'on attribuc a une pins grande quantite de fluide magnetique environnant I'en- clume. Quoiqu'il en soit de celte opinion ge- neralement recue , et des consequences qu'on en tire dans Texplication de divers phenonienes magnetiques , nous nous croyons autorises par ces fails a conclure qu'ii y a , entre le fer et ie fluide magnetique, une attraction parcille a celle qu'on remarque entre le fer et Taimant. De la Repulsion. Y a-t-il dans faimant une force repulsive comme il y a une force attrac- tive , ou faul-il chercher ailleurs que dans fai- (t) Voyez Lecons de PJiysique , torn, vi , pan;. 23x ; et Tiaitd de Pliyjicjue de M. TAbbe Hauy, 2.= edit., Art. 742- ( 253 ) maiit meme , la cause de la repulsion c{n'oii observe ciilre Ics pules seniblables ? 1/exaiiien de cctle question paroit au premier coup d iril tout-a-fait inulile , et les experiences failes a ce sujet passent pour decisives ; niais puisqu"*]! y a sur la cause de la repulsion la nienie obscurile que sur celle de rallrrx*ilon , quon nous per- metle dcxposer ici les raisofts , sur lcsc|uellcs on a cru pouvoir envisagcr la qut^siion comme pro- bleniatique. i.° 11 est fnconleslablc que fcut ainianl, libre clans scs mouvcnicns , prend Jonjours la nieme direction , a pen pres du nord au midi. 2.0 II est egalement de fait , que denx ai- nians en presence Tun de Tautre, s'allircnt lou- jours lorsqu^ils sent dans la nienie di] eclion : et c]n''ils no paroissent se rcpousser que lorsqu'il y u enlr'cux contraridte de direction. 3." Qu^entre deux aimans places vis-a vis I'un de Tautre dans des dircclions oppcsees , il 3"- a encore une rcelle aliraclion , puisque souvent , lorsque la force atlraclive femporle sur la force repulsive , ils finisscnt par s"unir. ( Nollct , tcin. 6.pag. 732). De ces Irois points nc peuf-on pas conclure cjue puisqu'il n"y a jamais de repulsion , (jue lorsqu'il y a couirariefe de direciiou , c'est dans la cause dirigeant les deux aimans , qu'il faut chcrcbcr la cause do celle repulsion , et non dans les aimans opposes , qui par leur nalure saflircnt toujours plus ou inoins ; et en eflet , ((uels cliaugemens I'aimanlation produil-ellc dans laiguijie non ainiantee , qui, comme fcr, etoit dej;i assujeltie h raltracfion et a la direction de tout aiiuant , dans quelque silualion qu''on h suppose, et quelle que soit la direction de Tal' mant qu'on en approclie ? I^es seuls changemens qu'nn Irouve dang celfe aiguille apres son aimantation , consistent en donx proprieles acquises et qu'elle n'avoit pas ; l"une dallirer cllememe le fer, Tautre d'etre susceptible de direction. Or, la repulsion qu'elle eprouve dans certains cas, ne peul evideniment provenir do la propriety acquise d'attirer le fer; il faut done I'altribuer a I'assujetlissement de di- rection auquel olle se trouve soumise ; et par consequent , a cette conlraricte de direction in^ separable de I'opposilion des poles sernblables, Mais ici Ic pourquoi ou comment cette contra- riety de direction opere la repulsion dcs polos sernblables , echappe a nos rechercLes ; et quel que soit le sysleme qu'on embrasse sur la cause de la direction de I'aiguille , on ue voit pas comment elle pent produire cede repulsion. Faut' il pour cela revenir , avec Euler , aux tourlsil- lons des deux aimans allant en sens contraire, ou adopter le sysleme de M. Coulomb ? Non vraiment ; nous n'y gagnerions rien. Nous avons vu ci-dessus , pag. 200 a 252 , cc qu'il faut penser des lourbillons; nous allonsbientotrofuter le sys- leme de M. Coulomb , ct quand la cause d& raltraction est encore inconnue , ne nous eton* nons pas que celle de la repulsion le sojt egu^ lement. II faut etre de bonne foi : nous venous de dire qu'il n'y a jamais de repulsion , que lors^ qu'il y a contrariete de direction. Cette asser- tion n'est pas rigoureusement vraie : ce qui s& prouve par fexperience suivanfe. Soijt une ai- guille aimanlee , libre sur son pivot , dans Ig. direction du raeridieu roagnetique du lieu. Sj ^ C 260 ) surun carrean de verre on faitgHsser, immcdialc- iiient au-dessiis d'ellc, unc autre aiguiJle ainiaulec et coiileuue daus la nienic direcliun , par deux lames de vcrrc collees sur Je carreau , on ob- serve que tant que le pole sud de Taiguille su- perieure ne depasse que la lucitie de Taiguille mobile qui est en - dessous , cclle-ci ue change pas dc direction: luais dcs que I'aiguille siipe- rieure conjnience a dcpasser le pivot de Tiufd- rieure , celle-ci change de direction , jusqu'a ce que la superieure ait lout-a-fait depasse le pivot ; alors, elle reprend sa premiere direction. Voila done une repulsion bien constafce , sans qu'il paroisse y avoir contrariele de direction. De la Declinajson. j'^vouons encore iiigenu- ment noire ignorance sur la cause de la decli- naison de raigu.ille aimantce, tanlot oricniale , et tanlot cccideniale , dans le mcme point du Globe. Tres-grande dans un lieu , tres-petite et nieme nulle dans d'autres: son accroisscment ou sa diminution n'ont point de marche reglce et relative a un espace dc temps donnc, ou a la distance des lieux ou elle est conlraire; niais , ainsi que nous lavons deja observe, tonics ces variations pcuvent se concilicr avec le systenie de la direction de I'aiguille par Taction d'un courant de fluide magnctiqne, susceptible lui- jnemc, de ces variations, et ne sauroicnt s'ac- corder , dans le syslcme de la direction par I'atiraclion du pole, avec la stabilile d"une pa- leille cause , et son unifonnifd d'aclion dans tous les points dn Globe terrestre. En cflet, soit un fort aimant place et retenu dans la direc- tion du meridien solaire ; si Ton presente au- dessous de lui, et dans la meme direction, une aiguille aimuntec , inonlee sur son pivot , elle ( 26i ) prendra la mc'me direclion , et la conservera , quoiqu'on I'eloigne peu-a-peii de Taimaiit , lant qu'ellc sera dans la sphere d'activite de la pierre. Au-dela , cedant a la cause qui produit la de- cliuaison , elle prendra la direction du meridien magnelique du lieu ou se fera Texperience. JNous croyons pouvoir conclure de celle ob- servation , que si la sphere d'activite des poles setend jusques a TEquateur et produit la direc- tion , Taiguilie ne pcut jamais etre soumise a une direction qaclconque , si ce n'est dans les cas ou la fores qui la fait decliner Temporte sur la force d"atfraction qui la dirige ; njais alors ne faudroit-il pas expliquer pourquoi lorsque la cause de la decliuaison , prevaut sur I'attraclion , cette declinaison n'est pas egale dans tous les lieux situes au meme dcgre de latitude ? Cette cause peut - elle etre assez mobile , assez va- riable , pour produire tant de differentes decli- naisons observees au menie eloignement du pole? Et pour rendre raison de ces differences, ne faudrat-il pas recourir a autant d'autres causes locales et cachees , qui dcrangent le resultat que devroit constaminent produire a un tel degre de latitude, la coiubinaisoa des forces qui font de- cliner Taiguille , avec les forces d'attraclion , a ce degre d'61oignement du pole ? Que de dilli- cultes ! et comment ne pas s'etonner de voir nos plus habiles Physiciens , et des Navigateurs da premier merife , perdre leur temps a tracer sur la carte une ligne graduelle des declinaisons ob- servees: ligne a laquelle, fut-elle exacte , ne pourroient se fier les Marins , pour evaluer les degrcs de longitude ; puisque variant sans cesse , la declinaison observee a telle epoque ne peut servir de terrae assure de comparaison , avec le « Vfai nieiidicn du lieu oti ils se Irouvcnl ? Qu on se coiiUnle done dindiquer , pour cliuc[ue lieu, la docliiuiison observcc en telle amiee. Nous devoiis , avaiit de fiiiir eel arliele , re- marqiior que la dcclinaison fju'on ohserve dans I'un dcs deux hemispheres, boreal on austral, est en general en sens inverse dans Tautre. De facon quoccidentalea Paris, elle doit eti'e orien- tale au Cap-de-honne-Esp6rancc , ct reciproque- ment. Celte declinaison, suivanl les observations les plus exactes , est ecpendant si variable et depend de tant de causes didercntes, qu'il arrive par fois que sous le raenie nieridien , elle se Irouve du nieme cote dans les deux hemis- pheres : ce qui no s'accorde gueres avec I'idee d'un meridien maguelique ou d'attraction. Dc VincUnaison. I/Inclinaison de I'aiguille est, -dans notre sysleme , une suite necessaire de Taction d'un courant de fluide plus rapide et plus condense vers les poles du Globe que vers TEqualeur , alnsi que le deniontrent foutes les lois de lliydroslatique, auxquelles nous ren- Voyons le lecfeur. Depuis quclquc? annees , on remarque dans rinclinaison de raiiiuille une diminution succes- Sive, qu'il n'est gueres ()nssiblc dexplicfuer, quel- que sysfemc qu'on embrasse sur sa cause. Si I'at traction du pole est cause de Tinclinaison , eellc-ci doit augmenlcr a mesure qu'on s'eleve dans Tatmosphere ; mais a (fuelle elevation cetle diflerence sera-t-elle sensiiile ? Direction et ylwiantation. Lapluparl des Au- teurs attribuent , avec M. Brisson , six proprietes a l*aimant,en ajoulant a celles dont nous venons de parler, la Direction et rAimanlation. 1.° Nous avons deja vu qu'on ne peut dire ( 2^3 ) . . que Taimaiit ct rai'gaille se dirigcat; inais que , quelle que soil la cause cic leur direction, on doit dire qu'ils sont dirlges. iNous avons d'ail- leurs observe c[ue la diieciion donnee a Taiguille par I'aiinant , if est qu\in eilet ou une suite ne- cossaire de ratlraclion qu'il exerce sur elle ; d*ou nous concluons , qu'on ue peut regarder la Dl- rection coiume une propriete de I'aimant, et que la direction coustante , que prend spontaneaient tout ainiautlibie daus ses mouvemens, n'esf nou plus que I'efiet , ou d'un couraat de lluide dans cette niorae direction , ou de Taltraction des poles. 2.° L' Ainuntation n'est pas non plus une pi'opriele de Tainiant. Ou'est - ce en effet, que Taimantation ? en quoi consistc-t-ellc ? siaon dans iin arrangciueiit ou disposition des pariies, soit exterieures soit inlerieures de certains corps ; arrangement qui Ics rend plus ou luoins sns- ceptihles de produire , au dehors , des eFlefs dont on ne peut assigner la cause premiere ? Or , Taimantation se communique par Telectricite , le choc , le feu naturel , etc. Dira-t-on pour cehi qu'elle est une propriety de ces divers agens? Concluons , avec M. Brisson ( Art. 2183). « II j> seroit bien satisfaisant de pouvoir developper 3> les causes des phenomenes dont nous venons » de parler ; niais nous sommes bien eloignes J) de le pouvoir faire. C'est une des lualieres 3J les plus obscures de la Physique. » Objections. L'Abbe Nollet ( torn. 6 , pag. 1 15 ), doune a entendre qu'il auroit embrasse Topinioa de la direction de Taiguille par Taction d^uu fluiLie allant d'un pole aTautre, sans les objec- tions qu'on peut faire centre ce syslemc. Nous croyons devoir les rapporter ici mot a luot. « Ou'arriveroit-il, par exemple , si je placois y> dans la riviere uiie piece de bois suspendue 3) par le milieu de sa longueur ? Si cefte piece X de bois cloit percee dun bout a Tantre , at 3) qu'elle se trouvat dabord alignec selon le fil 5) de I'eau , je concois bicu qu'elle pourroit gar- 3) der cetle directiou a la faveur du iluide qui 3) I'enfileroit ; mais si jc la placois en travers 3) du courant, ct que le centre de son mou- 3) vemenl fiit a egale distance de ses deux bouts , 3) je ne vois pas qu'ellc dat changer de position 3) sans qiielque accident ; car, le courant ne I'en- 3) fileroit plus, puisque , par supposition, ce V tuyau feroitdes angles droits avec la riviere. » !Nous passons ce cjue dlt ensuite M. Nollet, dans la supposition ou cette piece de bois ne seroit point percee , parce qu il ne pent des - lors y iivoir de comparalson. « II suit encore dc noire comparalson , que D) la luatiere qui va d'uu pole a I'aulre de la 3) Terre, devroit diriger un'e aiguille de cuivre i) ou d argent , de meme qu'elle dirige celle de 0) fer ct d'acier ; car si son action se fait senfir 3) sur ce dernier metal, parce qu'elle le peneire 3) facileinent, comme on le dit, il senible qu'elle 3) devroit aussi mouvoir les autres , qnoiqu"clle » ne les penetre pas de raeme ; esl-il necessaire 3) c[uc le vent penetre dans Tinterieur d'une gi- 3) rouetlc , pour la faire tourner el la conlenir 3) dans la direction qu'il a? Ne suilit il pas qu'il » se couic le long d'elle de part et d'autre?» Pour repondre a ces objections , il nous suffira de rappcler ici ce que nous avons dit sur la di- rection que donne anx pores de raiguille raimau- talion par relectrlcite , et les opinions d'Euler et de Dufay, sur la disposition dcs pores de ( 265 ) raiguillc airaautce par tout autre precede. 11 en r^salfe , que pour que la comparaison de I'Abb^ INollet fut cxacle , il faudroit en outre supposer sa piece de bois garnie , daus toute sa longueur, de soupapes donnant entree au fluide dans un sens , et le repoussant dans Taulre. Qui ne voit pas que des-lors, la piece de bois seroife dirigee dans le sens du courant de la riviere, quelle que fut la position qu'on lui donneroit en Vj plongeant ? Disons en autant de ces le^eres aiguilles de- CLiivre , d'argent, ou de bois, dont les pores ne sont pas disposes de fiKjon a donner un libre passage au courant du fluide niagnetique , et qui n'ayaut aucune affinife avec lui , ne peuvent ni I'atlircr ni en etre aliirees comme les aiguilles d acier. Nous avions done , en partie , prevenu celte objection, pag. 256, en parlaut de I'atlrac- tion muluelle qui existe enlre I'airnant , le fer et le fluide magnetique, Ajoutons ici , que cette . attraction augmentant de beaucoup autour de I'aiguille d'acier la quantit(§ du fluide , augraente en proportion Taction de son courant sur elle : effet qui n'a pas lieu a I'dgard des aiguilles de toule autre matiere , a moius que placees, comme I'a fait M. Coulomb , entre deux forts aimans , elles n'obeissent au courant du fluide beaucoup plus condense dans cet intervalle par I'attraction des deux aimans. Voyez ce que dit a ce sujet M. Biot , Precis elcmeulaire de Physique , pag. 64 , aux quatre premieres lignes. Quant a robjeclion que tire M. Nollet de la declinaison de I'aiguille et des variations locales et journalieres qu'on y remarque , nous ren- voyons le lecteur a ce que nous ayons dit a ce sujet 5 pag. 255. ( 366 ) 8." Question. De quelle valeur sont Jes sys- lemes de MM. Coulomb at Biot , siir cette ma^ liere ? II ne nous reste plus qu'a jclcr un coup c]'a?il rapide sur le systeme de M. Coulomb, cal([ue sur celui qu'il a embrasse dans son Explica- tion dcs Phenonienes eiecfriques ; niais ce sys- teme n'ayaut point etc separement imprime , ct n'etant cunnu que par les rapporlB consignes dans les Memoires de I'Academic Royale des Sciences , c'est des Elemens de Physique de M. TAblje Hauy ( 2.* edit., tom. II ): ouvrage plus repandu , et dans lequel ce syslenie est ddveloppc et commente, que nous aliens exlraire les points principaux sur lesquels il est elabli, les discuterle plus succinclement qu'il nous sera pos- sible, et a la suite de cet examen , exposer les aniendemens qu'a cru deyoir y faire M. Biot , dans son Traile de Physique. i.° Art. 725, «le fluide jnagncfique est ccm- pos6 de deux fluides combines enlr'eux , dans le fer qui ne donne aucun signe de magnetisme , et degag^s I'un dcl'autre, dansle fer qui a passe a I'elat d'aimant. 2.** Id , les molecules de chaquc fluide se re- poussent les unes les autres, et altirent celles de Tautre fluide. 3.° Art. 726, tout le fluide natnrel d"un corps inagnetique,meme apres sa decomposilion, rosle dans riutericur de ce corps. Les deux fluides degages de la combinaison se portenl , par des mouvemens contraires , vers les exlremiles op- posdes de raimanl. 4.° Art. 728 , ratti'acfion des poles est cause de la direction de Taiiiuille aimanlee. 5.** Art, 730 , Chaquc aimanl n'a jamais que ( 267 ). sa qnanlll^ nalnrelle de flui'de , et ne peut en recevoir d'aillcurs une quanlite additionnelle, ni ceder de celui qu'il possede par sa nature. 6.' Id. , le passage a I'dtat magnelique depend uniquement da degagcment des deux fluides qui composenl le fluide naturel , et de Icur trans- port vers les parties opposees du fer, 7.*» Art. 766 , il y a dans le fer une forte attraction qui tend a raniencr les deux fluides I'un vers I'autre , et a i'aire rentrer par leur com- biiiaison le fer dans son etat naturel. » Tel est rechafaudage de ce qu'on appele prin- cipes generaux de la theorie du magn^lisme , et qui sont , a des yeux non prevenus, autant d'hypotheses gratuites , imagin^es a mesure du besoin qu'on en a eu , pour expliquer tous les phdnomenes que presente f aimant , et repondre a toules les obiections. Dans nos recherches sur les causes des pb^- nom^nes que nous olTre la Nature , il est sans doute perniis de proposer des bypotheses, dont la discussion peut conduire a la ddcouverte de la verite ; mais il faut qu'elles soient etablies dapres quclque fait ou observation analogue : qu'elles ne contrcdiscnt pas les premiers prin- cipes recus: qu*elles ne soient pas sujeltes a des diiiiculies sans replique : qu'elles jcttent un nou- veau jour sur les faits dont on veut rendre rai- son , etc. Sans ccs conditions , queKpe inge- nicuses cl salisfaisanlcs qu'elles soient dans le detail , on ne pent les regarder que comme des jeux d'esprit , qui ne menent a rieu ; et Ton voit a regret un auleur qui a da talent, perdre un temps qu'il auroit pu employer plus utilement. Ne vaut-il pas mieux, en pareil cas, avouer ( 268 ^ son ignorance avec celte franchise , dont tanl de grands g6nies nous ont doiine I'exemple ? Mais ces principes , consideres meme comme de simples hj^potheses , sont-ils tons admissibles en particullcr , n'off"rcut-i!s point de contradic- tions lors(juon les rapproche Ics uns dcs aufrcs, et ont-i!s dcvoiie le secret dc la nature: pour- QUOI OU COMMENT l'aIMANT ATTIRE LB FER?... Tels sont les differens points de vue sous iesqnels nous allons considerer ce sysleme. Le fluide magnctique , admis par M. Coulomb , est absolnment different de cclui dont nous avons essaye de deniontrer Texistence et Taction par la direclion dc rairaille aimantee. Celni-ci est sim- pie, en mouvement , et repandu tant dans I'in- lerieur du Globe terrestre qu'il peuefre , que sur tcute sa surface. Le premier, au contraire, est compose , sans action; et considere dans son ^lat primitif , il n'cxiste ni dans le Globe , dont on fait cependant un grosaimant, ni dans aucun corps magnctique; puisque la verlu attractive et repulsive de tout aimant , vient de .la decompo- sition de ce" fluide qui existoit en eux. Voila done ce fluide rel^gu^ dans le fer , sans mouvement , ni action; jusqu'a ce qu^'une cans e tout-a-fait dlraugere , en le decomposant, donne a cbacuu des deux qui en resultcnt , I'activite la plus forte et la plus etonnantc. D'un autre cote , quel agent a pi^imilivemeat decompose dans le Globe et dans les aimans rcnfermes dans son sein , ce fluide, et porte par des mouvemens contraires, chacun des deux qui en resullent vers les poles opposes? Dira-t-on que c'est la Nature? Mais la Nature ne peut en meme temps faire et de- faire. Fairc ^ ea uuiss'dul deux fluidcs heterogenes en un seul , et les douant en ineme femps d'une iiKraction reciproquc , qui doit loujours durer et s'opposer a leur disunion : dcfaire, en separanl pour toujours ccs deax lluides, malgre la force atfraclive qu^elle leur laisse. lleniarquons id , que cc nest evideniment que pour cxpliquer rattraction des poles difiercus et la repulsion des poles semblables, qu'on a sup- pose les deux poles de tout almant , animes, pour ainsi dire, par deux agens differens , que Ton a iiomnie fluides , et que Ton fait venir, ne sa- chant oil les prendre ailleurs , de la ddcompo- sifion da fluide 77?a'^^c7/(7Z/e primilif ; iluide qui, dil-on, n'exisle plus dans le Globe, ni dans I'ai- mant, donnaut des preuves de jnagnctisme , et qui existe dans le fer, ne donnant aucune preuvc de magnetisme. Mais sans nous aniuser a chi- caner, voyons en quoi ces deux fluides diffe- rent. Ce ne pcut etre que par leur nature , ou par leurs proprietes. La premiere de ces asser- tions est incompatible avec celle de leur com- mune et co-existante origine , et de leur union primitive ; elle est incompatible avec celle de I'attraction permanenle de ces fluides Tun pour Tautve : attraction qu"ils conscrvent unis comme separes. On peut dire , en second lieu , que ces fluides different par leurs propridtes ; el en effet, Taltraclion et la repulsion , les seules proprietes par lesquelles on pretend les distinguer . sont com- munes a fun et a Faulre de ces deux fluides ; et ccla , sous quelque point de vue qu'on les consid^re , et comme le prouvc i'experience. (Comment done peut-onles donner non-seuleraent pour diiTerens , mais encore pour heterogenes (Art. 729), avec cette singularite remarquable, que rattraction n'a lieu enlre ccs fluides , qu'au- ( 270 ) fant qu'ils sont hek^rogenes , cf la repulsion , qu'iuitant quails sont hoinogenes ou semblablos? Mais lie nous etonnons pas do cetle iuconse- qnenle singularity. Elie est necessaire pour lier rexislciicc de ces deux did'ereus fluides, avec Ics deux propositions ou hypolheses suivantes : !.'» Art. 725, ies molecules do chaque fluide se repoussent Ies unes Ies aulres. 2.° Id. , Ics molecules de chaque fluide alli- reut celles de I'aulre. On ne concoit pas aisi^ment comment peut exister un fluide dont Ies molecules sti repous- sent Ics unes Ics aulres. 11 faut ici non-soulement renoncer a TaHraclion molecnluirc , admlse par Ies Physiciens dans tous Ies corps , ct nomrnce tanlot attraction de cohesion, et tantot atlraclion a petite distance \ inais il faut encore y subslituer conlradictoirement une repulsion positive et con- tinue enlre Ies molecules d'un meme fluide. Nous voyons cependant deux goultes d'eau se reunir en unc seule , dcs qu'elles sont assez voisines pour (|ue leurs molecules puisscnt coder a leur attraction rdciproque : comme le constatent et lenr forme oblongue avant lour union , et la forme spherique qu'elles reprennent des qu'elle a eu lieu. Get etlct est plus remarquable dans le vif- argenl , dont la goutte approche plus de la sphc- ricifc que la goutte d'eau de memo volume ; et comme la pe.-anteur du vif- argent est fort au- dessus de celle de Teau , il faut en conclure que la sphericile do sa goullc n'cst pas operce par la prcssion de Tair, environnant de tous coles Ies molecules de ce fluide, mais qu'elle est reflet do leur mutuelle attraction. Pour vaincre cello ailraction moloculaire, do bqucllc icsulle radhesiou , il faut un agent ^ ^71 ). eiranger au fluido en question. Molns de fena- cile dans les parlies dlenienlaires , ct probable- jnent une configuration globuleuse, donnent uu plus libre acces au calorique , el fiicililent le mouvement de ccs parties. Voila ce qui paroit contribucr plus ou nioins a la fusibilil6 dcs coi-ps ; ce qui en maiulient plusieurs dans Tetat de fluidile ; mais il y a loin de celle desunion des molecules d'un fluide par un agent qui lui est etranger, a Thypothese d^une repulsion ac- tive (i) entre les molecules qui le coniposcnt: repulsion qui , si elle existoit , anieneroit neces- sairement , avec le temps , la decomposition ou Idvaporation du fluide , au point que son action deviendroit absolunient nullc , et par la meme incalculable. Apres avoir suppose que les molecules homo- genes d'un fluide se repoussent , il n'en coiitoit pas beaucoup de supposer que les molecules heterogenes s'atlirent, Gclte seconde hj'pothese ii'a pas , a la verite , le coup d'a?il revoltant de la precedente , puisqu'il est reconnu aujourd^hui que Ions les corps, mcuie de nature diflerentc, s'attirent mutuellenienl avec plus ou moius de force. Voyons done ce que nous devons eu pen- ser dans la queslion presenle. L'atlraction gcnerale qui regie la marche des corps celestes , agit en raison direcle de la masse des corps ; et si celle que Ton nonune attrac- tion a petites distances en est une suite il est (i) Nous disons actwe, car il nous paroilroit Irop incoa- sdquenl, de reconnoitre son action sur les molecules sem- blables d'nn autre aimant place k une distance sensible, et de dire que ^cette action est nulle enti-e les molecules coa- tigues du menxe aimant. , ( 272 ) tres-difficlle dc Tobserver , et ellc ne peut ehe conslalee que par des expeiuences Ires-del ictifes. Peut - on a ces traits reconnoitre \ attraction magnetique ^ dont Tenergie se troave hors dc tonic proportion avec la masse des corps ? On dit que ccHo attraction agit en ralson inverse du carre des distances ; niais peut-on avoir une en- tiere confiance a cette assertion, tant cju^il sera Evident qu'elle est loin d'agir en raison directe des masses ? II est done ditlicile d'cnfer , pour ainsi dire, I'attraclion magnelique sur ratlractiou geuerale ; raais la difficulte augnientc , lorsqu'ou n'etablit cette attraction entre deux corps , qucii tant qu'ils sout h6t^rogenes. Remarquons d'abord , que raimani et le for sont deux corps a peu pres hoinogenes (1)5 conlenant Tun et Tautre le fluide primilif. Com- ment done , pour expliquer leur mutuelle attrac- tion , at -on recours a cellc de deux fluidcs heterogenes , naissans en eux de la decomposi- tion du fluide primitif qui leur etoit comraun ? I^'est-ce pas la aller a la ddcouverle de la ve- rity par un chemin fort ecarte? Et le secret de la nature sur la cause de Tattractlon magnctique, est-il devoile par la supposition de Taffraction des deux fluides? Outre le vice de supposer la question ( puisqu'on peut dcmander pourquoi ces fluides heterogenes s^altirent ) , c^est expliquer , conjnie Ton ^\\ y ohscurum per obscurius; car,. I'existeuce de I'aimant et du fer, nclaut point contestee , (i) M. de Rt'aumur regnifloit Ic fcr comme un aimant imparfait. M. le Mounicr assimile I'aimant a la mine de (er nommee fer en roche , etc. Voyea a ce sujet , Ics Miiiu- ralogijtes raodernes. -'.yif conlestee, robscurite ue s'elend cjue sur la cruise de leur atlraction reciproque ; tandis qua I'e- gard des fluides , I'obscurile s etend non seule- ment sur la cause de leur atlraction, nials eucore sur la source de leur existence , et sur la sin-' guliere decomposition du flnide primitiF. Passons maintenant aux difficuUt'^s qui nais- sent de la contrariete et de la raultiplicite des forces airissaiites dans I'aimant. On pounoit , a la rigueur admettre que cha- cun des fluides d'un aimanl repoussdl dans I'ai- mant voisin le fluide heterogene dont il vient d^etre separe , parce que la memo cause , qui a opere leur disunion , doit , tant que cetie de- sunion subsiste , les eloigner Tun de I'autre. Comment done supposer au contraire ;, qu'il y a dans I'aimant une force attractive qui tend a reunir ccs deux fluides ? N'est-ce pas admettre dans le nicme corps deux forces opposdes, sans- cesse en action I'une contre I'autre ? Si Ton re- pond que ce u'est pas la cause qui a separe les deux fluides, qui continue a les mainlenir se- pares; mais la force coercitive de faimant : force plus ou nioins grande selon la nature de celui- ci ; nous demanderons alors « quel est Tagent qui , 3) dans ces barres verticales , que leur seule 5) situation met dans un foible elat d(3 niacine- « tisme , augmente peu a peu leur vertu , au 5) poinl d'en fairCj apres plusieurs annees , de » veritables aimans? N^est-ce pas cette meme 3) cause renouvel^e saus-cesse et continuant d'a- » gir ? II faut done necessairement admettre cette » continuite d^action , dans la cause qui a deja 3) sdpare en parlie les deux fluides existans dans 3j le fer comme dans I'aimant. » La contrariete des forces agissantes dans I'ai- mant rend dijllciies a concilier clans ce syslemc ]es deux obscrvalions suivanics , rcconnues pour incontesfables : i.o 11 est certain , d'un c6t6, que les aimans arlificiels , fails avec du fer doux , lie conser- vent pas long-temps leur vertu magndlique. 2.° il est egalement do fait , d'un autre cote, que les barres de fer doux placees au haut dcs edifices , passeut apres un certain temps a Tetat maguetiquc. Or , si le retour dcs aimans arlificiels a Telat de fer nature] , est I'effet d'uue force attractive ( Art, 766 ) , qui tend sans-cesse a reunir les fluides s^par^s, comment ces barres de fer passent- elles a un efat ( Art. 716 ) , qui ne resulte que de la separation des fluides, malgre cclte force attrac- tive qui doit constamment s'opposer a leur reu- nion ? La qnalile du fer est la meme dans I'uu ei I'autre cas , et si la force coercitive ( i ) , qu'il oppose dans le premier cas a la force attractive , est insufiSsanfe a le mainlenirdansrclat de magne- lisme , comment cette meme force attractive , ai- dee , dans le second cas , par la force coerci- tive , peut-elle ceder a la trcs-foible influence du Globe terrestre? Dira-l-on que cette force attractive n'exisle pas dans le fer naturcl; qu'clle n'y iiait ou ne s'y ddveloppe qu'en proportion de son passage a lelat magnetique ? Ce seroit alors convenir que la cause qui produit le magne- lisme par la s6parafion dcs fluides , produit en (i) On cnlcnd pnr force coercilive une propriele ou dis- posiuon c'.B I'aimant, en veilu de laquelle it leiicnt en leur place les fluides sdpares; el s'oppose a la force aUiaclive qnj teuci i\ les reunir. ( 275 ) Tiieme temps et dans la nieme proportion la canse qui !e deirait , en Iravaillaut sans-cesse a la reu- nion dcs fluides. Mais outre ces dens forces conlraires , sans- cesse agi.ssant dans raimaut , il Taut encore ea admellre une troisicme , savoir la force de re- pulsion , qui combat au dehors la force d'at- traction. C'est sans doute , dans ce systeme , do I'op position de ces deux dernieres forces que proviennent dans Tainiant meme ces points dits conseqiiens,el qui ne nous ont pas parufetre assez, pour que nous nous y arrefions davanta.!;e, Ajoutons enfin quclques reflexions snr la fixa- llou absolue des fluides dans faimant. Celte sup- position est absolument necessaire dans ce sys- teme , oil il faut rendre raison dii moaveiiient des corps. Car , si les fluides pouvoieat se de-^ gager et ceder a leur attraction niutuellc en pas-' sant d\in corps aTautre, des-lors, rion ne pourroit faire mouvoir, ni retenir suspcndus les corps pe- sans dont ils seroient emanes : le ressort de fair de- place par I'accumulation ou la diminution d'un fluide , ue pouvant, comme dans 1" electricite , faire equilibre avec la pesanteur de ces corps. I,cs fluides electriques ne sont invariablement fixes ni dans les corps dont ils se degagent par Ic fro'fe- meut, ni dans leurs surfaces. liCs fluides magneli- quesne quittent jamais les corps dans lesquels ,sans froltement et sans agent exfo rieur , ils sont cii pleine activife. Dans les attractions et repulsions electriques, les deux fluides s'accumulent , selon la loi qui les ruaitrise ; tantot dans I'inlerieur des corps nn's en presence , tantot sur di\ers points de leurs surfaces; passent en partie de I'un a I'au- tre , se placent par fois entre deux , etc. etc. ( Art. 54a J 558 J 55^ , 575 J etc. ) Que de differences ! Mcils cede invariable adlicsion dun flitide ( anssi forlcmeiU aliire ) au corps qui Ic ren- fernie , peut-elle se concilier avec la niobilite qui caracterise Jout Ikiide ? Cette hypolhese iie pre- senie-t-elle pas uiic contradiction avec les idees recnes? Adnicttons-la cependant : nouvellc dif- ficuile ; et en cli'et , comment la concilier avec ce deplacement inferieur des fluides , que Ton i'ait passer a volonle d'un pole a Taulre de Tai- mant? 11 ne fiiut pas un grand eflort pour cela; d'ai res I'Art. 812 , on pent considerer les deux fluides dans unebarre-dc Ibr doux,connne elant , quoique separes^ dans un elal de stagnation, sem- blables a la bulle d'air, dans Ic niveau d'eau , prete a se porter d'une extreiiiit^ a Taulre , sui- Vant Tinclinaison donnce au niveau. La nieme force , qui s'oppose a la sortie du fluide ne doit- elle pas egalement s'opposer a son deplacement? Est-il enfin aise de se prefer a la supposition des deux fluides se croisanl a plusicurs reprises dans le corps qui les conlient , sans jamais se meler , rnalgre I'elonnanle energie de la force attractive, qui tend sans-cesse a les reunir ? Tel est I'appercu des difficuUes qu'ofTre I'en- semble de ce systeme : voyons les amendeniens qu'a era devoir y faire M. Biot. Voici les points principaux sur lesquels il elablit sou opiirion , pag. fi, 12, 13. « i.° Nous reconnoissoiis d'abord deux prin- 5) cipes inagneliques dislijicls, dont chacun attire 3J Taulre et se repousse lui-meme. « 2." Ces deux principes existent prlnnlive- » ment dans chaque morceau de fer , avant » qu'il soit aimant^ , et y sont alors combines 0) ensemble et dissimulcs Tun par Tautre; et c>st X pour cela cpe Icur action a distance deviciil » nuUe, ( ^77 ) » 3* L'action de ces deux principes dcvient » sensible, lorsqu'ils sunt sdpares par nne in- )) fluence exterieure , qui agit indgalement sur « chaciin d'eux. « 4.° Ces deux principes ex'sfent et sont ainsi y> developp6s separenient dans chaqiie particnle )) de fer , sans qu'il se fasse aucane Iransmission » de magnetisme d"une parlicule a lautre. y) 5.° Lorsque ces deux principes out ele de- » veloppes dans les parficulcs d"un niorceau de 3) fer dur ou d"acier , ils ue se recomposoit ou 3> dissimulent qu'avec une extreme leuleur. 3) 6.° Tout le jea des compositions et des d(^- 3) compositions se passe dans Vinterienr de cha- 3) que parlicule, et il y a de Tun a lautre une- ^ imperm^abilite absolue, 3) Le Traite de Physique de M.Biot,n'est point un livre elemeulaire. Pour pouvoir le lire avec fruit , il faut avoir (juelques connoissauccs en physique , et pour le bien comprendre , iie tenir a aucune hypoth^se particuliere. II suffit de comparer ces propositions avec cellcs que nous avons vu scrvir do fondenient au systeme de M. Coulomb, pour s'aperccvoir que c'est le meme fond d'idces , la meme mar- che , les memes developpemens : disons plus , la meme suile d'hypofheses gratuites , sans exem- ple dans la Nalure, et sans autre fondcment que le besoiu que Ton eu a pour trouver dans le magnetisme , comnie dans lelcctricife, deux agens ditl'erens , a faide desquels on puisse expllquer le phcnomenc de la repulsion des poles sem- blables. Mais M. Biot, apparemmeut convaincu des difficulics qu'on pouiToit opposer a la sup- position et a Taction des deux fluides, a cru se Kiettre a I'abri de toute objection , en leur subs- filuaiit (Icnx magnclisnies opposes , qu'll dit exis- tCT dans les deux hemispheres du Gloljc lerresfre, et dont il anime les deux cofcs de chaque par- ticule de ter almantee. Essayons done de sulvie M. Biot dans son refranchcnieut , cl de dissipcr a la claiie du jour ou da ralisonnement j le pres- tige dont il senveloppe. Nor/s reconnoissons d'abbrd deux pn'ncipes ' inagiieticjues disiincis. « Par le moi-principe on entend, en physique , 3> ce qui est coueu, eonime le premier, dans la J) composifion des choses materielles , ou ce qui T. est concu comme la premiere cause de tel 3) eflet. » Dans ces deux acceplioiis, ce qui est- conru comme premier ^ est necessairement c[uel- quc chose, et ne peut etre detiia,ne par nn mot absirait,qui ne donue que lidee du rang c{u'oc- cupe ecfie chose. Le mot magnetique c[n'on lui associe ne peut non plus designer celle chose , puisque le njagndfisme n't'.9/ quim riom general^ par leqiiel on designe les proprietes de Vaimant. II suit dvidemment de celte definition , qu^il ne peut y avoir deux magnetismesj l^m boreal, et Fauire ausiral. Qu'est-ce done qu'un priucipe magnetique ? et que sont ces deux principes dislinets ? Deux principes combines, dissi- mnlesluu parTauIre, et soumis a une influence exterieure , qui, en les separant , agit iuegale- ment sur chacun d eux , ne peuvent ehe regard^s corame principes ; et ce seroit plufot a cetle in- fluence extdrieure qu'il faudroit donner le noni de principe , puisque sans elle point deflels magnelicjues. En remontant ainsi a la cause pre- miere 3 on ne seroit pourfant gucres plus avance ; car, en quoi consiste, d'oii vient cefle influence, et comment, exterieure , agit-ellc sur chaque particule de Vmteneur du fer. C'est ce qu'on ne dit pas , et c*est ea nous laissant ainsi de tous cotes dans d'epaisses fenebres , qu'on jetle un nouveaa jour sur lexplication des phenomenes magndtiqncs ! Si M. Biot se retranche a dire : nous connoissons deuxprincipesdistincts, oudoux causes distincfes, difrercns phenomenes magneliqucs : causes qui, occuUes par leur nalure, se nianifesfent au dehors par leurs cffets , alors sans etre de son avis , nous enlendrons parfaitenient ce iju'il veut dire , et nous continuerons Texaraen des diff'erens poinis de son sysieme. Dont chaciin se repousse hii-mcme. Un principe se repoussant lui-merae est, nous osons le dire , una chiniere inconcevable ; et une cause occulte , produisant des effets au de- hors, et se repoussant elle-meme, ne seroit pas plus aisee a concevoir. Que sera - ee done , si , pour analyser cet effet , il faut le concours des deux principes qu'on nous donne pour distincfs, sans qu'on puisse jamais , comme nous Tavons object^ a Tegard des fluides de M. Coulomb , les distinguer , ni par leur nature, ni par leur effbts? Allons plus loin. Est-il dans la nature quelque corps qui se repousse lui-meme ? Dira-t-on d'uu fluide en expansion ou en evaporation , d'uii corps odorifcrant , quails se repousseut eux- menies ? mais poursuivons. Et attire I'autre, Quoi! ce qui se repousse soi-meme peut avoir quelque action attractive ? C'est la du merveil- leux et bien difficile a croire. cc L'action de ces deux principes devlent sen- 3) siblc J lorsqu'ils sont separes par une influence ( 28o ) 3) exf(^'ricurc qui agit indgalement sur cliacuu 3) d'eux. » On sdpare aisement dans Ic fer Ics deux prln- clpes par fous !es divei-s procedes de raiman- talion. Or , ces precedes n'agisscnt-ils pas ega- leinent sur cliacun d'eux? Ccpcndant , celle in- fluence exterieure , dont nous Aeuons deparler, lie peut etre raimanlalion ; car, il faudroit alors expliquer comment I'ainiantahon agit inegale- TTient sur ces deux principcs ; et cclie cx|)lica- tion seroit dillicile dans Ics procedes de Taiman- talion par relectriciie , par un simple choc, par la seule position vcrticale du fer en barre, etc. Nous demandous done encore , quelle est cette influence agissant inegalement sur Ics deux prin- cipes existaus dans cliaque molecule de fer. Com- ment son action peut-elle produire quclqu'en'et sur I'un des deux, sans agir cgalenicnt sur I'autre, puisqu''elle les scpare ? Et enfiu , en quoi con- siste celle inegalile qu'on ne trouve jcmiais dans aucun des eflels de Taimant, et qui, dans ce systemc , n'exisle point entre les magnetismes austral ct boreal , dont les forces opposees sont ioujours egales. D'ailleurs , peut - on regarder comme separ^s, deux principcs qui, dans clia- que molecule , restent contigus et reunis par la plus forte atfracliou rautuelle ? « Tout le jeu des compositions et decornpo- 3) sitions des deux principcs , se passe dans Vin- >j ierieur de chacune des particules ^ entre les- i> quelles il y a irnpermeahilite absolue. » Ici, la plume nous tombe des mains ; et ne seroit-ce pas perdre son lemps, que remployer a dcmontrer le vide et le ridicule de fanf d'hy- potlieses^ admirables J ct qui out, au rapport de ( 28l ) Taufeur , une analogic frappaute avec les piles galvaniqaes et le^ deux fluides electriffues. Di- sons pouiiaut un mot sur cclfe prelendue ana- logic frappaiite. Nous avons vu cl dessus , pag. 270, quon ne peat assimiler raclion des fluides elcctriques a Taction des ainians : voyons Tana- logie qn'il peut y avoir cnfre I'asserablage des parliculcs de fer douees des deux priucipes inaguetiques , et les piles gaivaniques. Ceiles-ci sont coniposees de differens metaux isoles et places successivemcnt I'un au-dessus de Tautre. I.es particules du morceau de fer ai- ruante , parfaitementhomogeucs et sans aucun iu- termedc , sont toutes contigues, se touchant dans tous les sens. L^action de la pile galvanique ne se manifeste qu'a Taide d'uue connnunication elablie; et celle du fer aimante a lieu sans intermede et a. dis- tance. Oti done est Tanalogie? « Ces deux principe<; existent et sont ainsi 3) developpcs siparement dans chaque particule i) de fer .^ sans qii'il se Jasse aiicune transniis- 3» sion de magnetisme d'ane particule a I' autre. » Nous avons deja observe que le inagneiisme n'est qu'une expression gendrale par laquelle oa ddsigne les proprietes , on , pour parler plus exactcment , Tensemble des proprietes de I'ai- mant. Que signifie done : sans quit se fosse au- cune transmission de magnetisme d'une particule d Vautre? Si les deux priucipes, primilivemeut existans dans le fer, sont developpes separenient dans chaque particule , les voila toutes suffisam- raent pourvues du niagnelisme , qui , daus ce sysleme , ne consiste que dans la separation des deux priucipes. Pretendroit-on que e'est au mo- ment meuie de raimajalation , qu^ii pe peut y . . C 282 ) avoir de fransmisslon da magncHsme d*une par- ticule a I'autre ? Mais raimanlahon ne transmet rien aux particulcs sur lesqacllcs die agit , et ne fait que desunir les deux principes. £st-ce apres raimantation , par le rapprochement dc deux corps inagneliques mis en presence Tun de Taufre? Mais dans ce cas , on observe quo le plus fort augnicnfe la verlu maguetique du plus foible ; d'ou I'ou pourroit , a la rigueur , con(;lure , quil y a quelque transmission dc maiinelisnie. Uans ce dedale d'obscures hypotheses , il est pardonnablc de ne pouvoir saisir le sens de I'aufeur ; de s'en lenir a Tancien systeme , en avouant son ignoi"ance sur ce qu'on ne pent ex- pJiquer ; et d'atlendre que dc nouvcllcs obser- vations , auxquelles un heureux hasard pent donner lieu , nous metient sur la voie dc la decouverle de la veri(6. Reniarquons , avant de finir , la phrase sui- vanle , pag. 138 : « II ne nous reste done qu a rechercher des 3> lois empirfqiies, qui, emhrasr^antle plus grand s> nombre de faits possible indiquent les » elsmens principaux sur lesquels il faut appeler 5) I'observation. » On entend , en physique , par empirique , ce qui est fonde sur fexperience (i), ou , ce qui revient au meme , ce qui est dediiit dc I'obser- vation. Ce sont done des lois fondees sur des Jaits observes , ou d(^duitcs d'un grand nombre dobservations , qui indiqueront les elemens prin- cipaux sur lesquels il faut appeler I'observa- tion. — - - . ^- — XO Voyez I'EncycIopcdie , au mot Empiilcjue. ( ^83 ) - - - — — NOTICE BIOGRAPHIQUE, SuR Frangois Vallekiole , Mcdecin d' Aries. Pa R M. P o N T I E R aiu^. J_i'HisTOiRE , qui ne doit elre que le tableau fidele des fails , est bicn souvent melee d'er- reurs et d anacrouismes , eflets de la partialite, ou de riusouciance des llistoriens ,qui se copiant successivement, negligent de remouter aux sour- ces. La Blographie , parlie de rillstoire qui nous rappele des horames celcbres par leurs talens , par leurs vertus , ou par leurs vices , est egale- ment sujette a ces defauts. L'article Vallekiole , Medecin du i6.' siecle , menlionne par plusieurs Biographes, me fournit les moyens de demonlrer cette verite. Ce Medecin celebre a ecrit , en latin elegant, plusieurs savans traifes , fruits de son amour constant pour I'^tude , el de son zele pour le bien de I'humanite (i). En les lisant , j avois distingue un recueil d'ob- servations pratiques faites a Aries , pendant un© longue suite d annees. Quelle fut ma surprise , lorsque je lus dans le Dictionnaire de Mede- cine d^Eloy , l^article suivant ! « Valleriole , homnie d'une tres - petite sfa- 5) ture (2) , mais done d'un vaste genie, se dis- (.0 Vojez a la Bn, la note n." i et les suivaates. ( 284 ) »> tingua a Valence, en Dauphlne, ouilensclgna » la Mcdecine dans le i6.^ siecle. De cetfe ville « il passa a Turin , ou il reinplit nnc des prc- » mieres cliaires avec lant de reputation , qu'on » voulut I'y fixer; il s'y arrcta , et les ouvrages » qu'il mil au jour, lui firent beauconp d'hon- » neur , meine long-temps aprcs sa niort , arrivee » vers l"an i58o. » Pas uu mot de son sejour a Aries. Frapp^ de Tinexactitude de cet article , Je con- sullai d'autres Biographes : Mauget dit qu^il fut ProfesseuraTurin, qu'apres y avoir long-temps enseigne la Mcdecine, et avoir ele comble d'hon- neurs et de richesses , il y mourut en i58o. Van- derlindcn en fait un Mcdecin distingue d'Avicnon. Simler , Movery, Chaudon, ne disent rien de plus exact ; les uns et les autres se coplent d'apres tie faux renseignemcns. Papon , le confond avec Nicolas Valieriole sou fils , et place sa mort en 1631. de Haller, dans sa Bibliolbeque me- dicale , est le seul qui se rapprocbe de la ve- rltd, mais en termes trop concis et insulllsaiis. Ces erreurs et ces contradiclions 6tant d^- menties par le Recueil d'observalions prccile que j'avois sous les yeux , je concus le dessein de cbercber et de trouvcr la veritd , et je pris la tacbe penible de parcourir avec patience les nombreux ouvrages de Tauleur. Ce travail m'a fourni des documtens complefs sur le sujet que j'ai entrepris de traitor. Je me borne a en rap- porter les principaux , qui sufllront pour fixer les diverses cpoques de la vie de ce Savant de DOS coutrees , trop mcconnu et trop oubli6. Dans rOuvragc des Narrations medicales , im- prime en 1554, au chapitrc des plaies , il prouve ( 283 ) par des exernples , que dcs blesstires tres-graves out ele gueries, centre I'aUeute dcs gens de 1 art , tandis que des contusions legeres out etc suivies de la mort. C'est dans cette partle des Narrations medl- calcs de Valleriole , que se trouve lindicalioii precise du lieu de sa naissance . dout aucun Bio- graphe ne parle , et qui n'est pas rueme conna des Ark'sieus. Voici ce qu'il en dit lui-meme (3). « Mais pourquoi ne citerai-je pas ce que j'ai 7) vu moi Jiieme ? Mou pere , honnue tres-dis- 3) tingue, clarissimus vir , avoit un jeune valet- 33 de-pied , qui etant un jour pris de vin et 3) de sommeil , se laissa cheoir des feuefres de 3) notre niaison , dans la rue; on le crut niort; ■>■> les Medecins et Chirurgiens de Monfpcllier le 3) visiterentj et il fut trepan^ avec peu d'espe- 3) ranee de salut ; il guerit cependant , a force 3) de soins. Je n'ai pas el6 seulenieut femoin , 3) mais cooperafeur de cette cure merveilleuse, 3) qui eut lieu dans ma maison de Montpellier , 3) I'an i522, apres mon retour de Paris, ouje 3) venois de terminer mes cours de Pliilosopliie, 3) n'ayaut pas encore commence ceux de Me- ss decine. » Plus loin , dans le cbapilre des ficvres bi- lienses , il dit (4) : a j ai observe les memes symp- ■>' tomes , dans deux femmes que je soi^nois en 3) 15,31 y a Valence , en Dauphine , lorsque jV 3) exer<^ois la Medecine. » Dans la narration adressee a Fuchs , apres 1540 , il s'exprime ainsi (5) : « lorsque toute 33 I'Ecole de Montpellier , si celebre dans TU- 33 nivers , et dont je m'honore d'etre renfaul et 33 I'eleve , est dun avis contraire au votre , J3 pouve^-vous le souteuir ? « C 286 ) Vallerlole n'^loit done point , a cede epoqne , Docteur de Montpellier. II uy prit au soilir de ses cours, que le grade de Licentie: tilre suf- fisant pour exercer par-tout la Medecine , ct il choisit Valence pour ses premiers debuts. La preuve qu'il ne fut que posiericurcnient Docteur de ccltc Univx^r^ile , est consignee dans la vie de llondelet, ccrile par Laurent Joubert, eu i566. « Rondelet , Professeur de Montpellier , dit 5) Joubert (6) , eut pour ann's iulimes , Conrad- 3) Gessuer, el Francois Valleriole, luniieres de 3) leur siecle , ct je Tai enteudu souvent proposer ■» a ses coUegues , d'envoyer a V^al'.eriole un » diplome de Docteur , pour honorer ses lalens 3) et sa celebrite,a Tinutation des Rois , qui de- 3) corent de la croix de Chevalier les hommes » qui onl bien merite de la Palrie. « Ge diplome lui fut envoye a une epoque posierieure : ce qu'il me sera facile d^efablir plus bas sur des preuves non equi\oques, 11 resulte de ce que je viens d'exposer , que Francois Valleriole naquit a Montpellier dans les premieres annees du 16.^ siecle; qu'en i522,il y commcnca ses cours, et qu^en 1531 , il prali- quoit la Medecine a Valence. L'edition originale des Loci commimes , im- primee a I-yon , en i562, in-fol. , est decoree d'un portrait de Valleriole , reprcsente a Tage de 57 ans. Si la date de Texeculion de ce por- trait, coincide, comrne lout porle a le croire , avec celle de Tedition, on doit en conclure que Valleriole eloit ne vers Tannee i5o4. Suivons-le dans sa carriere medicale , el voyons a quelle epoque il devint Medecin d'Arles. L'Epitre dedicatoiie des JSanations, adressee (287 ) aux Consuls et aux Citoyens d'Arles , et la des- cription qu^il fait dans cet ous'rage , de I'epi- deniie qui ravagea cette Ville en 1644, parois- sent demontrer que c'est a cette annee qu'il faut rapporter I'etablissement de Valleriole a Aries (7). « Appele, dit-il,dans voire ville par Ic vocu 5J unanime des Magistrals et des Citoyens , pour 3) y exercer la Medeciue, et bientot eleve par « vous au rang distingue de Patricien , j'ai cru 3) devoir justifier cet honneur par la composi- » lion et la dedicace de mou ouvrage. » II y donne la topographic exacle du pays, il en decril le climat , la temperature et les pro- ductions en Pliysicien eciaire ; et tracant Ic ta- bleau de Tepidemie de ia44, qui y fit de si grands ravages , il rappele les avis qu'il n'a cesse de donuer aux Magistrats pour la destruction des niarais et des aulres causes qui, corrompant I'air de cette riche conlree , devenoient la source inlarissable des maladies qui rinfestoienl. C'est dans le texle mcmc qu'il faut lire en enlier les details interessans et traces de main de niailre , relatifs a cette Ville. Cet ouvrage , el ceux qu'il rait au Jour suc- cessivement, decelenl a chaque page un homme picux , savant et erudit , nouri-i de la lecture des Anciens. Diligens veterwn lector. II y ex- prime , en toute occasion , son devouement et son amour pour sa Patrie adoptive. Valleriole etabli a Aries en 1544 , ne tarda pas a s'y marier avec une Demoiselle de la fa- mille des Gardiole , dont il exisloil encore des descendans en I'annee 1780. II eul plnsieurs enfans dont un seul suivit la meme carriere , Ni- colas Valleriole , qui a laiss6 deux Traites sur la Peste. ( 288 ) Pierre Vallerlole , Avocat , second Consul d'Arles , en 1726 , eloit petit-fils de Nicolas. Ce[le faraille s'est eleiiile dans celle de Tinelly de Caslellet de la Calniclle, oiiginairc de Niuics, etablie a Aries. he domainc situ^ dans la Camargue , designe de nos Jours , par corruption , sous le nom de Vaj'ole , evideninicnt derive dusien, lui appar- tenoit. Lc 16 novembre 1564, Charles IX, ei sa inere , la Heine Catherine de Medicis , R6- jrenle , firent lenr entree dans Aries ; Valleriole f'ut charg6 par MM. ]es Consuls , d ordonner le travail dcs arcs de trioniphe, sur lesquels il fit peindre d'ingenieux embleines et des devises de sa composition. Au mois d'aoiit i565 , il ^crivoit d'Arles , a Laurent Joubert (8) : « Je ne vous en dis pas D) davantage-aujourd'hui, parce que je suis nia- 3) lade et tourmente par la goulte ; excusez-moi 3) et aimez-moi. » Tout coucourt a prouver, que pendant vingt- huit ans qui reniplissent Tcspace de 1044 a 1672 , Valleriole n'a cesse de fournir sa glo- rieuse et utile carriere dans cettc Yille: occupe, soit a rendre la sante a ses concitoj'cns , soit a ecrire scs observations-pratiques, toufcs relatives a des maladies soign^es a Aries , a la tete des- queiles sont les noms des nialades qui en font le sujet (9). On y voil ccux dcs Nicolai , dcs Lesfang, des Porcclets , dcs Ferriers , dcs Va- radicrs , des Mejanes En . pronon^-ant ce dernier nom , qui de nous , Messieurs , n'est pas dislrait du sujet que je traile , par le souvenir de eel autre Mejanes , qui, apres avoir consacie sa vie eiitiere a la culture (289) _ culture des IcHrcs et a la formation d'une im- mense et inestimable Bibliolhec[ue , consul et executa le noble projet d"en faire jouir la Pro- vince qu^il avoit si sagemcnl: administree en qualite de premier Consul d'Aix , et Procureur du Pays de Provence , et voulut en fixer Teta- blissement dans notre Ville? Cettc preference ^ter- nisera notre reconnoissance comme sa memoire. Nous avons encore a nous feliciter aujourdhui, de con) pier au nombrc de nos Concitoyens les plus distingues , les heritiers de ses bicns , de ses emineutes qualifcs et de son amour pour les Arts et les Sciences. Je reviens a. Valleriole : on trouve dans ses observations , Thistoire d'uii paralytique gueri subitement , par la craiute d'etre briile vif an milieu d'un incendie ; letymologie du mot co- queluche: I'histoire de Tapparition a Aries d'une prodigieuse quantity de sauterelles en 1003, de leur eflrayante et prorapte reproduction , et des moycns ingenieux qu^on employa pour les de- truire ; I'histoire d"une folie d amour guerie : cetlo derniere dissertation est tres-curieuse , sur-tout par les appercus melapbysiqucs et moraux qu'il y a joints. Ces observations , mises au jour en 1573 , sont dediees aux Etudians en Medeciue. Aries ii'ayant point d'Universite, a quels Etudians peut apparlenir celte dedicace , si ce n'esf a ceux de rUniversile de Turin , dernier theatre de la gloire de notre Auteur , commc je vais le de- mon trer? Jean Argentier , premier Professeur de cetle Universite , (^taut mort en 1072 , Enmianuel , Due dc Savoie , appela Valleriole pour le rein- placer; celui-ci , quoique septuagenairej accepla T ( 290 ) Ja Chaire vacanle, et ce fut alors , sans clonic, qu'il re^ut de Montpellier le litre de Docleur qui lui eloit indispensable pour etre revetu de celle nouvelle dignife. 11 sc rendit a Turin oil il fit paroitre , en i573, les observations pr(^- cifees : on y voit , iniprinie pour la premiere fois, sur le f'rontispice , a cote de son noni , le litre de Docleur, qu'on ne trouve point dans scs precedens ouvrages. Les services imporlans que rendit Valleriole dans ce Pa3-s afiligc de la pcste , furent en parlie recompenses par des lettres de noblesse qu'Em- manuol s'emprcssa de lui donner. Enfin , en 1677, il pwblia son dernier ouvrage intitule: Commentariiiii lihruin GaJcni de Cons- iitutione artis jnediccc : il est dedie a Emmanuel, et on y lit ces mots (10) : « un des principaux jj motifs qui m'ont enhardi a faire paroitre cct :» ouvrage sous votre auguste noni , est , qu'ayant :» ^te appdie par vous 3 du fond de la Gaule 3) Narbonnoise , pour remplir dans votre celebre 1) Universile la premiere Chaire de Medecine , X devenue vacanle par la mort de Jean Argenlier, i> Tun des plus savans liommes de son siecle , 0) jai considere connuc un devoir, de jusfifier » par cette production de mes veilles le choix }) que vous avez daigne faire de moi , pour une > place aussi emincntc. » Valleriole ne survecut que trois ans a la pu- blication de ce dernier ouvrage. 11 mourut en i58o, regrctle d'Eunnanuel et des Savans, qui fircnt graver a Turin , sur le marbre , unc ins- cription en son honneur. Tel est, Messieurs, le resultat de mes rccbcr- clies sur un Savant de nos contrecs , dont les ouvrages merilcut raltcnliou des lecleurs qui sa- vent apprecicr la langue de Ciceron, et la science profonde des Princes de la Medecine, dont Val- leriole tut i'interprete. Ces reclierches fourniront des materiaux utiles aux Redacteurs dc la noavelle Biograpliie uni- verselle , et j'auiai ainsi contribue a iairc resti- tuer a notre Province , Thonneur d'avoir pos- sede pendant longnes annees , un Auteur recom- raandable ; houueur que riguorance des Histo- riens nous avoit eiileve. NOTES. ( N.° I ). Lcs premieres editions des ouvrages de Francois Valleriole , sont : Galenas de Morbis et Syrnptomatis , Lugduni apiid Grypliium , 2640^ m-8°. Enarratiomim et Responsionwn medicinaliiim , ibid. , Z554 , in-fol. , dediees aux Consuls d'Arles. Loci communes medici., ibid.., ^5^^ i in-fol. , dedies a Anne de Montmorency, Grand Coune- table de France, Gouverncur de Provence, qui honora notre auleur dc sa bienveillance. Tractatus de Peste , ibid. ., 1$^^ -, in-zS. Ohservationes medicce .^ ibid.^ ^573^ ^f^-JoL, dediees MedicincB Stndiosis. Commentarii in Galenum., de Constitutions artis., Taurini .^ iS77 3 in-^°} dedies a Emma- nuel, Due de Savoye. yininiadversiones in Jouberti paradoxa , i^Sz. ^ iuserees par Joubert dans ses ouvrages. C^est a tort qu'on attribue a Francois Valle- riole , I'inscriplion placee en i58o , a cote de la portc du Port , pres lcs DomiuicaiDs , a Aries > Tz ( 292 ) en DK^moire de la pesle qui allllgea alors colie Ville. 11 suffira , pour s'en convaincre , dc com- parer Tannee de la inort de Valleriole aTuiiii, avec la date de I'ioscriplion a Aries. (2) On lit dans line partle des Elogcs en vers latins ou grecs, places a la leic des Loci com- munes de Valleriole , ce distique : Corporis vix iamen es cuhitos ires viagnus , in urbe \ Passim dicaris iotiis ut ingeniiim. (3) P^g- 211' Scd quid alienis insist o , cur visa non repeto ? Patris mei^ cJarissimi viri^ famulus d pedibus , adolescens , annorum sexdecim , ciim vino ^ jnadens , d sublimibus cediuni nostra- runi fenestris somno gravatus cecidisset, cal- variam J'regit y moxque pro deplorato habitus ^ d Falcone , Griffio , totoque medicorum ac chi- Turgorum ColUgio ( quod frcquens tiim Mons- pessuU erat ) , vix tandem , a patre rogati , cu- ram suscipiwit , fracta calvarios. ossa terebris auferunt , ita ut motus cerebri appareret , et cpger moriiurus in Jwras , a nobis credebatur. Mvasit is tamen sanus et incolumis ^ pra^terquam quod coBcus effectus est. Tantum , ego , tam- que admirandum. operum naturcc spectacuJum domi mece apud Monspessulum circitcr ani.o quingentesimo-vige$imo-secundo et ridi, et cu- rationis non soliim testis scd et administer Jiii • iitique jam timi nondiim primiim sacris Medi- cince initiatus , sed Lutetid reversus 3 philoso- phies et artibus opcram dederam. (4) Pag. 245 et 247. Ulrumque enim casum in duabiis mulicribus Valmtioz Allobrogum diuii C 293 'i illic ( ts^t ) medic inam facerem , iisu venissa testiin integrd jidc possum. (5) Omnis Nitiobrigum, schola, quam vulgb Monspsssuli vacant^ percelebiis ilia quidem, ei ioto terraram orhc digna famce , coininenda- tione illustris , qucc sive hominum jndicio , in- genio J doctrind , nemini ccdit , et cujus me quantus quantiis sum etJUiuni et alumnum jure esse g'orior, ea prccdicat atque edocet : siccindy m.i Fuchsi , pnhlicus tantce scholcB consensus pro nihilo duccndus erit ? (6) E vita Rondeletii in opere Laurentii Jouherti, Procter hos cives suos , foris multos unicd amavit Rondeletius doctrind prcestantes viros , Conradum Gessnerum prcecipud et Franciscuin ValleiioJam^ cetatis hujus mbtimd ohscura lu- mina; et de P^aUeriold quidem hcec saepiiis pro- ponenfem et Collegis suis suadentem audivi ^ honestum et decens fore si^ quandb Valleriola rempuhlicam litterariam proecipud verb medici- nam scrip tis suis plurimicm juvat , ad ewn mit- teretur diploma sen privilegiwn Doctor alis apud Monspelienses eoronce , uti solent Reges de s& hene-meritis^sui Equestri ordinis insignia trans- mi tte re 3 ut in suum Collegium eo modo co- optentur. (7) Ut omnis vitcc mece ratio apud vos quasi in tabula expressa constaret ^ posted qudm in vestram lianc inclytam urbem ascitus medendi mamis suscepi , quid egerim , quid prcestiterim 3 ut meum pensum absoherim , brevibus explican- C 294 ) . dam dii.ri , ut non tain /aboris inc'i frucfum qiiam eiiam ocii percipere oratione lidc med pos- setis. Itaqjie ciim me ad pidilicum. hoc mcdendi mimiis , lion paiiconim sujfragih sed una voce Sena/as Ji/ijus vestri amplissinii atque Iwiiestis- simi suhJectum intelligereni , hoc vestrwn tarn insi'giie de me judicium , ciim ad anhni meifruc- tum atque l(£titiam duxi esse perinagnum , tiun Tcrb ad curam soJlicitudinsmq'ie nmUb majus.... 'jidtquc ex hoc litterato ocio ea prompd quce maxime profatura hominihus speravi , scilicet Commentarios de inorhiour qiielles pusscnt rendre a la tcrrc plus de principes nutritifs que ce qu'elles en avoicnt recu , et augmenter ainsi sa fer'ondite. Cctoit la sans donie le premier pas qu^il fal- Joit faire pour suppleer a la disetle des engrais , et pai-venir a abolir le sysleme des jaeheres , aussi condamnable dans ses principes que per- uicieax dans ses eirets ; puisqu'au lieu de re- jnedier a la stcrilite du sol . il coutribuoit a Ten- fretenir et meme a raugmenler, en favorisant la venue ei Taccroissement des plus raauvaises plan- les, qu'il falloit ensnite extirper et detruire par des labours trop dispendieux , eu ^gard aux avanlages que Ion pouvoit en retirer. Mais ce n^(5toit point assez d'augmenfcr ainsi le produit de nos ierrcs a ble , pour assurer a Fhomme nne nourriture plus abondante: il falloit encore , sans diminuer ce produit, trouver le moyen d'associer aux memes avanfajies les bes- tiaux , dont n ne pent ee passer , qui servent egaleraent h lo nourrir , et dont il a un besoin indispensable pour faider dans ses Iravaux; c'est a quoi Ton est parvenu en substifuant aux jaeheres, des prairies arlificielles adaplees a chaque loea- life. Ce nouveau systeme a fait entiercment chan- ger de face a Tagricullure des pays oiiiil a 6ie mis en pratique , et a complelcmcnt r^solu le problerae dont il etoil question. ( 299 ) ^ En eff'ct, le nombre des betes a lalne et des betes de labour s'est multiplle, par la plus grande quantite de fourrages que Ton a obtenue pour les nourrir , d'oii il est result^ par une conse- quence ndccssaire, une plus grande quantite d'en- grais pour fertiliser les lerres; de sorle que bien. loin de diniinuer le produit de nos recoltes,ces memcs produits out augmente , et nous avons accjuis de plus, de nouvelles ricliesses par une plus grande abondance de bestiaux. C'est ainsi que la fertilit6 et I'opulence ont succede a la ste- rility et a la inisere. Telle est en pen de mots , la refornie salu- laire que doit opdrer le Memoire deM. Queniu: Mcraoire peu susceptible d analyse , parce qu'il est entierement le fruit de ses experiences et de •ses observations, et qu'il est indispensable de le lire en entier , pour pouvoir en suivrc le iil ct renchainenient. Je vais done me borner a vous exposer le plan de son ouvrage , et je ne me permettrai d'entrer dans des details , que pour mieux vous en faire apprecier le merile. Lauleur dans son introduction, jette un coup d'anl rapidc sur letat actuel de I'agriculture de cc Dcpartement , qui tient encore a Tancienne routine de rassolcniesit des terres, dont on vient do parler, ct qui tend a amener lepuisement du sol, si on ne se hate d'y remedier par 16- fablissement des prairies artificielles. II marche sur ce point , sur les traces du celebre Olivier de Serres , qui avoit deja dit dans son ouvrage immortel, qu'il est a souhaiter le plus du domaiue etre employe en herbages , trop n'en pouvant avoir pour le plus grand bien de la mesnagerie ^ et que c'est Id-dessus comme. C 300 ) sitr un ferine fondcment y qm porte toute TA- gn'culture. L'auleur a choisi ce passage pour la devise de son mt^moire. II eat ete difficile den trouver uue qui ful: micux adaptee a son sajet.. II traiSc dans le premier chapitre , des prairies artificielles en £en(^ral , de leurs avanta^ics et du choix des planfes proprcs a les former. II pense que les prairies arlificielles doivent leur naissance aux defrichemens des prairies na- tnrelles , qui ont ete la suite de Taccroissement snccessif de la population ; et que le veritable ihermomelre de Tetat de i'agriculture d'un can- ton, dc sa prosp^rile ou de sa detresse, consiste dans la nmltiplicite ou la rareic de ces prairies. Eu c{\'Gt , les prairies artificielles exigent moins de labours , araeublissent le sol par Taction me- catiique de leurs racines , le fcrtilisent par les' debris de ces memes racines et par la d^pouille de leurs tigcs , detruiscnt les mauvaises plantcs qui infestent les bles, s'opposent par leur om- brage a Taction trop forte du soleil, et empe- chent ainsi I'evaporation de Ihumidite , sans la- quelle il n'y a pas de vegetation. Elles epuisent moins le sol , parce qu^elles atfirent plus de Fatniosphere que de la terre, et que i'on arrete la vegetation au moment oil la reproduction de la graine va s'opdrer : epo- que de la plus grande consommalion du carbone, qui est Tageut principal , la base de tous les corps vivans , le priucipe alimentaire de tous les vegetaux, et par consequent Teldment de tous les engrais. II observe qu'c^tant presque toutes de la ?a~ mille des legumineuscs, dies ont un mode de Tcgetalion diifcrent de celui des grauiinees jdont C 301 ) nos champs sont lasses , et qu elles disposeiit par ce nioyeu la ferre a rccevoir les cereales. Enfin , elles procurcnt aux bcstiaux unc nour- rliure plus aboiidanle , donnent Ics ruoyens de les coiiserver et de les niuUiplier , et augmeu- tent ainsi nos profits, nos alimeiis , nos engvais, cl par suite nos recoltes de toute espece , que les jacheres diminuent. II u'existe , suivant lui , ancuue varlefe de terre , quelque niauvaise qu'elle soit , qui lie pulsse etre soumise a la production de quelque fourrage. II combat les objections que Ton a faitcs contra 5es prairies artificielles , et il prouve que leur cmploi au lieu de diminuer la subsistauce de I'homme , concourt au contrairc a Taugmenter. D'aillcurs , le ble n'etant pas sa seule nourrlture, les boeufs et les betes a laine lui ^tant aussi utiles sous ce rapport, il croit pouvoir dire avec fondement , qu'un champ en fourrage produil aufant pour nous nourrir , et qu^il donne plus de profit. II passe ensuite a I'examen et au choix des plantes employc^es a la formation des prairies artificielles , il en fait fenumcration : elles sont toutes bonnes , si on a le soin do les circonscrire chaoune dans le lieu qui lui convient. Leur grand iiombre fait que Ton pent esperer d'en trouver pour lous les sols et tous les climats. Les principes qui doivent nous dinger dans le choix , sont la nature du sol , le climat et la lemperalure , I'etat de noire agriculture , la fa- cilite ou le defaut des arrosages , les rapports qui peuvent se trouver entre les plantes des prairies et celles avec lesquelles on doit les alterner, le sysleme d exploitation que Toil admet , ct I'es- ( 302 ) pece et le nombre des bestlaux. II passe en revue ces divers objcts , et il en dcctuit pour cousequeuce, que Ton doit preferer une planle qui ptiisse prosperer dans des terrains urides et infertiies ; qui les ameliore au lieu de les epui- ser; qui soit assez forte pour resistcr a la se- cheresse et pourvue de loniijues racincs pour aller cliercber au loin riiumidite ; qui n'exisje pas de grands frais de culture ni d'engrais; qui puisse se passer d'arrosage ; dont le mode de vegetation coufraste les cereales , auxquelles elle est dcsfinee a succeder , et dont la vegetation soit assez rapide , pour qu'elle produise des la premiere annee , el qu'eile soit a la seconde , dans toute sa force ; de sorte qu'elle ne fasse perdre que peu ou point de recolle de ble ; qui puisse elre consomniee en vert sur place , et se conserver pour I'hiver ; que Ton fane avec facilile et qui donne une nourriture saine5abon- dante et substantielle pour les bestiaux. Cetic reunion de qualiles ne se rencontre quo dans un petit nojubre de plantcs; il ne les trouve point dans les grann'nees annuelles , ni dans les vivaces. Le sain - foin est la seule plante qui reunisse, suivant lui, toutes les qualites requises, sans en exclure aucune. Originaire des mon- tagnes , il a conserv(^ dans les champs la vigueur qu'il avoit dans I'etat agreste ; il vient dans les phis mauvais terrains, et au moycn de ses lon- gues racines , il va chercher fhumidile a une grande distance, et rdsisle ainsi a la chaleur et a la secheresse ; il se passe des engrais , des arro- sages et des fortes cultures ; il donne des la premiere annee , quelque produit , et se Irouve a la seconde, dans loute la force de sa vegeta- tion, qu'il pcut coiiscivcr jusqu'a i5 et 20 ansj C 303 ) il ferlilisc le sol par les debris de ses Feullles ou de ses tiges , et par la decomposition de ses racines apres sa dcstrucfiou ; il dispose le ter- rain a recevoir les cereales ; il fournit le meil- leur de tons les fourrages , bon a elre mange vert comme sec. Enfin , suivant TAbbe Rosier, on pent dire que jusqu'a ce jour, on n'a Irouve ancune plante qui puisse le rcmplaccr. Un grand nonibre de Departemcns lui doivent I'elat llorissant de Icur a asscz basses ;je fauchai en seplembre. La re- « coltc du trefle fut la plus belle ; celle de la jj liizerne el celle du sain-fbin , aussi mediocrcs 3) Tuue que raulrc. La deuxiemc annee , nial- 3) gre une secheresse couslanle , j*eus deux belles » coupes de suin-foin , et un regain superbc ; 3) frois dc liizerne et un regain mediocre. Le 3) frefle produisit peu et fut cepeudant fauche » trois fois. La Irolsieme annee je cms lie pou- y» voir ine dispenser de fumer le Irefle et la lu- 5, zenie. ] .o sain-ftjin iie les surpassa pas moins, 3) quoique prive de ce secours. Cojiinie cetoit » la deruiere annee du treiie, jc le ddfrichai , 3, et pour suivre exactenicnt nion experience, :>5 ie fis de menie de la luzerne et du sain-foiu , qui 3) auroit pu subsister encore quelques anuses. Du 3) coinpte exact que j'avois lenu des produils 9, rcspeciifsj ii resultoit que la luzerne avoit 3, donn^ en trois anuees , deux cent vingt-un my- 3) riagrainines de fourrage , le trefle cent soixante- s) buil , et le sain - foin deux cent quatre-vingt- 3) neuf". La dillerence enlre ces produifs est deja » assez grande ; mais elle Je paroitra bieu da- 3) vantage si Ton fait attention que le sain -foin 3) n'a exige aucune depense pour engrais. w Je seniai du ble sur les defjichis de ces « prairies. Le plus beau fut sur celui qu'avoit 3) occnpe le sain-fcin. 11 produisit un quart de 0) plus ; superiorile qui s'est soutenue dans les 3) recoltes suivantes , et qui n a pas encore tota- 3j lement disparu. 3) II seroit, je pense, inutile de rapporler une » foule d^autres experiences , que j'ai faitcs sur X le meiue objet , parce qu'clles ne seroieiit que » la repetition dc la premiere. Tous les resultals 3) ont pronve la superiority du sain-foin sur les » aulres plaul.es des prairies arliUcielles , dans » les ( 3o5 \ ^ « les (errains sees et de nacdiocre valeiir , Jel§ » que la gnmde inajoiite des notres , dans lei- » quels il vient presque sans peine et sans der 3) pense. « Dans les plus mauvals terrains , oti nnlle 3) autre prairie ae sauroit croifre , le sain - foia 3) ne donnera pas , j'en conyiens , de grands j> produlls ; niais n'esl-ce pas beaucoup c[ue de 3) rccueilHr quelque chose , ou Ton n'avoit rieiji 3) autrefois , el de feconder eu merae temps uja ■» fouds auparavanl sterile ? j) 11 traite eusuite, dans le chapitre z.^' , de la maniere de cultiver le saiu-fbin , la luzerne, le ,trefle et le fxomenlal , le pre gazon ou pre per- manent ; des plantes annuelles que Ton culliv.e pour faucher , ou consommer sur place , ou en- ibuir comnie engrais, tels que la vesce, la bar- je/add, Ters , le sarrasin , I'orge , I'avoine , le seigle , le mais , etc. II n'oublie merae pas de parler de quelques autres parties de vegelaux qui pcuvent eti'e employees pour fourrages, teHe§ que la ponmie de terre , le topinambour , la Qa- rolle , la grosse rave ou turneps, et la betterave^ les feailles de la vigne , du miirier, du saule^ du peuplier, de I'orme, etc. II clicrclie , en un mot , a ne rien ometlre «^c .cc qui pent augmenler nos fourrages et contrLr bner a abolir eutierement les jacheres , qui so.i^t la perle de noire agriculture. Par-tout on Irouve des details pratiques pro- pres a servir de guide aux Cultivaleurs qui .yoyi" ,dront en faire rappiiealion. Enfin , pour ne laisser rien a d^sirer de top,! .ce que le sujet peut renf'ermer , I'Auleur traile :8uccinclemeut (ian§ les chapitres suivansj de^ V ( 3o6 ) pinnies pp^rasiles , des aniniaux ct dcs insectcs qm Buiseiit aux prairies artificielles , ct des moyens de Ics defruire. II passe cnsuile a rcmploi ft h la conserva- tion des fourrages, et donne les raeilleures pra- tiques pour lacililcr leur dessication, et il tcr- mine son travail par !e defrichcnient el I'assole- ment des prairies arlificielles. « 11 m'cut ct6 Jacile , dit I'Autcnr , de sur- ft charger ce ^K'lnoire de notes et de citations, s> firees des Aulenrs anciens et modernes, na- V lionaux et eirangers ; mais j ai dedaignd cc « vain ^talage dune crndition plus fastueuse qu"u- 3> tile , aussi ennnyeuse que deplacde dans un » snjet de ce genre, et j'ui pens6 que la So- y> c\6i6 desiroit un ouvrage simple et concis , qui 0) fut a la porlee de la nombreuse classe de lec- X teurs auxquels il est destine. Dans cette vue , » j'ai ^carte toule discussion th^orique, pournc « presenter que dcs fails j et j'ai raoins cherche 3) a introduire des innovations eloignees de nos 5) usages 5 et par la nieme plus difiiciles a pro- » pager, que I'applicafion facile de prcceptes 5) fond^s sur les r^sultats succcssifs de mes ex- j) p^riences , ou de cellesd'autres Agriculieurs, J) dont j'ai ele le Ic^nioin. n Ce M^moire en cffet, est base snr la pratique et rexp^rience. II renferme des details interes- sans , des vues nouvellcs et des procedes ingc- nieux, a la porlee des Culhvalci.i-s les moins inslruiis ; il decele des connoissances profondes en Agricullure, reunies a une pratique beureuse ct consommce, I-a Societe en couronnant cet ouvrage , s'est felicilee d'avoir pu fixer rallcn- tiuu dcs Agriculleurs sur une branchc de I'^co- ..(307) iiomie rurale aussi importanle que negligee )usqu'4 ce jour dans ce Deparleraent , et dont on doil i-etirer de si graads avantages. PONTIER, Inspecteur Principal des Forets, ¥^ C3o8) E X TRAI T I)u Memoire presents a la Sociite par Ic Sicur Michel J Pepinieriste , qui a remporte le Prix quelle avoit propose pour la multiplication dcs Olii'icrs. L roLiviER peut se reproduirc , i.° par ses noyaux ; 2." par ses dragcons; ct 3,0 par scs souclicts. I. Le semis ^q?, noyaux ne reussit que clIfE- cilement et imparfaiteineiit, dans 1 arrondissement d'Aix. Dans les contrees plus nieridionales ct plus abrilees, conime dans le Departenicut du Var, les oiseaux qui se nourrissenl d'olives , en sement les noyaux dans les bois et dans les fiiches, et y font nailre ainsi une immense quantity de plants , donl les liabitans se servent pour former ou renouveler leurs vergers d'olivicrs. Mais ce moyen de reproduction ii'exislo pas a Aix et dans les aulres terriloires , dont lliuile est la meilleure ct la plus estimcc, par la raison cjue les olives y sont cueillics des I'instant de leur matuiile , et qu^il n'en reste jamais assez sur les arbres pour y altirer los oiseaux. II. Les drageons sont devenus trop rarcs pour fournir le nonibre de sujets qu'exige I'etablisse- Jnent d'unc pepinierc publique. L'auteur observe en passant , conformemcnt aux viais priiicipesj qu'uiie boflue metbode de , C 309 ) . . iKuUiplier et remplacer les ollviers , pour les proprletaires , seroit de reduire a un seul pied, ou tout au plus a deux , ceux de leurs arbres qui presenlent trois ou quatre sujets provenans ■d'uno souche, ct de. transplanter separemenl ail- leurs , avec toates leurs bonnes racines , tons ces pieds de reste , au moment ou on vieudroit dc les arracher. II assure , d'apres sa propre ex- perience , que cliacun dcs pieds qu'on aura ainsi isoles , rapportera autant et plus d'olives que n'eu produiroient ensemble les Irois ou quatre dout Tarbre etoit precedemment compos6. in. La melhode des soucliets paroit la plus avanlageusc Les souchets sont dcs fragmens qa'ou enleve de la racinc des oliviers a coups de haclie. Cetto operation , si elle est faile avec attention et dis- cretion, bien loin de nuire aux arbres, leur est au coniraire tres-salulaire ; soit ea donnSat lieu a la decouverte et a la destruction d'ua grand nombre de gros vers blancs, qui en rongeant les soaches des arbres , en apparence les plus sains, y foi-ment de grandes eavites , et finiroient par les faire perir ; soit en favorisant Textirpation de toutes les portions de racines raortes ou vi- ciees , qu'on reconnoit facilement a leur couleuu noire , jaune , ou marbree. li'Autcur observe a ce sujet, qu'il seroit a d^- sirer que tons les proprietaires se determinassent a faire decouvrir de temps en temps les racines de leurs oliviers, pour les nettoyer dc toutes ces parties alterees qui sont pretes a. comnmni- quer au reste de la souche I'infectioa dont elles sont attcintes ; et pour detruire en meme temps les vers qui rongent de preference les plus saiaes , ct y formeut ces grandes eavites ( 310 ) dont la decou\ eiie Ta frapp6 d etonnenient et d'eifroi. L'exlirpalion de tout Ce qui est allaque dcs vers el de la pourrilure a toujours produit le fceilleur efTet sur les oliviers du sieur Michel. 11 croit re pouvoir trup le r(^p(^tcr ; car bien que ceffe operation soil connue ef expressenicnt re- coniniandee par tous les Auteurs qui out ecrit sur l^olivier; quoiquVlle soit praliquee par qucl- ques propri'etaires plus avisos et nioius avarcs que lesautres, ils sout en si pclit nombre , que leur exemple n'a eu encore aucuue inilucuce sur la gen^ralile de nos Agriculteurs. Quand la racine d'un olivier est allaqu^e de Celte verinine , et tous y soul plus ou moins su- jels, on doit hurdimeut, a la fin de Ihiver , la ceruer de tous les coles, et en exlraire, a coups de hache , lout ce qui n est pas parfailenienl saia"*''ll\uffit pour le salut et la restauraiion de rarl!\^ , qu'un pelit coin de sa soiiche resle sain et intact , pour qu'a la faveur de la bonne lerrc et du tumicr, dont on a soin de remplir le grand vide cju^on a fait a sa base , il reprenue des la nieme ann^e, loule sa vigueur et sa fd- Conditc. Celie operation fburnit necessaircHient , au milieu des IVagmens de bois gate qu on en- leve , un certain nombre de souchcls sains et en etat d'eire plantes , dont tout propriclairc soigneux pourra formpr chez soi une petite pe- piniere , et enlrefenir cu renouveler successivc- inent ses vergers j sans avoir besoin de secours Strangers. La couleur des souchels sains , fels que ceux que I'Auteur a choisis sur nn tres-grand nombre pour 'les planter, est blanche. Leur forme, qui de- fjend prescju enlicrement du hasard de la coupcj (3") . . , est irregullere , et leurs dimensions vanent de quatre a six pouces de dlanielre, sur une raoindre ^paisseur. II faut qu'ils aicnt une surface aplatie qui doit efre leur base , et que le reste de leur superficie ne soit pas depourvue de petits ma- melons , par lesquels les bourgeons se develop- pent. Voici la methode qu'a suivie le sieur Michel dans la plantation des souchets. II avoit fait defoncer tout le terrain de sapd- piniere a uu metre de profondeur , pendant le mois de novemhre 1814 , dans rintention de . planter au mois de mars suivant. A cette derniere epoque , le terrain araeubll par les gclees de Fhiver , a ete de nouveau beclie et aplani. On y a trace au cordeau des lignes eu dchiquier a un metre de distance dans ua sens , et a 70 ccutiuiefrcs dans I'autre. A chaque intersection on a pratiqu6 un trou d'uii demi metre en qaarre, et d'uii quart de metre seuleraent de profondeur, dans lequel I'Auteur a mis a plat un souchet , qu'ii a fortement appli- que avec la main contre le fond , afin de le garantir des insectes , qui , sans celte precau- tion , ne manqueroient pas de s'y altacher. II I'a ensuite entoure de terreau ou fumier consume, qu'on a soigueusement presse de tons cotes , pour ne laissor aucun vide entre le bois et le terrain. II a fait achever le rempiissage da trou avec de la terre emieiee avec soiu , pour que la tige nouvelle n'y rencontre aucun obs- tacle a sa sortie. "-> En opposition avec les Autcurs anclens et mo- dernes , qui prescriveut d'enterrer les souchets a un demi metre ou environ de profondeur, le sieur Michel ne les met qu'a mi quart de metre; ( 3^2 ) ami, dil-il , que la nouvelle tige pcrce plus ar- sement la terre qui les couvre , qu'ils prolilent des rosecs de la nuit, dcs pelilcs plulcs , de I'in- Jlnence du Solcil , dcs gaz que ralmosphere de- pose , et enfin , qu'etant plus voisins de I'air, ils acquiereut plus de consislance el de vigueur. L^Autcur applique le nieme priucipe a la plan- falion de lous ics arbres dcspece quelconque; il assure que les sujcts plant^s superficiellemeni: lui onl donne en tout leujps les plus belles tiges ; parce que leurs racines n'etant point <^Iouff"ee$ sous une trop lourde masse de terre , prcnnent aisement et raj)idement la direction qui leurcon- vient. Quant a la crainte du froid qu'on ali^gue pour planter les souebets plus profondeinent , il repond, (bnde sur son experience consfanle, que le froid , dans nos cliinats , n'y tue jamais que la parlie de Tarbre qui est hors de ferre , et que la souche , menie au niveau du sol , a tou- jours 6t^ preserver pendant nos froids les plus rigourcux'. Plus des frois quarls dcs soucliels de sa p^- piniere , qui en eonlient environ douze cent, onf pouss6 de suile des tiges, qui en automne avoienl deja environ cinquante centimetres de liaut, I.es aulres sont restes sains et en elat do pOusser. la suspension de leur ^egefation cx- (erieure doit dtre atlribuee tant au retard que lets pluies trop frecjucntes du mois de mars le forcerent de mettre a Tacbevement de sa plan- tation , qu'a la constitution naturelle dcs sou- cbels , qui ne se trouvent pas tous egalement disposes a pousser dans la premiere annee. Au resle , Tutilite des pepinieres d'oliviers par souebets, a etd reconnue dans PAntiquile eotnme parmi les modernes. Voyez lUisloire na- lUrelle de Pliue , liv. xv. ( 31.3 ) I/auleur s'esl dt^termine a (^(ablir sa peplniere d'oliviers dans un climat plus apre et plus froid que celui d'Aix, dans lintention de pouvoir olfrir a ses concitoyens des plants , qui , accoutumes a utie temperature moins douce , puissent ctre iransplantes sans danger a toufes les expositions. Pour nc laisser rien a desirer relafivement aux deux autres manieres de multiplier I'olivicr : sa- voir, par ses drageons et par les noyaux de son fruit , le sieur Michel a rasscinble , non sans beaucoup de peines et de frais , quelques cen- taines de drageons de la grosseur du petit doigt a peu pres ; d'un autre cole , il a fait venir par lesroulieri, des divers cantons du Departement du Var qui produisent d'enormes quantilds d*hui- les de fabrique , et on Ton n'acheve qu'a la fin de I'hiver la recolfe des olives; il en a fait venir, dis-je , trois ou quatre cent de ces plants pro- venus des noyaux semes par les oiseaux^ donl il a fait mention ci-dessus. II a joint ces deux sortes de plants a sa pe- plniere , et s'est ainsi procurd des moyens de comparalson , dont il s'est engage a communi- quer les resultats a la Societe , en lui faisant part des observations que f education de tous ces jeunes arbres ne peut manquer de lui offrir. GIBELIN, D. M., Secret, perp. 3H ) RAPPORT Fa I T au nom des Commissahes chargis de I' ex amen des Memoires de Lilteratnre pre- s.ntes an coucours, et dont le sujei itoit itn Essai liistorique sur I' Eloquence judiciaire. Par M. d e C a s t e i. e t. M ESSIEURS Ow a tant ^crif sur TEloquence en general , ct sur celle du Barreau en particulier , qu'il semble impossible aujourd'luii de dire quelque chose de nouveau sur cefte maliere. 11 est pour- tant facile de se convaiiicre que daus ce grand nombre d ecrits sur I'art oraloire , il u'en exisfe aucun ou I'Eloquence judiciaire soit sp^cialement considerce dans ses rapporls avec la Morale , la Politique ,les Institutions sociales, les Lettres, les Sciences et la Philosophic ; et dont I'Auteur se soit en mcme temps propos6 pour objct la re- cherche des causes qui , dans tous les siecles et chez les difi'ereus peuples , ont retarde sa marche ou favoris^ ses progres. Ce sujet aussi neuf qu'il est philosophique , vous Tavez mis au concours ; et qui pouvoit , a plus juslc titre , le proposer, qu une Societd savante , qui , plac^e dans une Ville ou brilla , dans tous les temps, I'Eloquence judiciaire , compfe au norabre de ses Meuibres, tout ce que la Magistrature et le ( 3i5 ) Barreau d'Aix ofFrcnt dOrateurs disllngues en ce genre! Mais un fel sujet , si digne d'exercer une plume habile , etoit-il de nature a devenir l^objet d'lin concours acadeiTii(|ue ? N'est - il pas ti'op Vr^s{e , trop fecond , pour que les developpe- niens dont il est susceplible , puisscnt etre res- serres dans le cadre elroit d'un inemoire ou d'uii discours oratoire? Le court espace dune annce peuf-il suffire aux nombrcuses rechcrches , a la graude lecture qu^il cxige ? Voila peut-etre les considerations qui , jasqu'ici ont eloigne les con- currens , rebules sans doute par cette dispro- portion entre letcnduc du sujet et le peu de temps qui leur efoit donnd pour le Iraiter. Deux concurrcns plus hardis, ont ose , cetfe annee, se presenter dans la lice. La lecture qui nous a efe faile de leurs menioires, vous a mis a nicme d'apprecier les eflbrls qu'ils ont faits pour alteiudre le but ct ineriler la recompense promise. Charg(^, comme Mcmbre de la Commission , a cjui vous av^ez confie I'examen plus particulicr de ces memoires , de vous faire connoitre le re- sullat de notre travail, je me bornerai A vous presenter nos observations les plus importantes. L'auteur du m^moire , enregistre sous n.** i . paroit avoir voulu trailer son sujet en philoso- pbe antant qu'en oraleur. Anssi cherche- t-il, dps roiitr^c de son discours , a prdseuler des considerations generales sur Tessence el la nature de Teloquence. Deja il y ciablit une idde nou- velle, ct qui lui apparlient. Cette idee , qu'il dd- veloppe avcc soin dans toutc la suite de son discours , est, que Varl da la discussion presque incoDnu des Aucieus , successivement perfcctioime ( 3t6 ) cans Ics femps modernes , est devcnu de nos jours , le caractore distincllf dc rclocfuonce da Barreau , est le plus puissant, le plus lecond des mo3'ens qu'elle ait eus en sou pouvoir. II passe ensuite a ['exposition do son plan , sur lequcl il nous paroit utile de nous arreter un instant. L'Eloquence judiciaire est envisagde par I'Au- feur sous trois elats : i.** sous une legislation irregu- liere , incomplete , et non obligatoire : telle fut celle des Grecs et des Remains ; 2.* sous une legislation obligatoire , mais plus ou moins incom- plete : telle 6toit en France notre ancienne legis- lation; 3.'' enfin , sous une legislation obligatoire, et tout a la fois reguliere et complete , ou tons les cas se trouvant a pea pres prevus par la loi, il ne reste pins aux juges, que le soin d'enfaire la juste application. L^Auteur se propose de sulvre Teloqueuce sous ces trois etats ; de monfrer ses ressources sous cbacuu d'eux; d'indiquer les modifications qu'elle en a recues , et de determiner enfin Tin- fluence qu^ont exercee sur elle , a difTerentes ^poques , la decadence et les progres des Lan- gucs, de la I